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Syriza ou l’espoir d’une autre Europe qui se lève au Sud

22 jan 2015

Communiqués, Medias

Tribune par :

Michèle RIVASI (députée européenne, cheffe de la délégation francophone du groupe Verts/ALE)

Themis APOSTOLIDIS (Professeur de Psychologie sociale, Aix-Marseille Université)

 

« C’est à nous citoyens européens d’engager la lutte pour reconquérir l’espace public et démocratique. Et cette reconquête commence aujourd’hui, ici, à Athènes ». Ces mots lancés par Daniel Cohn-Bendit en juin 2013 dans le cadre du lancement de l’appel d’Athènes résonnent encore plus fort aujourd’hui avec la probable victoire de Syriza dimanche aux élections législatives anticipées en Grèce.

Syriza représente avec Podemos, qui pourrait également remporter les élections législatives espagnoles à la fin de l’année, l’espoir d’une recomposition politique en Europe : celui de l’émergence d’une alternative aux « talibans néo-libéraux » qui ont mis l’Europe à genoux et qui nourrissent le monstre national-populiste.

La victoire de Syriza en Grèce serait la première étape d’une longue marche pour sortir l’Europe de sa gangue austéritaire. Les défenseurs de l’idéal européen ne peuvent que se réjouir de l’émergence dans l’espace public de forces politiques bousculant le système dominant au Sud de l’Europe en s’appuyant sur de nouvelles pratiques politiques. Il faut rappeler ici le slogan de Podemos aux Européennes pour transformer l’indignation en changement politique : « Depuis quand n’avez-vous pas voté avec enthousiasme ? »  Ces deux mouvements peuvent permettre une réorientation des politiques européennes et un recul des tentations nationales-populistes.  Comment ne pas déplorer les pressions sur la souveraineté populaire grecque des dirigeants européens. Et pour ouvrir une véritable brèche de rupture imaginaire avec l’illusion néo-libérale, la Grèce, le pays de l’illustre penseur de l’autonomie individuelle et collective et pourfendeur des totalitarismes Cornélius Castoriadis, a les cartes en main pour expérimenter une autre politique en s’affranchissant des diktats de la Troïka (Commission, FMI, BCE).

Le peuple grec n’est pas dupe : les plans de sauvetage mis en œuvre par l’UE et la Troïka sauvent les banques mais asphyxient les populations. Entre 2010 et 2013, 77% des 210 milliards d’euros de fonds d’aide d’urgence ont bénéficié directement au secteur de la finance. Pendant ce temps là, les pensions baissaient de 37%, les traitements des fonctionnaires de 50% et les salaires de 40%. Des coupes drastiques étaient engagées dans les dépenses publiques notamment en matière d’accès aux soins et d’éducation. Il a été mis fin aux conventions collectives et aux règles de licenciement. Le chômage moyen touche plus du quart de la population active et 59% des jeunes ne trouvent pas de travail. La crise du logement est considérable avec une explosion des sans abris contraints de squatter pour survivre et un grand nombre de grecs ne peuvent même plus payer leurs factures d’électricité.  Aussi, si on ne peut que déplorer le sentiment de germanophobie qui grandit au sein du peuple hellénique, l’ingérence des dirigeants allemands, leur intransigeance et leur mépris face aux souffrances du peuple grec, témoigne d’une mémoire courte.

En effet, après 1945, si la plan Morgenthau prévoyait le démantèlement intégral de l’Allemagne, il fut vite abandonné au profit du plan Marshall qui annula la dette de guerre de l’Allemagne permettant son redressement sans haine, ni esprit de revanche comme après la défaite de 1918.  Des pistes existent pour permettre au peuple grec de se réapproprier son avenir en cessant de liquider ses services publics et de brader ses Biens Communs (eau, énergie, œuvres culturelles, îles, fonds marins…). Syriza a raison d’exiger l’annulation des dettes illégitimes à l’instar de l’effacement de la dette allemande en 1953. L’autre partie de la dette doit être refinancée à long terme avec des taux d’intérêts raisonnables. Le budget militaire grec pourrait être réduit alors qu’il est aujourd’hui le plus élevé du monde après celui des Etats-Unis (3% du PIB) et qu’il augmente chaque année.

La lutte contre l’évasion fiscale doit devenir une priorité dans un pays où 200 milliards d’euros seraient placés par des citoyens grecs à l’étranger et où la fraude et l’évasion fiscale des entreprises représenteraient 1000 milliards d’euros. Il faut lever également les avoirs des armateurs grecs qui ne payent pas d’impôts.  Les solutions sont aussi et surtout européennes  avec : l’interdiction des paradis fiscaux au niveau de l’UE ; la nécessaire lutte contre le dumping social intra-européen avec une politique d’harmonisation sociale et des salaires minimums coordonnés en Europe ; l’articulation des politiques économique et sociale de la zone Euro avec l’introduction d’un budget européen propre fondé sur l’éco-développement ; la mise hors jeu du FMI et de ses cures structurelles d’austérité et l’entrée en vigueur (enfin) d’une taxe sur les transactions financières  permettant de relancer un programme d’investissement à long terme permettant de financer la transition écologique avec des infrastructures adaptées.

La victoire de Syriza dimanche en Grèce serait une bonne nouvelle à un double titre : pour enfin mettre fin au calvaire social et à la dépossession démocratique imposés au peuple grec par la tutelle de la Troïka et pour relancer l’idée d’une autre Europe : citoyenne, écologique et solidaire. Puisse ce souhait se réaliser. Dimanche, nous serons tous des Grecs européens.

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