Annulation de la dette des pays les plus pauvres : une réponse internationale en trompe-l’œil

Le continent africain était jusqu’ici plutôt préservé par la pandémie de coronavirus. Mais avec 18 000 cas recensés et plus de 900 décès, l’ONU a annoncé récemment que la pandémie pourrait tuer jusqu’à 300 0000 personnes en Afrique et plonger 27 millions de personnes dans la pauvreté extrême[1]. Suite à l’appel des ministres africains des finances, le G20 a décidé une suspension du paiement des intérêts de la dette pour 76 pays les plus pauvres, dont une quarantaine de pays africains, pour deux ans.

Détentrice de plus d’un tiers de la dette africaine, la Chine aura, par ses décisions à venir, une influence considérable sur la manière dont l’Afrique sera en mesure de faire face à la crise.. Les eurodéputés du groupe des Verts appellent l’Union européenne à jouer un rôle moteur dans l’annulation des dettes pour permettre aux pays du Sud de faire face aux conséquences sanitaires, sociales et économiques déclenchées par la crise du COVID-19[2].  

Pour Caroline Roose, eurodéputée  membre de la commission parlementaire DEVE: 

« Cette décision du G20 n’est pas à la hauteur de la crise. Plusieurs problèmes se posent avec ce moratoire partiel. 

D’abord, la suspension ne porte que sur les dettes nationales envers d’autres États créanciers. Les grandes banques multinationales, qui détiennent 8 milliards d’euros de créances sur ces pays, ne sont tenues à rien. Et rien n’est encore décidé sur les 12 milliards de dollars remboursables à la Banque mondiale. Ensuite, cet accord exclut de nombreux pays frappés par le Coronavirus. Les dettes cumulées de ces 76 pays ne représentent que 10% de la dette extérieure publique des pays en voie de développement. Enfin, suspension n’est pas annulation. Il faudra aller plus loin !»

Pour Michèle Rivasi, eurodéputée , coordinatrice DEVE pour le groupe des Verts:

Ces dettes restent illégitimes, elles doivent être annulées purement et simplement ! Et ces annulations doivent s’accompagner d’une mobilisation supplémentaire de l’aide publique au développement. Les mots d’Emmanuel Macron lors de son allocution du 13 avril 2020 sont trompeurs. Ils ont suscité d’énormes attentes soldées par une grande frustration. Tout comme le Comité pour l’abolition des dettes illégitimes (CADTM), nous ne pouvons que constater l’incroyable trompe-l’œil qu’a constitué cette annonce. 

Le FMI, le G20 et la Banque mondiale portent une responsabilité indéniable sur les hauts niveaux d’endettement et faibles niveaux de développement des pays du Sud. Nous soutenons l’appel de la CNUCED (Organe des Nations-Unies sur le Commerce et le Développement) pour la création d’un mécanisme international indépendant hors du contrôle de ces trois institutions pour régler la question. »


[1] CEA rapport: Le COVID-19 en Afrique: Sauver des vies et l’économie, 17 avril 2020 https://www.un.org/africarenewal/fr/derni%C3%A8re-heure/cea-rapport-le-covid-19-en-afrique-sauver-des-vies-et-l%C3%A9conomie

[2] Lien vers le texte du groupe des Verts sur le plan de relance: https://www.greens-efa.eu/dossier/what-world-do-we-want-to-return-to/

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Par Michèle Rivasi

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