Peuples autochtones du Brésil : arrêtons l’hémorragie, avant qu’il ne soit trop tard !

Les peuples autochtones sont les meilleurs gardiens de la biodiversité et sont en première ligne de l’action pour le climat. Au Brésil, la situation s’aggrave. Comment l’accord du Mercosur les menacent directement ? Pourquoi les solutions basées sur la nature entrainent de graves dommages écologiques sur les terres traditionnelles ? Rencontre avec des représentants de communautés autochtones brésiliennes.

Mercredi 10 novembre, à Bruxelles, j’ai eu le plaisir de rencontrer des leaders et activistes autochtones pour parler de la préservation de la Nature :

  • Le cacique Ninawa Chef du peuple autochtone Huni Kuin  
  • Damião Siã et Cosmo Araujo, 𝐥𝐞𝐚𝐝𝐞𝐫𝐬 𝐬𝐩𝐢𝐫𝐢𝐭𝐮𝐞𝐥𝐬 𝐝𝐞 𝐥a 𝐜𝐨𝐦𝐦𝐮𝐧𝐚𝐮𝐭𝐞́ autochtone 𝐇𝐮𝐧𝐢 𝐊𝐮𝐢𝐧
  • Thaline Maxim du peuple autochtone Karajà 
  • Mindahi BASTIDA, du peuple autochtone Otomi

Ils sont Otomi de Mexique et Huni Kuin et Karaja du Brésil, un pays où le président Jair Bolsonaro veut faire passer la Loi nationale PL490 visant à retirer la protection des terres autochtones pour les ouvrir à l’exploitation économique, alors que les terres autochtones au Brésil sont déjà menacées par les incendies, la déforestation et des projets miniers illégaux.

Ce projet de loi s’inscrit dans un projet international plus vaste : le MERCOSUR, grand traité de libre-échange entre l’Europe et l’Amérique du Sud, qui aura des impacts nuisibles sur les droits humains et territoriaux, l’environnement et le climat, l’agriculture familiale et paysanne, ainsi que sur le monde du travail. Il va renforcer un modèle post-colonial de dépendance aux exportations de matières premières et aux importations de produits industrialisés. Des espaces naturels vont être rasés encore plus pour ériger d’immenses fermes de bétail, des monocultures de soja, produits de basse qualité qui seront ensuite vendus en Europe à bas prix.

Ironiquement, l’Europe est l’un des plus grands exportateurs de pesticides vers le Brésil, y compris ceux dont elle interdit l’usage sur son territoire.

Le traité vise notamment à réduire de 90% les droits de douane sur les pesticides qui contaminent les sols, l’air et les rivières. Le Brésil est, au niveau mondial, le plus grand consommateur et le plus grand acheteur des « pesticides hautement dangereux », dont la plupart sont interdits dans d’autres régions, comme dans les pays de l’Union européenne elle-même. Ironiquement, l’Europe est l’un des plus grands exportateurs de pesticides vers le Brésil, y compris ceux dont elle interdit l’usage sur son territoire. L’étude d’impact de durabilité (Sustainability Impact Assessment), réalisée par la London School of Economics and Political Science (LSE) et commanditée par l’Union européenne, prévoit une augmentation de 47,6 % des exportations de pesticides suite à cet accord*.

Cet accord va également pousser l’utilisation de semences transgéniques, en particulier de maïs et de soja, qui contaminent les variétés de semences locales des agriculteurs qui les stockent et les reproduisent pendant des générations, contribuant ainsi à la conservation d’un patrimoine génétique brésilien, qui se perd au contact de la variété modifiée.

Nous nous sommes également alertés des solutions basées sur la nature qui poussent à avoir des marchés financiers sur le carbone, la biodiversité. Jusqu’où irons-nous ? 
Le nature n’a pas de prix. Ces solutions comprennent les compensations de carbone fondées sur la terre, les compensations de biodiversité et les “zones protégées” de type “conservation forteresse” qui menacent de déloger les propriétaires et les gardiens actuels des terres visées, en particulier les peuples autochtones et les communautés locales. À partir du moment où les terres sont considérées comme un actif financier, elles sont entraînées dans une logique spéculative qui entre en concurrence avec l’utilisation traditionnelle des terres. Les populations qui ont besoin de leurs terres pour leur subsistance sont beaucoup plus exposées à l’accaparement des terres et aux évacuations forcées.

Les droits humains et la sécurité alimentaire sont gravement menacés par ces solutions basées sur la nature. Les plantations d’arbres nécessiteraient tellement de terres qu’il a été estimé que 300 millions de personnes supplémentaires pourraient souffrir de malnutrition et que le prix des denrées alimentaires pourrait augmenter de 80%.
En outre, les solutions fondées sur la nature nécessiteront de donner un prix arbitraire à la nature et vont surtout entraîner de graves dommages écologiques, par exemple lorsque de vastes monocultures d’arbres à croissance rapide sont plantées sur des prairies et d’autres écosystèmes importants.

Les émissions de gaz à effet de serre dues à la combustion de combustibles fossiles et à la déforestation étouffent notre planète et mettent des milliards de personnes en danger imminent.

Il faut aussi rappeler que la crise climatique nous demande des actions urgentes. Selon le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, le dernier rapport du GIEC est un”Code rouge pour l’humanité”. La sonnette d’alarme est tirée et les preuves sont irréfutables : les émissions de gaz à effet de serre dues à la combustion de combustibles fossiles et à la déforestation étouffent notre planète et mettent des milliards de personnes en danger imminent.

Nous n’avons donc pas le temps de faire des compromis. Or, les marchés de compensation supposent un jeu à somme nulle: ils ne poussent pas à des réductions, mais au statu quo.

Il est temps que les peuples autochtones, qui sont parmi les premiers touchés par les conséquences du réchauffement climatique et par la destruction de la biodiversité, puissent être entendus. Les considérations relatives aux droits humains doivent encadrer strictement tous les efforts en matière de climat, y compris les marchés du carbone actuellement en cours de négociation. 

  • La conception et la mise en œuvre des projets doivent impliquer la société civile, les communautés locales, les peuples autochtones et les femmes, et respecter les obligations de consentement préalable libre et éclairé. 
  • Les organes de surveillance doivent respecter des principes de gouvernance stricts, notamment en matière de transparence et de responsabilité. 
  • Des mécanismes de plainte solides et indépendants doivent exister lorsque les choses tournent mal.

Je remercie les associations Jiboiana et Planète Amazone pour cette rencontre.

* Voir le rapport pour l’évaluation de l’impact sur le développement durable (EID) de l’accord d’association UE-Mercosur (AA), The London School of Economics and Political Science, 2020

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Par Michèle Rivasi

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