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Viande de cheval : un an après, les 5 leçons d’un scandale (Huffington Post)

07 Fév 2014

Medias, Revue de presse

Le HuffPost | Par Stanislas Kraland
Publication: 07/02/2014 07h09 CET

VIANDE DE CHEVAL – Heureusement il y eut Findus. Au lendemain des révélations sur la présence de chair d’équidé en lieu et place de bœuf dans des lasagnes le 7 février 2013, les Européens découvrirent ce qui se tramaient réellement à l’intérieur des emballages des plats cuisinés. Circuits opaques, traders de bidoche, sous-traitants en cascade, fraude à l’étiquetage et industriels trompés sur la nature même des produits qu’ils vendaient, tous les ingrédients étaient réunis pour ce scandale garantie 100% pure viande.

En réalité tout commence le 17 septembre 2012 en Irlande du Nord, lorsque des inspecteurs découvrent de la viande d’équidé en lieu et place de viande de bovin. Supermarchés, plats préparés, hamburgers, les tests se succèdent et confirment une fraude à vaste échelle dont les ramifications passent par la Roumanie, Chypre, les Pays-Bas, le Luxembourg et enfin la France. Mais aujourd’hui, un an après, où en est-on? Peut-on vraiment savoir d’où vient la viande dans nos plats préparés? Retour sur les leçons du dernier scandale alimentaire en date.

Leçon n°1 : distributeurs et marques ne sont pas très à cheval sur l’origine des viandes

Souvenez-vous, c’était il y a près de douze mois. Alors que le Salon de l’agriculture ouvrait ses portes François Hollande annonçait l’extension du sigle VBF – pour viande bovine française – à tous les produits, plats cuisinés en usine inclus, histoire de caresser dans le sens du poil une filière bovine sur les nerfs (et des consommateurs qui ne l’étaient pas moins).

Car l’affaire de la viande de cheval aura révélé les failles d’un système d’étiquetage à deux vitesses. D’un côté la viande dite fraîche, celle qu’on achète au supermarché ou chez son boucher et dont l’indication d’origine est obligatoire depuis la crise de la vache folle. De l’autre, la viande destinée à être transformée à l’image du fameux minerais qui entre dans la composition des plats cuisinés.

En somme, distributeurs et marques furent invités à être transparents. Apposer une petite étiquette VBF sur les emballages, certains distributeurs à l’instar de Système U jouèrent alors le jeu, mais pas tous. L’UFC-Que choisir en a apporté la preuve au mois de novembre 2013 lorsque l’association est allée faire ses emplettes au supermarché. Bilan des courses: sur 91 produits de consommation courante contenant des « quantités significatives » (de 6 à 39%) de viande de bœuf, l’origine de la viande reste encore absente dans 62% des produits. Ça fait beaucoup.

Leçon n°2 : La Commission européenne est têtue comme une mule

À défaut de volontarisme, pourquoi la France n’a-t-elle pas rendue obligatoire l’indication d’origine des viandes dans les plats cuisinés? Au lendemain de l’affaire tel fut d’ailleurs l’engagement du gouvernement. Mais si cette obligation figure dans le projet de loi sur la consommation, récemment adopté en dernière lecture par le Sénat, elle ne pourra être effective puisque la décision revient à la Commission européenne. Or, spécifier l’origine de toutes les viandes, celle-ci ne veut tout simplement pas en entendre parler.

Après avoir examiné la demande du gouvernement français, la commission a estimé dans un rapport publié en décembre 2013, qu’indiquer l’origine de la viande dans les plats cuisinés impliquait un « surcoût » de fabrication oscillant entre 15 et 50%. Pourquoi? Principalement en raison de la révolution logistique (approvisionnement, fournisseurs, pratiques de production) qu’une telle décision impliquerait.

De son côté, l’UFC-Que choisir avance un chiffre bien moins effrayant, 0,7% d’augmentation, soit 1,5 centime par barquette de lasagne. D’où cette réaction cinglante de Benoît Hamon, ministre délégué en charge de la consommation: « cette commission conservatrice et libérale a d’abord écouté les industriels avant les consommateurs ». Même son de cloche du côté des représentants de la filière bovine: « Chapeau bas aux industriels et aux groupes de grande distribution: ils ont mené un lobbying efficace », regrettait Jean-Pierre Fleury, secrétaire général de la FNB.

Leçon n°3 : Si l’étiquetage capote, les contrôles fonctionnent

L’indication d’origine de la viande protégerait-elle automatiquement les consommateurs des fraudes? Pas forcément. Comme le rappelait le juriste, spécialiste du droit européen Alberto Alemanno au lendemain des révélations, « la source de l’étiquetage trompeur ne provient pas d’un manque d’indications sur l’origine du produit, mais plutôt de la présentation délibérée d’un produit comme différent de ce qu’il contient en réalité ».

Dans ces conditions, rien de tel que de contrôler directement l’origine des viandes. C’est la troisième grande leçon de l’affaire de la viande de cheval qui aura réveillé un système de veille particulièrement décati. En témoignent la baisse des effectifs de contrôle français: moins 16% sur les 5 dernières années. Pour inverser la tendance, 15 (petits) fonctionnaires ont été recrutés en 2013, ce qui porte à 2.000 le nombre d’agents de la répression des fraudes tandis que les services vétérinaires, auxquels cette fraude massive à la viande de cheval avait totalement échappé, ont également été renforcés.

Hasard du calendrier ou témoignage de ce sursaut, le vaste coup de filet des autorités en décembre 2013. Bis repetita? Cette fois-ci, point de cheval dans des lasagnes, mais du cheval de laboratoire impropre à la consommation mis sur le marché. L’affaire était alors partie du signalement, quelques mois plus tôt, de viande de cheval ne satisfaisant pas les normes sanitaires dans un abattoir de l’Aude.

Leçon n°4 : La course au moins cher a un coût

Comment expliquer l’origine de la fraude? Un an plus tard, le constat est le même. À trop vouloir tirer les prix vers le bas, on pousse à la fraude. D’où la colère de la filière bovine qui jette la pierre aux industriels, qui eux mêmes accusent la grande distribution. Comme l’expliquait à l’AFP le directeur général du Syndicat national des viandes:

« Le signal (de la fraude, ndr.), ç’aurait dû être le prix: du boeuf pas cher, ça n’existe pas, donc le pro doit se poser des questions, et le transformateur ensuite. Or ils s’en sont accommodés sur toute la chaîne. On a un réseau de responsables qui laissent entendre qu’on peut toujours trouver moins cher et cette question là n’a pas été résolue ».

Même son de cloche du côté de Benoît Hamon: « Le kilo de hachis parmentier à 1,30 euro, ça se fait sur le contenu, donc c’est un encouragement à la tromperie, a-t-il déclaré. Le juste prix pour le consommateur n’est pas forcément le prix le plus bas ». Question de point de vue, car pour la Commission européenne, la transparence quant à l’origine des viandes dans les plats cuisines arrive derrière les considérations pour le prix et la qualité du produit, quand bien même les deux seraient liés.

Leçon n°5 : Les consommateurs ne veulent plus être pris pour des ânes

Paradoxe, ce même rapport de la Commission européenne qui ne jugeait pas utile d’indiquer l’origine des viandes sur les plats cuisinés reconnaissait que 90% des consommateurs y sont favorables. Et selon un sondage Ipsos pour RESPECT’In rendu public en novembre, 62% des Français estiment manquer d’information sur la qualité des produits tandis que 59% d’entre eux assuraient s’interroger « souvent » sur les ingrédients des plats cuisinés.

Bonne nouvelle pour les consommateurs soucieux, le Parlement européen vient d’opposer à la Commission un désaveux cuisant. Dans une résolution adoptée jeudi 6 février par 368 voix contre 207 et 20 abstentions, les élus européens ont exigé un étiquetage indiquant l’origine pour toutes les viandes consommées dans l’Union européenne.

« Jusqu’à présent, seule la viande bovine bénéficiait d’un étiquetage indiquant la provenance de l’alnimal. Nous demandes à ce que tous les types de viande – volailles, porc, mouton, chèvre- fassent l’objet d’une information plus détaillée, via l’étiquetage du lieu de naissance, d’élevage et d’abattage de l’animal », a déclaré l’eurodéputée écologiste française Michèle Rivasi.

« Les députés ont entendu les voix des 90% de citoyens européens qui ont demandé à savoir d’où viennent les viandes qu’ils achètent. J’espère que la commission ne fera pas la sourde oreille à cet appel » a surenchérit Monique Goyens, directrice générale du BEUC, l’organisation européenne pour la défense des consommateurs.

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  • Communiqué de presse – Strasbourg, 13 novembre 2018

    Avec son objectif d’atteindre la neutralité nette des gaz à effet de serre (GES) dans la seconde moitié de ce siècle, l’Accord de Paris a été salué comme l’accord sur le climat le plus ambitieux à ce jour. Mais il ne peut être ambitieux et efficace seulement si les politiques suivent. Ce mardi 13 novembre 2018, le Parlement européen a approuvé l’accord sur la gouvernance de l’Union de l’énergie et de l’action climatique (+475/-100/Abst 33).  Il ancre le concept de ‘budget carbone’ à l’horizon 2050 dans la législation de l’UE en soulignant la nécessité de parvenir le plus tôt possible à une économie zéro nette émissions.

    Réaction de Michèle Rivasi, eurodéputée du groupe des Verts/ALE et co-rapporteur sur la gouvernance de l’Union de l’énergie réagit :

     

    « Ce règlement va nous permettre de s’orienter vers l’Accord de Paris. Tous les pays de l’UE devront désormais établir des plans d’action nationaux conformes à l’objectif de l’Accord de Paris, qui est de maintenir le réchauffement climatique bien en dessous de 2 °C, pour atteindre une température de 1,5 °C. Pour la première fois, nous avons ancré dans le droit de l’Union la nécessité de parvenir le plus tôt possible à zéro nette émissions de gaz à effet de serre.

    C’est une première, les objectifs 2030 pour le climat (les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique) devront être alignés sur un budget carbone de l’UE et une stratégie climatique et énergétique à long terme qui soit compatible avec les objectifs de Paris. Cela nécessite de transformer en profondeur les principaux secteurs émetteurs – plutôt que de procéder à des améliorations marginales pour atteindre des objectifs à court terme.

    Cet accord apporte beaucoup de nouveautés dans la législation européenne. Il demande une stratégie européenne et complète sur le méthane, dont l’impact climatique est d’autant plus élevé que la période de référence choisie est courte, étant donné sa coute vie dans l’atmosphère. La gouvernance pointe aussi la pauvreté énergétique qui est un enjeu à ne pas sous-estimer. Aujourd’hui, personne dans l’Union européenne ne devrait avoir à choisir entre se chauffer, se rafraîchir ou manger.

    Cette gouvernance de l’Union de l’énergie et de l’action climatique ouvre la voie à la transparence et à la participation des collectivités locales à construire l’avenir énergétique et climatique de leur pays. L’accès aux informations pertinentes via une plateforme européenne en ligne, ainsi qu’un dialogue permanent avec les parties prenantes dans l’élaboration ou la révision de plans vont permettre de tenir les gouvernements responsables de leurs objectifs.

    A la COP24 à Katowice, l’attention va se porter sur la mise en œuvre de l’Accord de Paris. Ces éléments de bonne gouvernance sont essentiels pour la crédibilité de l’Union européenne sur la scène internationale. Nous demandons maintenant à la Commission d’apporter une réponse sérieuse et concrète au changement climatique et de mettre en place une stratégie à long terme conforme à la dernière recommandation scientifique relative aux défis soulevés dans le rapport spécial du GIEC sur 1,5 °C. Il n’y a pas de temps à perdre ! »

    Intervention en plénière le 13 novembre 2018:

    La gouvernance de l’Union de l’énergie est un bel exemple de réussite européenne:

    Vidéo Europarl TV:

    Réaction de Michèle Rivasi sur la Stratégie climat 2050 de la Commission européenne:

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