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Alerte dans nos assiettes (L’Express)

14 Août 2013

Medias, Revue de presse

Par Charles Haquet et Géraldine Meignan, avec Yassine Khiri et Harold Thibault (à Shanghai), publié le 14/08/2013 à 15:35

En moins de vingt ans, la mondialisation a aussi bouleversé ce que nous mangeons : les pizzas et les plats surgelés ont rejoint les portables et les écrans plats dans la liste des produits low cost importés, souvent made in China. Une tendance méconnue, tant les géants de l’agroalimentaire entretiennent l’opacité. Et inquiétante, car la traçabilité est un leurre, comme le prouve l’enquête de L’Express. Révélations.

Ce 24 juillet est une journée comme les autres aux portes de l’Europe. Les douanes françaises interceptent une cargaison d’aubergines de République dominicaine, avec des doses très élevées d’un insecticide toxique, le méthomyl. Aux Pays-Bas, les autorités sanitaires découvrent que des carcasses de bovins roumains n’ont pas été soumises aux tests obligatoires de dépistage de l’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB), la maladie de la vache folle. En Italie, des lots d’ustensiles de cuisine toxiques made in China sont saisis juste avant leur mise sur le marché, tandis qu’en France une alerte est lancée sur des filets d’espadon gavés de mercure en provenance d’Equateur…

Longtemps, nous avons été heureux sans le savoir. La volaille s’élevait à Bresse, les pommes normandes avaient du goût et le poisson se ramassait dans les filets bretons. Aujourd’hui, des conteneurs de nourriture affluent du monde entier, pour le meilleur – toujours plus de variété, en toute saison -, mais aussi pour le pire. Pressés par la concurrence, par leurs actionnaires et par une grande distribution sans pitié, les groupes agroalimentaires vont chercher toujours plus loin, et toujours moins cher, des produits qu’ils trouvaient autrefois à leur porte. Engagés dans une course au profit, les industriels du secteur draguent les tradeurs et les cadors du marketing. Au nom de la productivité, ils délocalisent à l’autre bout du monde, au risque de surveiller davantage leur assiette fiscale que celle du consommateur. Dans l’alimentation comme dans tant d’autres secteurs, la planète est devenue une gigantesque usine. Les langoustines pêchées en mer d’Ecosse coûtent trop cher à produire sur place? On les envoie en Thaïlande pour les faire décortiquer par des « petites mains », avant de les renvoyer en Europe pour les cuire. Soit un joli voyage de 27 000 kilomètres.

En étirant ainsi les chaînes de production, les industriels multiplient les risques d’en perdre le contrôle. On l’a vu au début d’août, avec l’alerte au botulisme lancée sur des produits laitiers en Asie. Les lots contaminés provenaient d’une multinationale néo-zélandaise qui inonde la planète de ses laits en poudre. Garantir la qualité des produits importés devient une vraie gageure. La chaîne française de supermarchés qui achète sa pizza industrielle est-elle capable de certifier à ses clients la traçabilité de la soixantaine d’ingrédients, dont un grand nombre vient de Chine, qui la composent ? Peut-elle assurer qu’il n’y a pas de pesticides dans l’origan et que le jambon n’est pas gavé d’antibiotiques?

Seuls 2 à 3% des conteneurs entrant en Europe sont contrôlés

C’est d’autant moins probable que la Chine est encore loin du compte en matière de sécurité sanitaire, comme le révèle notre enquête. En 2012, ce pays concentrait, à lui seul, 16 % des produits saisis aux frontières européennes. Mais combien d’autres passent entre les mailles du filet? Ne nous y trompons pas. Les opérations fortement médiatisées, comme celle du 8 août dernier, menées par les autorités dans leur lutte contre les fraudes alimentaires, ne sont destinées qu’à rassurer les Français. Elles ne sont qu’un leurre: seuls 2 à 3% des conteneurs entrant en Europe sont contrôlés!

Consciente du problème, l’UE prépare une réforme qui vise à sécuriser davantage la filière agroalimentaire. Mais certains, comme Michèle Rivasi, députée verte européenne, estiment déjà que ce « paquet législatif », annoncé pour 2016, n’ira pas assez loin. « Il semble que personne ne veuille demander aux industriels de fournir l’origine des ingrédients qu’ils mettent dans leurs plats cuisinés, explique-t-elle. Les consommateurs devraient boycotter les produits quand ils ignorent ce qu’ils ont dans leur assiette… » Encore faut-il apprendre à « manger responsable ». Afin que la bonne chère reste sans danger. Et la cuisine, une source de plaisir!

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