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tribune sur l’Huma : Le pari d’une alternative citoyenne, écologique et solidaire

28 Jan 2015

Communiqués, Medias

Mardi, 27 Janvier, 2015
tribune parue sur L’Humanité
Face au renoncement social-libéral et à la menace d’extrême droite
Texte collectif

La déraison et l’inouï se sont emparés du monde. Nous sommes aujourd’hui à un véritable point de bascule civilisationnel. Le règne de la finance folle, l’explosion des inégalités, l’emballement du dérèglement climatique, la montée des intégrismes et le repli xénophobe mettent ­l’humanité en situation de perdre la maîtrise de son destin collectif. La crise que nous traversons n’est pas seulement économique, sociale, environnementale et démocratique. C’est aussi une crise morale qui piétine les valeurs de notre République. Le choix est simple : inventer ou ­renoncer ; oser ou mourir.

La formule de René Dumont : « l’utopie ou la mort » est plus que jamais d’actualité. Nos concitoyens sont perdus. Ce gouvernement qui se dit de gauche utilise ouvertement le discours ultralibéral de la droite. Il rétrécit notre espace de débat public et a renoncé à modifier le cadre de la construction européenne. L’hyperprésidentialisation affaiblit notre fonctionnement démocratique, dans une Ve République à bout de souffle. Pas une semaine sans son scandale au plus haut niveau de l’État, ces affaires qui ruinent la parole politique. Notre société est menacée par la précarité des conditions de vie de nos concitoyens, avec plus de 5 millions de chômeurs et 9 millions de personnes vivant sous le seuil de ­pauvreté, dont près de 3 millions d’enfants. Ce dernier chiffre devrait être la première préoccupation d’un ­gouvernement digne de ce nom. La politique ultralibérale menée par le gouvernement et l’Union européenne conduit des Français révoltés à croire aux promesses de Marine Le Pen. Comme si c’était par le rejet des étrangers que la prospérité et la solidarité pouvaient revenir dans notre pays. Lequel Front national s’est empressé de cumuler ses deux premiers mandats de sénateurs avec ceux de maire, au mépris de ses promesses… Face à la perspective du Front national à la tête de la France en 2017 ou en 2022, face au spectre de la barbarie, toujours animées de notre confiance en l’insurrection citoyenne des consciences, qui fleurit aujourd’hui de Barcelone à Istanbul en passant par Rio et Athènes, notre responsabilité, notre impératif est d’offrir une alternative crédible et positive.

 

Comme le dit Edgar Morin : « Une crise peut créer le sursaut créatif mais elle peut aussi créer l’effondrement. » Nous sommes à ce carrefour. Théodore Monod lui répond d’ailleurs en écho : « La civilisation, la vraie, se construit non sur des complicités faciles, des démissions, des esclavages mais sur des refus, des ruptures. » Nos histoires et nos élaborations sont diverses. Mais elles convergent sur un point majeur. L’écologie remet en cause un modèle de société fondée sur l’exploitation sans limites et l’accaparement des richesses au profit de quelques-uns soucieux de leurs seuls intérêts de court terme. Le dérèglement ­climatique et la prise de conscience de la finitude de notre planète obligent à repenser sous le prisme de l’écologie les luttes pour la justice sociale et ­environnementale dans un monde sans croissance rejetant le mythe d’un illusoire destin dépendant d’un progrès techno-scientifique. L’humanité dispose aujourd’hui des savoirs et des outils pour offrir des conditions de vie décentes à chacun d’entre nous. Battons-nous pour la défense des biens communs, et pour un système de solidarité et de coopération Nord-Sud. Il s’agit de rejeter la dictature de la financiarisation et de l’austérité sans fin, de refonder un projet démocratique débarrassé des lobbies ; de défendre les services publics en s’appuyant sur les usagers et le contrôle citoyen ; de repenser l’émancipation en articulant autonomie individuelle et justice sociale ; de réinterroger la valeur travail ; de réconcilier les communautés humaines avec la nature ; de repenser et de dépasser le régime représentatif professionnalisé et la figure de l’homme ou de la femme providentiel-le pour tendre vers des systèmes d’autogouvernement fondés sur la participation citoyenne et la subsidiarité ; d’inventer un nouvel art de vivre collectif ; de réhabiliter mais aussi de réensauvager la politique, la parole, la volonté politique et le récit par ces temps de résignation. Nous appelons de nos vœux un mouvement citoyen de transformation écologique et sociale. En agissant à l’intérieur et à l’extérieur des institutions, nous pourrons provoquer le renouveau que tous attendent.

Podemos nous montre la voie en ­Espagne, comme toutes ces énergies citoyennes qui bâtissent ici et maintenant des projets locaux innovants. Ce mouvement des communs nous montre qu’il est possible de dépasser nos égoïsmes, d’inventer une société solidaire. Trois chantiers sont prioritaires dans les deux années à venir : – Inventer une alternative démocratique globale aux politiques d’austérité et pour cela mettre en œuvre des laboratoires citoyens pour la coélaboration de nouvelles politiques publiques dans le but de bâtir des dynamiques communes entre les collectifs citoyens et les militants des partis politiques se réclamant de l’écologie tels que EELV, le Front de gauche, Nouvelle Donne, les Socialistes affligés… – Mobiliser les citoyens autour du refus des grands projets inutiles fleurissant partout en France, de Notre-Dame-des-Landes à Sivens en passant par l’OIN de la plaine du Var ou le Center Parcs de Roybon et dans la résistance aux traités tels que Tafta, Ceta et Tisa qui ont pour objectif d’empêcher tout choix de société qui remettrait en cause la suprématie de la concurrence libre et non faussée. – Faire émerger des pépinières d’initiatives citoyennes et d’alternatives locales dans chaque région à l’instar de ce que fait Alternatiba autour de la question de l’urgence climatique ou les Fralib et leur projet de coopérative face au géant Unilever en matière de reconversion écologique et de relocalisation de l’économie. Déjà nous nous retrouvons dans diverses initiatives, Collectif 3A, projet de chantiers pour une alternative politique, sociale et écologiste. Cette tribune se veut une petite pierre de plus dans la construction de cette démarche. Nous n’abandonnerons jamais l’espoir car nous voyons chaque jour des initiatives qui montrent qu’un autre monde est possible, et qu’il est déjà en germe.

 

(1) Signataires : Isabelle Attard, 
députée Nouvelle Donne, 
Clémentine Autain, porte-parole d’Ensemble pour une alternative écologique et solidaire à gauche, Martine Billard, secrétaire nationale 
du Parti de gauche, Anne Le Strat, coporte-parole du mouvement 
Utopia, et Michèle Rivasi, députée européenne EELV.

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  • Communiqué de presse – Strasbourg, 13 novembre 2018

    Avec son objectif d’atteindre la neutralité nette des gaz à effet de serre (GES) dans la seconde moitié de ce siècle, l’Accord de Paris a été salué comme l’accord sur le climat le plus ambitieux à ce jour. Mais il ne peut être ambitieux et efficace seulement si les politiques suivent. Ce mardi 13 novembre 2018, le Parlement européen a approuvé l’accord sur la gouvernance de l’Union de l’énergie et de l’action climatique (+475/-100/Abst 33).  Il ancre le concept de ‘budget carbone’ à l’horizon 2050 dans la législation de l’UE en soulignant la nécessité de parvenir le plus tôt possible à une économie zéro nette émissions.

    Réaction de Michèle Rivasi, eurodéputée du groupe des Verts/ALE et co-rapporteur sur la gouvernance de l’Union de l’énergie réagit :

     

    « Ce règlement va nous permettre de s’orienter vers l’Accord de Paris. Tous les pays de l’UE devront désormais établir des plans d’action nationaux conformes à l’objectif de l’Accord de Paris, qui est de maintenir le réchauffement climatique bien en dessous de 2 °C, pour atteindre une température de 1,5 °C. Pour la première fois, nous avons ancré dans le droit de l’Union la nécessité de parvenir le plus tôt possible à zéro nette émissions de gaz à effet de serre.

    C’est une première, les objectifs 2030 pour le climat (les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique) devront être alignés sur un budget carbone de l’UE et une stratégie climatique et énergétique à long terme qui soit compatible avec les objectifs de Paris. Cela nécessite de transformer en profondeur les principaux secteurs émetteurs – plutôt que de procéder à des améliorations marginales pour atteindre des objectifs à court terme.

    Cet accord apporte beaucoup de nouveautés dans la législation européenne. Il demande une stratégie européenne et complète sur le méthane, dont l’impact climatique est d’autant plus élevé que la période de référence choisie est courte, étant donné sa coute vie dans l’atmosphère. La gouvernance pointe aussi la pauvreté énergétique qui est un enjeu à ne pas sous-estimer. Aujourd’hui, personne dans l’Union européenne ne devrait avoir à choisir entre se chauffer, se rafraîchir ou manger.

    Cette gouvernance de l’Union de l’énergie et de l’action climatique ouvre la voie à la transparence et à la participation des collectivités locales à construire l’avenir énergétique et climatique de leur pays. L’accès aux informations pertinentes via une plateforme européenne en ligne, ainsi qu’un dialogue permanent avec les parties prenantes dans l’élaboration ou la révision de plans vont permettre de tenir les gouvernements responsables de leurs objectifs.

    A la COP24 à Katowice, l’attention va se porter sur la mise en œuvre de l’Accord de Paris. Ces éléments de bonne gouvernance sont essentiels pour la crédibilité de l’Union européenne sur la scène internationale. Nous demandons maintenant à la Commission d’apporter une réponse sérieuse et concrète au changement climatique et de mettre en place une stratégie à long terme conforme à la dernière recommandation scientifique relative aux défis soulevés dans le rapport spécial du GIEC sur 1,5 °C. Il n’y a pas de temps à perdre ! »

    Intervention en plénière le 13 novembre 2018:

    La gouvernance de l’Union de l’énergie est un bel exemple de réussite européenne:

    Vidéo Europarl TV:

    Réaction de Michèle Rivasi sur la Stratégie climat 2050 de la Commission européenne:

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