Rejet des eaux contaminées de la centrale de Fukushima : la Commission réagit à nos interpellations et demande des comptes au Japon

Malgré les solutions mises en avant par des experts internationaux au fil de la dernière décennie, le Japon a annoncé le 13 avril 2021 son intention de rejeter dans l’océan 1,25 million de tonnes d’eau contaminée issue de la centrale nucléaire de Fukushima. Cette décision suscite un vif mécontentement au Japon, mais aussi dans les pays voisins en Chine, en Corée du Sud et à Taïwan. De son côté, la Commission européenne, au départ silencieuse, se montre désormais plus vigilante après nos sollicitations.

Depuis l’annonce du Japon de déverser les eaux radioactives de la catastrophe nucléaire de Fukushima dans l’océan, la polémique enfle. Ses pays voisins lui reprochent d’être maintenus à l’écart du processus d’une décision qui concerne pourtant un rejet transnational de substances radioactives. De même,les informations communiquées par le producteur d’électricité japonais Tepco ne sont pas fiables : après la mise en service des systèmes de décontamination et de purification ALPS, la compagnie avait affirmé qu’il ne restait que du tritium dans l’eau traitée. Or, en août 2018, elle a reconnu que 80 % de cette eau contenait une soixantaine de nucléides – strontium 90, cobalt 60 ou encore ruthénium 106 –, à des niveaux supérieurs aux normes.

Au vu de l’impact sanitaire prévisible, une quinzaine d’Etats maintiennent actuellement des restrictions sur les importations de produits alimentaires de la région de Fukushima. Au contraire, la Commission européenne a, de son côté, réduit les contrôles sur les produits alimentaires en provenance des zones contaminées concernées, répondant ainsi à l’objectif de l’accord du libre échange JEFTA qui élimine progressivement les tarifs douaniers. 

Depuis deux ans, je sollicite la Commission européenne pour qu’elle veille à ce qu’une étude d’impact soit réalisée afin de connaître l’éventuelle contamination radioactive des poissons, des sources de nourriture et d’eau et des écosystèmes marins.  Alors qu’elle se basait seulement sur le Césium 134 et le Césium 137 concernant les contrôles sur les importations de produits alimentaires, je l’avais interpellée sur la présence de différents radionucléides et sur le besoin d’avoir une analyse indépendante par un groupe d’experts indépendants.

En écho à mes interpellations, je suis ravie de voir que la Commission européenne agisse en demandant aux autorités japonaises de fournir toutes les informations disponibles sur la présence de radionucléides dans l’eau de refroidissement contaminée stockée. Elle réclame aussi au Japon les études réalisées sur les conséquences possibles d’un éventuel rejet de cette eau de refroidissement sur l’accumulation de radionucléides dans les aliments et les conséquences possibles pour l’écosystème marin. La Commission européenne souligne également la nécessité que ces analyses soient effectuées indépendamment de Tepco. Cette action rejoint celle du Conseil de l’énergie atomique de Taïwan (Atomic energy council) qui a demandé aux autorités japonaises de partager leurs informations sur l’impact maritime du déversement des eaux dans la mer.

C’est un pas en avant dans le rôle de gardienne de la Commission européenne qui était encore silencieuse. Il faut absolument qu’elle pèse de tout son poids pour assurer la transparence sur ces données, mais  aussi pour faire pression en faveur d’un accord international visant à obtenir des concentrations de substances radioactives artificielles proches de zéro dans le Pacifique, comme le prévoit la convention pour la protection du milieu marin de l’Atlantique du Nord-Est (la “convention OSPAR”). Elle doit également soutenir la Corée du Sud qui envisage de déposer une plainte auprès du Tribunal international du droit de la mer. Une telle décision peut être une infraction à la Convention de Londres de l’Organisation maritime internationale sur les déchets immergés en mer, signée en 1972. 

L’océan est un bien commun, la communauté internationale doit se mobiliser.

Crédits photos : Jung Yeon-je / AFP – Manifestation contre la décision du Japon de rejeter les eaux usées de Fukushima, le 13 avril 2021

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Par Michèle Rivasi

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