Fukushima, 9 ans après : On tente de faire oublier l’accident, mais la radioactivité est toujours là

Le 11 mars 2011, un séisme, puis un tsunami, ont frappé le nord de l’archipel, entraînant une explosion dans la centrale de Fukushima DaiIchi à l’origine d’un accident nucléaire le plus important, après celui de Tchernobyl en 1986.

Neuf ans après, le Premier ministre japonais Shinzo Abe veut faire des Jeux olympiques de Tokyo 2020 une vitrine de la reconstruction de la région de Fukushima, d’où le relais de la flamme olympique doit démarrer le 26 mars. Le gouvernement tente de faire oublier la catastrophe de Fukushima, ainsi que ces conséquences. Mais la vérité est bien plus complexe, les problèmes de décontamination ne sont pas réglés et les conséquences sanitaires sont encore mal connues.

Réaction de Michèle Rivasi, eurodéputée et co-fondatrice de la CRIIRAD :

Malheureusement, la radioactivité est invisible et on a tendance à oublier que Fukushima est toujours sous état d’urgence nucléaire. Si les autorités ont mis en place des dispositifs plus ou moins efficaces pour piéger les infiltrations d’eau radioactive, décaper les sols et laver les bâtiments, les travaux de décontamination des vastes forêts polluées au césium 137 patinent, faute d’accès suffisant pour les engins de chantier[1]. Pourtant, ces zones boisées représentent 75% des surfaces touchées par les retombées radioactives de l’accident nucléaire et l’agriculture vivrière, l’élevage et la pêche sont des sources d’alimentation quotidiennes dans les préfectures rurales de Fukushima et ses alentours. Des poissons de rivière et champignons sauvages ont été mesurés avec des taux de radioactivité supérieurs aux limites admissibles[2]. C’est ce type de contamination par l’ingestion de nourriture contaminée qui est pointée du doigt comme une problématique sanitaire de long terme dans les districts autour de la zone d’exclusion de Tchernobyl.

Le Japon est également toujours confronté au sort à donner à environ un million de mètres cubes d’eau contaminée stockée dans un millier de citernes sur le site de la centrale nucléaire accidentée de Fukushima Daiichi, dont la capacité maximale de stockages sera atteinte en 2022. Officiellement, l’eau est traitée par l’opérateur japonais Tepco et il ne resterait que du tritium. Ce qui est faux. En 2018, Tepco avait d’ailleurs finalement reconnu la présence d’autres éléments radioactifs à des niveaux potentiellement nuisibles pour la santé[3]. Il faut absolument un nouveau traitement de cette eau et un contrôle par un tiers. J’ai interrogé la Commission européenne sur la faisabilité d’une étude critique fournie par un groupe de scientifiques indépendants afin d’analyser la robustesse des méthodes analytiques de TEPCO. J’ai élégamment appelé à avoir un bilan sur la contamination préexistante du milieu marin au large de la centrale de Fukushima Daiichi (eau, sédiments, faune et flore marines) afin de suivre l’évolution de cette contamination en cas de rejet des effluents liquides stockés.  Mais le gouvernement japonais refuse toute mesure indépendante de l’eau qu’il souhaite rejeter dans l’océan[4], et j’attends toujours la réponse de la Commission européenne[5].

Que faire de cette eau contaminée? L’idéal serait de stocker cette eau à long terme et qu’on développe des modalités de filtrage plus performantes mais les autorités japonaises ont déjà exclu cette option. Officiellement, il ne reste plus que deux solutions sur la table: l’évaporation dans l’air, ou la dilution et le rejet dans l’océan Pacifique voisin. C’est cette seconde option qui est privilégiée et qui est approuvée par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Cette option révulse les pêcheurs et agriculteurs de la région, mais aussi la Corée du Sud voisine qui soulève des questions sur l’innocuité d’une telle mesure.

Il est hors de question que de l’eau contaminée soit rejetée dans un bien commun qui est l’océan. Nous avons été choqués par les fûts de déchets nucléaires balancés dans l’Atlantique pendant les années 60-80, et maintenant on laisserait ouvrir un robinet pour déverser de l’eau contaminée dans le Pacifique ? Comme la convention OSPAR pour l’Atlantique du Nord-Est, il est grand temps d’avoir un accord international qui oblige des rejets de substances radioactives liquides à des niveaux proches de zéro dans le Pacifique[6]. Il faut également assurer une évaluation des coûts des différentes options de traitement de ces eaux et une discussion sur une éventuelle aide financière pour assurer l’alternative la plus respectueuse de l’environnement. Mobilisons la communauté internationale et non la Pub autour des Jeux olympiques de Tokyo 2020 ! »


[1] https://www.larecherche.fr/environnement/fukushima-une-décontamination-difficile

[2] Le gouvernement japonais impose une limite de 100 becquerels par kilogramme (Bq/kg), bien en deçà des normes de l’Union européenne, de 1.250 Bq/kg.

[3] https://www.challenges.fr/monde/fukushima-tepco-reconnait-que-l-eau-stockee-est-radioactive_618729

[4] https://www.telegraph.co.uk/news/2019/11/19/fukushima-accused-cover-up-contaminated-water-set-poured-pacific/

[5] https://www.challenges.fr/monde/fukushima-tepco-reconnait-que-l-eau-stockee-est-radioactive_618729

[6] En effet, la stratégie en matière de substances radioactives prévue par la convention OSPAR (visant à prévenir et à éliminer la pollution marine dans la région de l’Atlantique du Nord-Est) prévoit des rejets de substances radioactives pratiquement nuls d’ici 2020, mais il n’y a pas de disposition similaire pour le Pacifique.

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Par Michèle Rivasi

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