5 raisons de voter en faveur de l’objection de l’inclusion du gaz et du nucléaire dans la taxonomie européenne

La taxonomie de l’Union européenne : le gaz et le nucléaire ne sont pas des investissements verts !

Contexte

En 2018, l’Union européenne a adopté une loi visant à créer un label sur les investissements durables dans l’énergie visant les banques et les investisseurs, pour les orienter vers des projets respectueux de l’environnement. Une stratégie a donc été publiée, en 2021, par la Commission européenne pour le financement de la transition vers une économie durable. Par la suite, un acte délégué a été proposé qualifiant de durables les investissements dans le gaz et l’énergie nucléaire. Cette proposition de la Commission a été officialisée en février 2022. 

1. Le nucléaire est mauvais pour l’environnement !

L’énergie nucléaire n’est pas sans coûts, risques et charges pour les générations futures. Les catastrophes nucléaires massives, l’extraction et le broyage de l’uranium, le stockage et l’élimination des déchets et le rejet d’eau chaude font que cette technologie ne peut être qualifiée de « durable ». Bien qu’elle puisse être peu émettrice de carbone, l’énergie nucléaire n’est en aucun cas durable en termes d’impacts environnementaux. Les retards et les montants colossaux nécessaires pour le nouveau nucléaire nous freineront dans la transition énergétique urgente des prochaines années. 

2. Le gaz est un combustible fossile, tout comme le pétrole ou le charbon, et tue le climat !

Pour atteindre la neutralité climatique, nous devons investir dans des technologies énergétiques qui ne sont pas basées sur les combustibles fossiles et cela inclut l’élimination progressive du gaz. Selon le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) et l’Agence internationale de l’énergie (AIE), si nous voulons être neutres en carbone d’ici 2050, les investissements dans les activités fossiles doivent s’arrêter dès 2022

3. Arrêtons notre dépendance aux importations de combustibles fossiles !

En investissant dans le gaz et le nucléaire, nous nous rendons plus dépendants des importations de combustibles fossiles en provenance de régimes douteux. Alors que les prix du gaz s’envolent, les citoyens européens peinent à chauffer leurs maisons et à payer leurs factures, tandis que les gouvernements se démènent pour éliminer progressivement les sources de carburant russes et cesser de payer la guerre d’agression de Poutine. Investir dans les énergies renouvelables est le meilleur moyen de garantir la sécurité énergétique, la durabilité environnementale et l’accessibilité financière. L’Europe ne peut pas se permettre de gaspiller de l’argent dans des infrastructures énergétiques, qui compromettent davantage notre indépendance énergétique.

4. Ce greenwashing ralentira notre transition énergétique en détournant les investissements des énergies renouvelables propres et bon marché ! 

S’appuyer sur le nucléaire et le gaz entraînera une hausse des coûts de l’électricité pour les particuliers et les entreprises, alors que les investissements, dans les énergies renouvelables et leur intégration dans les marchés de l’électricité, nous permettrons de faire baisser les prix et prévenir les fluctuations de prix volatiles à l’avenir. En parallèle, une politique d’efficacité permettra de réduire la demande d’énergie et les coûts énergétiques et, par conséquent, les importations d’énergie – notamment de gaz et de pétrole. 

5. La Russie sera la grande gagnante de ce greenwahsing !

Si la taxonomie incluait le gaz et le nucléaire, Poutine disposerait d’une plus grande marge de manœuvre pour restreindre notre indépendance énergétique et profiterait de milliards d’euros pour financer sa guerre contre l’Ukraine.

L’Union européenne importe 45 % de son gaz fossile et 20 % de son uranium de la Russie. La Russie exporte également vers l’Europe des équipements lucratif, tels que des turbines à gaz, et fournit des services tels que l’élimination des déchets nucléaires. À l’heure actuelle, il y a 18 réacteurs de conception russe dans l’Union européenne et tous dépendent de la Russie pour leur approvisionnement en combustible nucléaire et autres services.

L’Union européenne n’a pas imposé de sanctions aux entreprises russes du secteur du gaz ou du nucléaire. En l’état actuel des choses, la Russie pourrait donc continuer à bénéficier d’une expansion de la capacité gazière et nucléaire en Europe, fondée sur la taxonomie.

Selon un rapport de Greenpeace de mai 2022, la Russie pourrait tirer 4 milliards d’euros supplémentaires par an d’une expansion de la capacité gazière conforme à la taxonomie. L’inclusion de l’énergie nucléaire, quant à elle, permettrait à l’entreprise publique russe Rosatom une part d’un investissement estimé à 500 milliards d’euros dans la nouvelle capacité nucléaire de l’UE.

Grâce à la mobilisation pour « mettre les lobbistes russes dehors », la Présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, a annoncé vendredi dernier que les représentants des entreprises russes n’étaient désormais plus admis au sein du Parlement Européen.

La Taxonomie de l’UE a pour but d’aider à assurer notre avenir. Si l’UE affirme vouloir développer massivement les énergies renouvelables et devenir indépendante de l’énergie russe, il faut rejeter l’inclusion du gaz et du nucléaire dans la taxonomie.

À lire… Ma tribune parue sur le Journal du Dimanche : « Guerre en Ukraine : sanctionnons l’industrie nucléaire russe ».

Mobilisation du Parlement européen : 

C’est maintenant au tour des députés européens de s’opposer fermement à ce que les investissements dans le gaz fossile ou le nucléaire soient désignés comme durables. Pour nous, Verts européens, la priorité est de faciliter la transition vers un système d’énergie 100% renouvelable en facilitant et en augmentant les investissements dans des sources d’énergie réellement durables ! 

Afin de bloquer cette proposition, une majorité absolue du Parlement européen est nécessaire lors du vote en commissions parlementaires (ENVI et ECON), ce mardi 14 juin. Cela signifie que 74 députés sur 147 devront être présents et soutenir l’objection. Le Parlement européen votera l’acte délégué en séance plénière en juillet 2022.

Différentes parties prenantes s’opposent fermement à l’inclusion du gaz et du nucléaire et exhortent tous les députés du Parlement européen et du Conseil à voter contre l’acte délégué. Retrouvez ici la conférence de presse de l’alliance multi-partis contre l’inclusion du nucléaire et du gaz :

Notre analyse montre que 195 membres vont certainement voter en faveur de l’objection, 296 ne la soutiendront pas et 104 sont indécis. Il y a également 104 autres députés pour lesquels nous n’avons aucune indication de vote. Les députés indécis viennent d’Autriche, de Belgique, de Croatie, de Chypre, du Danemark, d’Estonie, de Finlande, d’Allemagne, de Grèce, de Hongrie, d’Italie, de Lettonie, de Lituanie, de Malte, des Pays-Bas, du Portugal, de Slovaquie et d’Espagne.

Une opposition du parlement européen est notre meilleur espoir. Sinon, il faudra compter sur une majorité qualifiée des pays de l’Union européenne, pour voter contre la proposition au Conseil des ministres, ou bien sur une action en justice. L’Autriche, le Luxembourg et récemment l’Allemagne ont annoncé qu’ils allaient contester la proposition devant la Cour de justice de l’Union européenne.

En replay… Notre séminaire sur les actions possibles contre l’inclusion du nucléaire et du gaz : https://www.michele-rivasi.eu/politique/webinaire-stop-au-greenwashing

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Par Michèle Rivasi

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