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Pesticides : l’indépendance des experts de l’EFSA une fois de plus mise en cause

15 Fév 2014

Communiqués, Medias

Par Karima Delli, députée européenne, tête de liste EELV de la région Nord Ouest, Michèle Rivasi, députée européenne, tête de liste EELV de la région Sud Est et François Veillerette, Conseiller régional EELV de Picardie, Fondateur et porte parole de Générations Futures.

Tribune à retrouver sur le site du Huffington Post

Ces derniers jours, l’actualité vient pointer une nouvelle fois les importants dysfonctionnements qui perdurent encore en matière d’évaluation et d’autorisation des pesticides en Europe, un sujet pourtant majeur pour la santé des européens.

C’est d’abord une nouvelle publication de l’ONG PAN Europe qui a mis en lumière un lobbying forcené visant à saboter la directive européenne de 2005 sur les dangers liés à la présence de mélanges de résidus de pesticides dans les aliments. Dans ce domaine, la réglementation en vigueur est censée prendre en compte la toxicité de chaque résidu pris individuellement. Mais pas la toxicité du mélange, qui constitue pourtant un cocktail chimique spécifique avec une toxicité propre. Pourquoi ? PAN Europe révèle, à la suite de l’étude de Corporate Europe Observatory parue en octobre 2013, qu’un réseau d’experts liés à l’industrie des pesticides a infiltré depuis des années le milieu scientifique institutionnel. Ainsi on apprend que 52 % des experts travaillant pour l’Autorité alimentaire européenne (EFSA) sur les effets des mélanges de résidus de pesticides dans les aliments ont des liens d’intérêt avec l’industrie dont ils évaluent les produits. Ils sont en outre 73% parmi les experts travaillant pour l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Avec cette majorité d’experts liés aux industries, qui se préoccupent davantage de leurs profits que de santé publique, rien d’étonnant à ce que les effets des cocktails de résidus de pesticides soient toujours passés sous silence.

Après ce nouveau coup porté à la crédibilité de l’EFSA, qu’attend la Commission européenne pour imposer enfin une véritable politique de prévention des conflits d’intérêts au sein cette agence?

Ensuite, c’est une nouvelle étude du Professeur Séralini de l’Université de Caen, qui vient souligner une autre lacune majeure dans l’évaluation actuelle des pesticides en Europe. On sait que les pesticides dits « formulés », tels qu’ils sont vendus et utilisés par les jardiniers au quotidien, ne sont pas évalués pour leurs effets à long terme sur les cellules humaines. Seule la substance active est soumise à un test à long terme, alors que le mélange des différents adjuvants qui les composent, n’est testé que pour ses effets à court terme. Dans cette nouvelle étude, les scientifiques de Caen ont montré que les pesticides qu’ils ont étudiés présentent clairement des effets plusieurs centaines de fois supérieurs en moyenne à ceux causés par leur matière active prise isolément.

Il est purement scandaleux et irresponsable qu’aujourd’hui la législation européenne n’impose pas ces tests de toxicité à long terme sur les pesticides en formulation. Cela sous-évalue gravement le risque posé par ces produits: ainsi, sont maintenus sur le marché des pesticides qui menacent directement la santé de millions de personnes en Europe. Le règlement européen sur les pesticides doit évoluer d’urgence afin que soit exigée l’évaluation avant mise sur le marché des effets à long terme des pesticides.

Mais cela ne suffit pas. S’il est indispensable d’améliorer la législation européenne, il faut surtout commencer par appliquer les textes qui existent déjà. Nous sommes atterrés par l’attitude de la Commission européenne qui bloque une disposition majeure pour la santé des européens : l’interdiction des pesticides perturbateurs endocriniens. Cette disposition, qui avait été obtenue par les écologistes dans le cadre du nouveau règlement européen sur les pesticides de 2009, prévoyait pourtant que soit publiée au plus tard fin 2013 une définition de ces polluants qui dérèglent de manière délétère et irréversible notre système hormonal, contribuant à une explosion du nombre de cancers hormonodépendants et à une chute drastique de la fertilité des espèces vivantes. Mais, sous l’influence du puissant lobby agrochimique et avec la complicité d’États membres à forte industrie chimique, et ce malgré une forte mobilisation des eurodéputés écologistes, la Commission européenne a reporté cette publication sine die. Elle a au contraire tout fait pour retarder le processus, en imposant une évaluation d’impact économique préalable, ce qui de fait enterre l’esprit du règlement, et relègue les enjeux sanitaires au second plan. C’est inacceptable.

Le 25 mai prochain, les citoyens européens enverront de nouveaux députés pour les représenter au Parlement européen. Celui-ci devra de toute urgence continuer le bras de fer déjà entamé avec la Commission et le Conseil sur ces sujets. Seule une nouvelle majorité permettra de rétablir la confiance dans les institutions européennes, en imposant de réels changements pour assurer la protection de la santé des plus faibles. Car ce sont bien eux qui sont le plus exposés, notamment les travailleurs agricoles et les familles modestes qui n’ont pas toujours accès à une alimentation saine et non chimique! Pour répondre à ces attentes légitimes des européens et peser face aux menaces de dérèglementation sociale et environnementale que voudraient nous imposer les firmes agrochimiques globalisées, il nous faut toujours plus d’Europe, une Europe solidaire qui protège tous les européens face à la soif de profit de quelques-uns.

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  • Communiqué de presse – Strasbourg, 13 novembre 2018

    Avec son objectif d’atteindre la neutralité nette des gaz à effet de serre (GES) dans la seconde moitié de ce siècle, l’Accord de Paris a été salué comme l’accord sur le climat le plus ambitieux à ce jour. Mais il ne peut être ambitieux et efficace seulement si les politiques suivent. Ce mardi 13 novembre 2018, le Parlement européen a approuvé l’accord sur la gouvernance de l’Union de l’énergie et de l’action climatique (+475/-100/Abst 33).  Il ancre le concept de ‘budget carbone’ à l’horizon 2050 dans la législation de l’UE en soulignant la nécessité de parvenir le plus tôt possible à une économie zéro nette émissions.

    Réaction de Michèle Rivasi, eurodéputée du groupe des Verts/ALE et co-rapporteur sur la gouvernance de l’Union de l’énergie réagit :

     

    « Ce règlement va nous permettre de s’orienter vers l’Accord de Paris. Tous les pays de l’UE devront désormais établir des plans d’action nationaux conformes à l’objectif de l’Accord de Paris, qui est de maintenir le réchauffement climatique bien en dessous de 2 °C, pour atteindre une température de 1,5 °C. Pour la première fois, nous avons ancré dans le droit de l’Union la nécessité de parvenir le plus tôt possible à zéro nette émissions de gaz à effet de serre.

    C’est une première, les objectifs 2030 pour le climat (les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique) devront être alignés sur un budget carbone de l’UE et une stratégie climatique et énergétique à long terme qui soit compatible avec les objectifs de Paris. Cela nécessite de transformer en profondeur les principaux secteurs émetteurs – plutôt que de procéder à des améliorations marginales pour atteindre des objectifs à court terme.

    Cet accord apporte beaucoup de nouveautés dans la législation européenne. Il demande une stratégie européenne et complète sur le méthane, dont l’impact climatique est d’autant plus élevé que la période de référence choisie est courte, étant donné sa coute vie dans l’atmosphère. La gouvernance pointe aussi la pauvreté énergétique qui est un enjeu à ne pas sous-estimer. Aujourd’hui, personne dans l’Union européenne ne devrait avoir à choisir entre se chauffer, se rafraîchir ou manger.

    Cette gouvernance de l’Union de l’énergie et de l’action climatique ouvre la voie à la transparence et à la participation des collectivités locales à construire l’avenir énergétique et climatique de leur pays. L’accès aux informations pertinentes via une plateforme européenne en ligne, ainsi qu’un dialogue permanent avec les parties prenantes dans l’élaboration ou la révision de plans vont permettre de tenir les gouvernements responsables de leurs objectifs.

    A la COP24 à Katowice, l’attention va se porter sur la mise en œuvre de l’Accord de Paris. Ces éléments de bonne gouvernance sont essentiels pour la crédibilité de l’Union européenne sur la scène internationale. Nous demandons maintenant à la Commission d’apporter une réponse sérieuse et concrète au changement climatique et de mettre en place une stratégie à long terme conforme à la dernière recommandation scientifique relative aux défis soulevés dans le rapport spécial du GIEC sur 1,5 °C. Il n’y a pas de temps à perdre ! »

    Intervention en plénière le 13 novembre 2018:

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