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Nucléaire: il devient impératif de provoquer un débat national sur le démantèlement des centrales françaises

26 Juin 2015

Communiqués, Medias

Alors que vient de se terminer la réunion de la CLI (commission locale d’information) de la centrale du Bugey, des associations de riverains ainsi que Stop Bugey et la Criirad dénoncent la reprise des travaux liés au centre de stockage de déchets radioactifs ICEDA, qui doit être construit juste à côté du site actuel.

L’ICEDA (Installation de Conditionnement et d’Entreposage de Déchets Activés) est censée permettre de conditionner et d’entreposer « temporairement » (pour 50 ans) les déchets activés des réacteurs en cours de démantèlement par EDF (aucun n’a encore été terminé, le réacteur de Brennilis est à l’arrêt depuis déjà… 1985).

Depuis 2006, ce projet a soulevé de nombreuses oppositions, notamment face aux pollutions et dangers qui lui sont liés comme le transport de matières radioactives et le risque d’inondation en cas de rupture du barrage de Vouglas. Mais ce qui est particulièrement inadmissible est la façon dont l’industrie nucléaire a réussi à passer outre des décisions de justice.

Pour preuve : suite aux plaintes de riverains et d’associations, le permis de construire de l’ICEDA a été annulé deux fois par le tribunal administratif de Lyon, pour non-respect du Plan Local d’Urbanisme (PLU) de la commune de Saint Vulbas où se trouve la centrale du Bugey.

Forçant cette décision, EDF fait pression sur la commune pour qu’elle révise son PLU et rende le projet possible. Un nouveau permis est alors obtenu, pour être finalement rejeté par la justice (ici encore après un admirable travail de veille des associations citoyennes), pour violation de procédure.

Dernier coup de bélier d’EDF : un recours devant le Conseil d’Etat, qui finit par désavouer ce que le tribunal administratif de Lyon avait confirmé par deux fois. La construction d’ICEDA va donc de nouveau reprendre.

Ce que révèle cette affaire, c’est bien sûr l’éternelle et honteuse opacité du nucléaire. C’est aussi l’absence de débat plus général sur le démantèlement en France. Les 5 milliards d’euros de perte d’Areva en 2014 ne sont pas un épiphénomène : ils témoignent de la fin d’une filière, de son obsolescence et de décennies d’erreurs.

Prévoir le démantèlement devient donc absolument essentiel, mais ceci doit être fait à l’échelle nationale, avec un débat ouvert sur les différentes options possibles, entre démantèlement immédiat, différé, et confinement sur place. Ses coûts restent au demeurant encore inconnus et, selon la Cour des comptes, insuffisamment couverts par EDF, qui prévoit aujourd’hui environ 20 milliards d´euros pour l´ensemble du parc.

Et bien sûr, en respectant la loi, les recommandations de l’autorité environnementale, et ses exigences de véritable information du public…ce qui n’a pas été le cas à Brennilis en Bretagne où le Conseil d’Etat a annulé le décret de démantèlement de la centrale pour absence d’enquête publique !

La lutte pour cette transparence menée par les associations autour de l´ICEDA est un très bel exemple de la volonté des citoyens de reprendre les rênes d’un cheval devenu complètement fou, pour que l´ère du démantèlement soit différente de la tradition d’omerta et de contrôle de la justice par l’industrie nucléaire, qui a prévalu jusque-là.

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  • Communiqué de presse – Strasbourg, 13 novembre 2018

    Avec son objectif d’atteindre la neutralité nette des gaz à effet de serre (GES) dans la seconde moitié de ce siècle, l’Accord de Paris a été salué comme l’accord sur le climat le plus ambitieux à ce jour. Mais il ne peut être ambitieux et efficace seulement si les politiques suivent. Ce mardi 13 novembre 2018, le Parlement européen a approuvé l’accord sur la gouvernance de l’Union de l’énergie et de l’action climatique (+475/-100/Abst 33).  Il ancre le concept de ‘budget carbone’ à l’horizon 2050 dans la législation de l’UE en soulignant la nécessité de parvenir le plus tôt possible à une économie zéro nette émissions.

    Réaction de Michèle Rivasi, eurodéputée du groupe des Verts/ALE et co-rapporteur sur la gouvernance de l’Union de l’énergie réagit :

     

    « Ce règlement va nous permettre de s’orienter vers l’Accord de Paris. Tous les pays de l’UE devront désormais établir des plans d’action nationaux conformes à l’objectif de l’Accord de Paris, qui est de maintenir le réchauffement climatique bien en dessous de 2 °C, pour atteindre une température de 1,5 °C. Pour la première fois, nous avons ancré dans le droit de l’Union la nécessité de parvenir le plus tôt possible à zéro nette émissions de gaz à effet de serre.

    C’est une première, les objectifs 2030 pour le climat (les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique) devront être alignés sur un budget carbone de l’UE et une stratégie climatique et énergétique à long terme qui soit compatible avec les objectifs de Paris. Cela nécessite de transformer en profondeur les principaux secteurs émetteurs – plutôt que de procéder à des améliorations marginales pour atteindre des objectifs à court terme.

    Cet accord apporte beaucoup de nouveautés dans la législation européenne. Il demande une stratégie européenne et complète sur le méthane, dont l’impact climatique est d’autant plus élevé que la période de référence choisie est courte, étant donné sa coute vie dans l’atmosphère. La gouvernance pointe aussi la pauvreté énergétique qui est un enjeu à ne pas sous-estimer. Aujourd’hui, personne dans l’Union européenne ne devrait avoir à choisir entre se chauffer, se rafraîchir ou manger.

    Cette gouvernance de l’Union de l’énergie et de l’action climatique ouvre la voie à la transparence et à la participation des collectivités locales à construire l’avenir énergétique et climatique de leur pays. L’accès aux informations pertinentes via une plateforme européenne en ligne, ainsi qu’un dialogue permanent avec les parties prenantes dans l’élaboration ou la révision de plans vont permettre de tenir les gouvernements responsables de leurs objectifs.

    A la COP24 à Katowice, l’attention va se porter sur la mise en œuvre de l’Accord de Paris. Ces éléments de bonne gouvernance sont essentiels pour la crédibilité de l’Union européenne sur la scène internationale. Nous demandons maintenant à la Commission d’apporter une réponse sérieuse et concrète au changement climatique et de mettre en place une stratégie à long terme conforme à la dernière recommandation scientifique relative aux défis soulevés dans le rapport spécial du GIEC sur 1,5 °C. Il n’y a pas de temps à perdre ! »

    Intervention en plénière le 13 novembre 2018:

    La gouvernance de l’Union de l’énergie est un bel exemple de réussite européenne:

    Vidéo Europarl TV:

    Réaction de Michèle Rivasi sur la Stratégie climat 2050 de la Commission européenne:

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