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Veni, Vidi, Vinci…où quand la corruption l’emporte sur le droit en Russie

27 Juin 2012

Communiqués, Medias

Evgenia Chirikova, leader emblématique de la résistance de la société civile russe à un projet d’autoroute controversé, était accueillie hier au Parlement européen pour dénoncer les liaisons dangereuses qu’entretient la multinationale Vinci avec l’oligarchie russe depuis 2009 (voir l’historique ci-dessous).

Michèle Rivasi – à l’origine de cette rencontre avec d’autres eurodéputés verts – et Corinne Lepage soutiennent pleinement les militants qui tiennent tête à Vinci et à l’Etat russe, au risque de leur vie, et appellent les acteurs de ce projet à retrouver la raison.

Michèle Rivasi, vice-présidente du groupe des Verts-ALE, s’indigne face au cynisme de la situation: « Dans ce partenariat public-privé Vinci a fait fi des engagements pris lors de sa signature du Global Compact de l’ONU, qui plaide pourtant pour le respect de principes universels tels que le respect des droits de l’homme et de l’environnement, ou bien évidemment la lutte contre la corruption. Il est incroyable que Vinci s’entête à soutenir un projet controversé dont même la Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement et la Banque Européenne d’Investissement se sont désengagées pour des raisons éthiques. Pour reverdir son blason Vinci financera un projet de reboisement…une telle définition du développement durable ne peut qu’être publiquement condamnée ».

Pour Corinne Lepage, députée européenne du groupe ALDE: « Ce projet de construction d’autoroute, qui menace une forêt abritant une biodiversité menacée, fait l’objet de graves accusations de corruption au profit de l’oligarchie russe. Je dénonce fermement les violences et la répression dont sont victimes les opposants à ce projet. Et j’attends de la compagnie Vinci la plus grande transparence et des clarifications sur la manière dont elle respecte en Russie les principes éthiques et les engagements de responsabilité sociale et environnementale qu’elle a pris, notamment dans le cadre du Global Compact de l’ONU ».

(1) Le Global Compact – Pacte Mondial en français – est la principale initiative mondiale d’entreprises citoyennes – qui regroupe des milliers de participants répartis dans plus de 100 pays – a pour objectif premier de promouvoir la légitimité sociale des entreprises et des marchés.

Historique:
– En 2004, le nouveau Ministre russe des Transports Igor Levitine annonce le projet de construction d’une nouvelle autoroute reliant Moscou à Saint Petersbourg.

– Ce projet concerne notamment une portion d’autoroute de deux fois cinq voies entre le périphérique M10 de Moscou et l’aéroport de Sheremetyevo (dont Levitine détient 25% plus une action), traversant les 1000 hectares de la forêt protégée de Khimki. Le maire de Khimki approuve ce projet en 2006.

– En 2009, Vladimir Poutine signe un décret qui change le statut de la forêt et autorise dès lors la construction d’infrastructure routière. Cette même année, le groupement North-West Concession Company (NWCC), composé de Vinci Concessions et de ses partenaires russes (N-Trans), remporte l’offre de partenariat public-privé. Le contrat est juteux, NWCC déboursera un milliard d’euros pour la construction, et remportera 1,5 milliards d’euros sur les 30 ans de concession prévus.

– Un proche de Poutine, Arkadi Rotenberg, fait partie des investisseurs russes. Des doutes s’installent autour de la régularité de ce projet, puisque des société-écrans dans des paradis fiscaux empêchent toute traçabilité des investisseurs et des véritables bénéficiaires.

– En 2010, Oleg Kashin (un journaliste qui enquête sur la corruption entourant ce projet) se fait violemment agresser et fini mutilé. L’histoire fait scandale en Russie, Poutine comme Medvedev promettent de punir les coupables. Le journaliste finira condamné pour diffamation suite à une plainte du maire de Khimki.

– La mobilisation prend de l’ampleur, une manifestation réunit des milliers de personnes sur Moscou. Medvedev recule en Septembre 2010 et promet l’ouverture d’une concertation publique sur le tracé. Ce simulacre de démocratie ne change rien au tracé, alors qu’un sondage démontre que 76% de la population locale rejette le projet.

– En février 2011, une expertise indépendante révèle l’existence de 10 tracés alternatifs possibles qui éviteraient d’affecter la forêt (résumé en anglais). Vinci devient le paravent officiel de la corruption russe, et sert de bouc émissaire au gouvernement pour justifier la poursuite des travaux.

– Les violences contre les activistes reprennent: menaces, intimidations et agressions par des milices privées se conjuguent à des arrestations arbitraires par la police. Ils espèrent dorénavant que l’éthique de Vinci poussera l’entreprise à se retirer du projet, ou à demander une modification du tracé.

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4 Responses to “Veni, Vidi, Vinci…où quand la corruption l’emporte sur le droit en Russie”

  1. Nadège Bonfils dit :

    C’est pareil à Nice avec le partenariat public privé de Vinci sur le Grand Stade !

  2. Any major infrastructure projects raise environmental and social questions. 1st section of Moscow – St. Petersburg Highway is no exception. NWCC does however not comment political issues.
    One shall understand that Concession contract model is a completely transparent mechanism, with financial partners being international companies involved for a long term relation with all Stakeholders of the Project.

    As a long term investor, we further do believe that this project, which is largely recognised as being a public need, is pertinent to cope with traffic saturation and reduce congestion of the existing M10.

    In addition, and despite our permanent dialogue with local stakeholders and residents, we deplore the lack of openness of certain of the stakeholders opposing to the Project, who continuously refuse to participate to a true and full debate on the Project.

    I kindly refer you to our web site: http://msp-highway.com/ where you can find more information and facts about the Project.

  3. Janick MAGNE dit :

    Je lis avec intérêt ce communiqué qui éclaire bien les agissements de Vinci, d’une part, et la situation dramatique de la Russie dans tant de domaines, d’autre part: agressions graves contre les opposants, banditisme d’Etat, absence de tout concept de protection de l’environnement et de la biodiversité etc.
    Que Vinci s’associe à ces agissements, même indirectement, fait extrêmement peur. Vinci est présente ans 120 pays, on peut donc imaginer que son manque de scrupules s’applique a priori partout (en France aussi, comme l’a rappelé ici une personne). L’hypocrisie est totale ! Je me suis amusée à lire l’engagement pour le développement durable (social/environnement/sociétal) sur le site de Vinci: http://www.vinci.com/vinci.nsf/fr/developpement-durable/pages/index.htm On est tellement loin de la réalité que ça ferait presque sourire si ce n’était aussi lamentable…

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  • Communiqué de presse – Strasbourg, 13 novembre 2018

    Avec son objectif d’atteindre la neutralité nette des gaz à effet de serre (GES) dans la seconde moitié de ce siècle, l’Accord de Paris a été salué comme l’accord sur le climat le plus ambitieux à ce jour. Mais il ne peut être ambitieux et efficace seulement si les politiques suivent. Ce mardi 13 novembre 2018, le Parlement européen a approuvé l’accord sur la gouvernance de l’Union de l’énergie et de l’action climatique (+475/-100/Abst 33).  Il ancre le concept de ‘budget carbone’ à l’horizon 2050 dans la législation de l’UE en soulignant la nécessité de parvenir le plus tôt possible à une économie zéro nette émissions.

    Réaction de Michèle Rivasi, eurodéputée du groupe des Verts/ALE et co-rapporteur sur la gouvernance de l’Union de l’énergie réagit :

     

    « Ce règlement va nous permettre de s’orienter vers l’Accord de Paris. Tous les pays de l’UE devront désormais établir des plans d’action nationaux conformes à l’objectif de l’Accord de Paris, qui est de maintenir le réchauffement climatique bien en dessous de 2 °C, pour atteindre une température de 1,5 °C. Pour la première fois, nous avons ancré dans le droit de l’Union la nécessité de parvenir le plus tôt possible à zéro nette émissions de gaz à effet de serre.

    C’est une première, les objectifs 2030 pour le climat (les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique) devront être alignés sur un budget carbone de l’UE et une stratégie climatique et énergétique à long terme qui soit compatible avec les objectifs de Paris. Cela nécessite de transformer en profondeur les principaux secteurs émetteurs – plutôt que de procéder à des améliorations marginales pour atteindre des objectifs à court terme.

    Cet accord apporte beaucoup de nouveautés dans la législation européenne. Il demande une stratégie européenne et complète sur le méthane, dont l’impact climatique est d’autant plus élevé que la période de référence choisie est courte, étant donné sa coute vie dans l’atmosphère. La gouvernance pointe aussi la pauvreté énergétique qui est un enjeu à ne pas sous-estimer. Aujourd’hui, personne dans l’Union européenne ne devrait avoir à choisir entre se chauffer, se rafraîchir ou manger.

    Cette gouvernance de l’Union de l’énergie et de l’action climatique ouvre la voie à la transparence et à la participation des collectivités locales à construire l’avenir énergétique et climatique de leur pays. L’accès aux informations pertinentes via une plateforme européenne en ligne, ainsi qu’un dialogue permanent avec les parties prenantes dans l’élaboration ou la révision de plans vont permettre de tenir les gouvernements responsables de leurs objectifs.

    A la COP24 à Katowice, l’attention va se porter sur la mise en œuvre de l’Accord de Paris. Ces éléments de bonne gouvernance sont essentiels pour la crédibilité de l’Union européenne sur la scène internationale. Nous demandons maintenant à la Commission d’apporter une réponse sérieuse et concrète au changement climatique et de mettre en place une stratégie à long terme conforme à la dernière recommandation scientifique relative aux défis soulevés dans le rapport spécial du GIEC sur 1,5 °C. Il n’y a pas de temps à perdre ! »

    Intervention en plénière le 13 novembre 2018:

    La gouvernance de l’Union de l’énergie est un bel exemple de réussite européenne:

    Vidéo Europarl TV:

    Réaction de Michèle Rivasi sur la Stratégie climat 2050 de la Commission européenne:

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