Étude : L’utilisation des pesticides dans les pays en développement et leur impact sur la santé et le droit à l’alimentation

La question des exportations européennes de pesticides interdits concerne plusieurs commissions parlementaires. Je souhaite partager une nouvelle étude de la Direction Générale des Politiques Extérieures de l’Union commandée par la commission DEVE (résultat d’une initiative des Verts) sur l’utilisation des pesticides dans les pays en développement et leurs impacts sur la santé humaine et la sécurité alimentaire :

Des informations sont fournies sur les défis du contrôle de ces substances dangereuses, ainsi que sur la mesure dans laquelle les pesticides interdits au sein de l’Union européenne (UE) sont exportés vers des pays tiers. L’analyse évalue les facteurs qui expliquent la poursuite de ces exportations, ainsi que la demande croissante pour de meilleurs contrôles. Les recommandations visent à améliorer la capacité de tous les peuples, y compris les générations futures, à avoir accès à une alimentation saine, conformément aux déclarations des Nations Unies. Ces recommandations comprennent la collaboration avec la Convention de Rotterdam pour renforcer les programmes de renforcement des capacités et l’utilisation de la base de connaissances maintenue par la Convention ; le soutien à la collaboration entre les pays en développement pour renforcer la réglementation des risques liés aux pesticides ; l’exploration des options pour rendre les données sur les risques réglementaires plus transparentes et accessibles ; le renforcement de la recherche et de l’éducation en matière d’alternatives aux pesticides ; l’arrêt de toutes les exportations de produits phytosanitaires interdits dans l’UE ; l’autorisation de l’exportation de pesticides soumis à des restrictions sévères uniquement si ceux-ci sont réglementés en conséquence et utilisés correctement dans le pays importateur ; et le soutien à la réévaluation des homologations de pesticides dans les pays en développement pour qu’elles soient conformes au code de conduite FAO/OMS.

CONTEXTE DE L’ÉTUDE

Le 20 février 2020, une étude menée par l’association suisse Public Eye et la branche britannique de Greenpeace a révélé que les cinq premiers fabricants mondiaux de pesticides (Bayer, BASF, Syngenta, FMC et Corteva) continuent de gagner des milliards de dollars avec des pesticides considérés comme les plus dangereux pour la santé ou l’environnement, dits “extrêmement dangereux” ou HHP (pour highly hazardous pesticides) selon la classification de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). L’enquête montre qu’ils ont réalisé des ventes de ces produits pour 4,8 milliards de dollars, soit plus d’un tiers (36%) de leurs ventes mondiales (13,4 milliards) en 2018[1].

Une étude récente[2] a montré que les pays de l’UE ont approuvé en 2018 l’exportation de plus de 81 000 tonnes de produits pesticides contenant des substances chimiques interdites pour l’utilisation dans leurs propres champs. Pas moins de 41 produits chimiques, considérés comme trop dangereux pour être utilisés dans l’UE, ont été notifiés pour l’exportation la même année. La plupart des envois ont été effectués vers des pays plus pauvres comme l’Afrique du Sud, l’Ukraine et le Brésil.

Les experts avertissent que les pesticides dangereux présentent des risques encore plus importants dans les pays en développement car les conditions d’utilisation (par exemple, équipement de protection, pulvérisation aérienne) ne sont pas aussi strictes que dans l’UE. Une enquête mondiale sur la gestion des pesticides menée en 2018 par l’Organisation mondiale de la santé et l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO)[3] a révélé “diverses lacunes critiques”, les pays devant renforcer leurs règles et leur application afin de “minimiser leurs effets néfastes sur les êtres humains et l’environnement”.

En outre, ces pesticides interdits peuvent se retrouver dans l’UE et dans l’assiette des consommateurs européens dont la santé est censée être protégée par la législation européenne sur les pesticides. En fait, les principaux importateurs de pesticides interdits par l’UE sont les pays dont l’UE se procure la majeure partie de ses importations agricoles. Le programme officiel de surveillance des résidus alimentaires des États membres montre qu’en 2018, 74 pesticides différents dont l’utilisation est interdite dans l’UE ont été détectés dans des denrées alimentaires vendues sur le marché de l’UE.

Au vu de ces nouveaux chiffres et du niveau toujours élevé des problèmes de santé publique et d’environnement, environ 70 députés européens ont demandé[4] à la Commission européenne d’interdire l’exportation des pesticides qui ont été interdits dans l’UE en raison de leurs effets néfastes sur la santé et l’environnement, et de cesser d’importer des denrées alimentaires produites en dehors de l’UE à l’aide de ces produits chimiques dangereux

  1. https://unearthed.greenpeace.org/2020/02/20/pesticides-croplife-hazardous-bayer-syngenta-health-bees/
  2. https://www.publiceye.ch/en/topics/pesticides/banned-in-europe
  3. http://www.fao.org/3/ca7032en/ca7032en.pdf
  4. https://www.michele-rivasi.eu/politique/il-faut-en-finir-avec-lexportation-de-pesticides-toxiques

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Par Michèle Rivasi

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