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Directive émissions sonores des véhicules: le Parlement européen reste sourd face aux enjeux sanitaires et cède au tintamarre du lobby automobile

Le Parlement européen a voté aujourd’hui une révision des règles européennes sur le bruits des véhicules. Alors que les Verts/ALE sont convaincus que des règles plus strictes sont à la fois possibles et dans l’intérêt de la santé publique, le Groupe des Verts au PE déplore le résultat du vote qui reflète l’intense campagne de lobbying de l’industrie: quasiment aucune amélioration d’une directive pourtant vieille de 20 ans.

Pour Michèle RIVASI, même si les améliorations préconisées avaient été votées, le texte n’aurait pas été à la hauteur des enjeux: « Selon l’Agence européenne de l’environnement, 50% de la population urbaine de l’UE est exposée à des niveaux sonores supérieurs à 55 dB, du fait du trafic routier. L’OMS a pour sa part établi qu’une exposition constante au bruit du trafic routier accroît le risque de maladies cardiovasculaires: 1,8 % des crises cardiaques dans les pays d’Europe de l’Ouest sont attribués à un niveau sonore du trafic supérieur à 60 dB. Pour une exposition constante nocturne c’est dès 30 dB qu’une gêne apparaît (fatigue, stress et augmentation de la tension artérielle) ».

« Ce texte n’aurait répondu qu’a minima à ces enjeux puisque dans le meilleur des cas les réductions qui auraient du être imposées aux véhicules (68 dB pour les voitures et 78 pour les poids lourds) étaient insuffisantes pour réduire significativement l’impact de cette pollution sonore, notamment pour les riverains d’autoroutes et périphériques. Une étude réalisée en 2008 par l’ONG « Transports et Environnement » a établi une moyenne de 50 000 morts/an (arrêts cardiaques) et environ 200 000 maladies cardiovasculaires liées au bruit dans l’UE: les coûts sanitaires sont ainsi estimés à 40 milliards d’euros par an. Qu’attend-on pour agir vraiment contre cette nuisance aussi tuante que coûteuse? ».

Pour Sandrine BELIER, membre de la Commission Environnement, Sécurité Alimentaire et Santé publique : « Le Parlement européen avait l’opportunité de diminuer considérablement l’impact des véhicules tant sur l’environnement que sur la vie des citoyens européens. Au lieu de ça, le résultat voté par la Droite est un retour en arrière dramatique remettant ainsi en cause le peu d’acquis existants et risquant d’affaiblir la législation actuelle. C’est le résultat d’un lobbying éhonté de la part des constructeurs automobiles, Porsche faisant figure de proue, qui refusent catégoriquement tout progrès et le moindre effort depuis plus de 20 ans ».

« Pourtant, nous, écologistes, pensons que réduire les nuisances sonores, véritable fléau, est tout à fait possible et réalisable à court terme. Les industriels doivent jouer le jeu en ne freinant pas des règles claires et ambitieuses qui permettraient de développer de nouvelles perspectives pour le marché automobile de demain et représenteraient ainsi un véritable atout face à nos concurrents asiatiques et américains ».

Et les deux députées européennes de conclure : « Réduire l’impact des véhicules doit être une priorité que ce soit au niveau du changement climatique, des émissions de particules fines et de la pollution sonore. Pour une automobile d’avenir, les décideurs politiques doivent établir des cadres stricts et lucides sans céder face au tintamarre des industriels et de leurs lobbies. Mais ils doivent aussi légiférer sur l’interdiction des poids lourds dans certaines zones sensibles ou bien la vitesse autorisée des véhicules. Réduire les limites maximales de vitesse permettra de diminuer significativement tant les émissions de gaz à effet de serre que les émissions sonores, et permettra la généralisation d’une éco-conduite propice à l’allègement de la facture énergétique de chacun ».

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  • Communiqué de presse – Strasbourg, 13 novembre 2018

    Avec son objectif d’atteindre la neutralité nette des gaz à effet de serre (GES) dans la seconde moitié de ce siècle, l’Accord de Paris a été salué comme l’accord sur le climat le plus ambitieux à ce jour. Mais il ne peut être ambitieux et efficace seulement si les politiques suivent. Ce mardi 13 novembre 2018, le Parlement européen a approuvé l’accord sur la gouvernance de l’Union de l’énergie et de l’action climatique (+475/-100/Abst 33).  Il ancre le concept de ‘budget carbone’ à l’horizon 2050 dans la législation de l’UE en soulignant la nécessité de parvenir le plus tôt possible à une économie zéro nette émissions.

    Réaction de Michèle Rivasi, eurodéputée du groupe des Verts/ALE et co-rapporteur sur la gouvernance de l’Union de l’énergie réagit :

     

    « Ce règlement va nous permettre de s’orienter vers l’Accord de Paris. Tous les pays de l’UE devront désormais établir des plans d’action nationaux conformes à l’objectif de l’Accord de Paris, qui est de maintenir le réchauffement climatique bien en dessous de 2 °C, pour atteindre une température de 1,5 °C. Pour la première fois, nous avons ancré dans le droit de l’Union la nécessité de parvenir le plus tôt possible à zéro nette émissions de gaz à effet de serre.

    C’est une première, les objectifs 2030 pour le climat (les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique) devront être alignés sur un budget carbone de l’UE et une stratégie climatique et énergétique à long terme qui soit compatible avec les objectifs de Paris. Cela nécessite de transformer en profondeur les principaux secteurs émetteurs – plutôt que de procéder à des améliorations marginales pour atteindre des objectifs à court terme.

    Cet accord apporte beaucoup de nouveautés dans la législation européenne. Il demande une stratégie européenne et complète sur le méthane, dont l’impact climatique est d’autant plus élevé que la période de référence choisie est courte, étant donné sa coute vie dans l’atmosphère. La gouvernance pointe aussi la pauvreté énergétique qui est un enjeu à ne pas sous-estimer. Aujourd’hui, personne dans l’Union européenne ne devrait avoir à choisir entre se chauffer, se rafraîchir ou manger.

    Cette gouvernance de l’Union de l’énergie et de l’action climatique ouvre la voie à la transparence et à la participation des collectivités locales à construire l’avenir énergétique et climatique de leur pays. L’accès aux informations pertinentes via une plateforme européenne en ligne, ainsi qu’un dialogue permanent avec les parties prenantes dans l’élaboration ou la révision de plans vont permettre de tenir les gouvernements responsables de leurs objectifs.

    A la COP24 à Katowice, l’attention va se porter sur la mise en œuvre de l’Accord de Paris. Ces éléments de bonne gouvernance sont essentiels pour la crédibilité de l’Union européenne sur la scène internationale. Nous demandons maintenant à la Commission d’apporter une réponse sérieuse et concrète au changement climatique et de mettre en place une stratégie à long terme conforme à la dernière recommandation scientifique relative aux défis soulevés dans le rapport spécial du GIEC sur 1,5 °C. Il n’y a pas de temps à perdre ! »

    Intervention en plénière le 13 novembre 2018:

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