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L’Europe, l’Arménie et le Nagorno-Karabakh: tribune dans Nouvelles d’Arménie Magazine

L’amour que nous portons pour nos enfants est la seule voie menant à la paix

L’Alsace-Moselle fut aux relations franco-allemandes ce que le Nagorno-Karabakh est aujourd’hui aux relations arméno-azéries : une pomme de discorde, dont les pépins ont essaimé une haine durable de génération en génération.

La population franco-allemande a été tiraillée par des rivalités qui ont dépassé le simple cadre de l’Alsace-Moselle, pour toucher les deux pays et enfin embraser le continent et le monde entier. La même chose pourrait se passer à l’échelle du Caucase, et le conflit deviendrait rapidement global du fait de l’intérêt stratégique de l’UE et d’autres pays pour cette région…corridor gazier et pétrolier indispensable à l’approvisionnement énergétique de notre continent.

Cette comparaison a tout de même ses limites, je le reconnais : l’Allemagne et la France n’ont jamais fait partie d’un même bloc idéologique et totalitaire et leur rivalité n’est pas du à une décision indépendante de leur volonté, telle que le fut la dissolution de l’URSS et la non-acceptation du rattachement du Nagorno-Karabakh à l’Arménie.

Mais la comparaison mérite tout de même de pousser à l’optimisme : qui aurait cru que la France et l’Allemagne puissent un jour se réconcilier ? Qui aurait cru que Strasbourg, siège actuel du Parlement européen, devienne un jour le symbole d’une paix pourtant jugée impossible à l’époque ? Notre arrière grand-père poilu, ou notre grand-père soldat en 39-45, auraient-il pu imaginer qu’un jour leurs enfants traverseraient le Rhin pour y rencontrer leurs amis, leurs amours ? Personne…sauf quelques esprits avisés qui souhaitaient voir leurs enfants naître dans un monde de paix.

La même question se pose pour l’Arménie, et seul le temps saura panser les plaies ouvertes par le conflit au Nagorno-Karabakh.

La rivalité franco-allemande s’est transformée au cours des décennies et des siècles en une amitié solide et durable, pour devenir un moteur symbole de la réussite des idéaux démocratiques européens. Cela a été la conséquence de plusieurs guerres qui ont meurtri les deux pays. Cela a été surtout le fruit d’une envie commune de sortir d’un conflit qui n’avait plus de raison d’être. Chaque pays cherchait à asseoir une domination régionale, pourtant chaque pays ne pouvait s’enrichir que de sa coopération avec l’autre. Sous l’égide de l’atlantisme intéressé des américains, les deux pays se sont réconciliés. Et ce n’est pas la menace soviétique qui en est la seule raison, de grands penseurs comme Victor Hugo et de nombreux politiciens voyaient déjà dans l’idée européenne un vecteur de paix. Un impératif était néanmoins nécessaire: la démocratie est la condition sine qua non à la paix entre les peuples.

En tant qu’écologiste, résolument pacifiste, je ne crois pas que la guerre soit la solution, assez de sang a coulé des deux côtés. En tant qu’écologiste, je reste aussi convaincu que l’Azerbaïdjan bénéficie – d’un point de vue géostratégique – d’un avantage comparatif sur l’Arménie : des ressources abondantes en énergies fossiles. A n’en pas douter, le ton serait bien plus virulent contre ce régime non-démocratique si ce pays n’était pas une source d’approvisionnement énergétique pour le continent européen.

L’affaire Ramil Safarov a révélé le peu de cas qu’il était fait des droits de l’homme quand les pétrodollars ont influencé la décision hongroise d’extradition. Cette injustice m’a d’ailleurs poussé à manifester aux côtés de la communauté arménienne en France, devant l’ambassade de Hongrie à Paris. L’attitude de la Hongrie n’est ni acceptable, ni recevable.

Je ne cherche pas à faire de la propagande idéologique, mais il faut bien se rendre compte que c’est notre addiction aux énergies fossiles qui pérennise l’inaction face à l’arrogance azérie. La transition énergétique, vers une société économe en ressources énergétiques et privilégiant les énergies renouvelables, permettra assurément de rééquilibrer la balance des pouvoirs entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan.

La démocratie arménienne est encore jeune et imparfaite, mais c’est surtout en Azerbaïdjan que la démocratie doit s’installer si l’on souhaite résoudre pacifiquement la question du Nagorno-Karabakh.

C’est ce que tente d’impulser l’UE au travers de ses instruments de voisinage, qui comme toujours conditionnent les relations économiques et diplomatiques à l’amélioration des libertés publiques. Indépendance de la presse, liberté d’expression sont les préalables nécessaires à un régime démocratique. Dès lors, il n’y aura plus de propagande d’Etat pour hisser les jeunes générations contre un ennemi du passé. Et c’est bien contre les ressentiments négatifs que nous devons nous battre pour parvenir à pacifier des relations tendues.

L’assemblée parlementaire paritaire Euronest, à laquelle je siège et dont font partie l’Arménie et l’Azerbaïdjan au même titre que quatre autres pays, participe à cet effort : il permet tout d’abord de se faire asseoir à la même table et dialoguer des parlementaires qui ne se seraient sûrement jamais adressé la parole autrement.

Je crois aussi que le partenariat européen de voisinage peut permettre de financer des activités et des actions à même de renforcer les liens entre les nouvelles générations. Les enfants, peu importe leurs origines, recherchent tous la même chose : croire dans l’avenir. Ne les précipitons pas dans le désespoir en continuant l’escalade de la haine. Aucun enfant ne souhaite voir son père partir au front, le jour où les aînés agiront pour le bien de leurs descendants, nous serons enfin sur la voie d’une transition pacifique.

Je sais que c’est beaucoup demander dans les conditions actuelles, mais l’on n’arrive à rien si l’on n’est pas assez exigeant vis-à-vis des autres…et de soi-même.

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