RAPPORT FOLZ SUR L’EPR DE FLAMANVILLE : L’ÉCHEC D’EDF ET DE LA FILIÈRE NUCLÉAIRE FRANÇAISE EST FLAGRANT

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Ce lundi 28 octobre 2019, le rapport d’audit sur les difficultés de construction du réacteur EPR de Flamanville a été remis au gouvernement par l’ex-patron du constructeur automobile PSA Jean-Martin Folz. Jugeant que l’audit mettait en lumière « un manque de rigueur inacceptable », le ministre de l’Économie Bruno Le Maire a sommé EDF de mettre en place un « plan d’action » d’ici un mois pour remettre la filière nucléaire aux « meilleurs niveaux d’exigence ». Ce plan devra être présenté au conseil d’administration du groupe, puis « validé par l’Etat », et un point d’étape sera réalisé « fin 2020 » sur sa mise en oeuvre, a-t-il précisé.

Réaction de Michèle Rivasi, eurodéputée du Groupe des Verts et co-fondatrice de la CRIIRAD :

Les annonces désastreuses des dernières semaines concernant la dérive des chantiers de réacteurs EPR à Flamanville ou Hinkley Point, au Royaume-Uni, témoignaient déjà du peu de crédit que l’on peut encore accorder aux promesses d’EDF en termes de coûts et de délais[1]. Le rapport Folz en rajoute une couche et est clair : « irréalisme » des estimations initiales, une perte de compétences « généralisée » de la filière nucléaire, mauvaises relations entre EDF et ses sous-traitants et partenaires, notamment Areva, puis Framatome (ex-branche réacteur d’Areva revenue sous le giron d’EDF), un manque de « culture de la qualité », ou encore une gouvernance du projet « inappropriée » chez EDF. Ces critiques ont déjà été formulées régulièrement par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), qui a demandé à plusieurs reprises à EDF de reprendre certains éléments du chantier.

Et même si EDF était en mesure de beaucoup mieux maîtriser industriellement et financièrement la construction de futurs EPR, ceux-ci auraient encore besoin d’un soutien public massif. Qui payerait la facture ? Il est temps de réduire drastiquement la place du nucléaire, qui occupe encore aujourd’hui 75 % du mix de production électrique en France et freine le développement des énergies renouvelables alors que ceux-ci sont de plus en plus compétitifs. 

Il faut également que la France arrête de bloquer la transition énergétique au niveau européen.  L’inclusion de la production d’électricité nucléaire dans les secteurs éligibles aux futurs investissements verts est actuellement en cours de discussion entre les institutions européennes. La France a poussé le Conseil à mettre le nucléaire comme un investissement vert, malgré l’opposittion de l’Allemagne, le Luxembourg et l’Autriche. En ouvrant la porte par derrière au nucléaire, le Conseil (poussé par la France) risque de détruire la confiance des investisseurs. De son côté, le Parlement européen s’est opposé en excluant le nucléaire de la taxonomie verte en mars dernier. Le nucléaire n’est ni durable ni sûr et l’’inclure à la taxonomie verte créerait un effet d’enfermement à long terme dans cette technologie. Je suivrai ce texte de près pour que le nucléaire ne vienne pas fragiliser le financement durable.

[1] Début octobre, EDF a annoncé que la facture du chantier du réacteur nucléaire EPR de Flamanville devrait s’alourdir de 1,5 milliard d’euros pour atteindre 12,4 milliards d’euros, à la suite des problèmes de soudures. Le coût prévu de cet EPR, lancé il y a quinze ans, était annoncé jusqu’à présent de 10,9 milliards, déjà trois fois plus que l’estimation initiale.

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Par Michèle Rivasi

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