A A

Nucléaire – Exportation d’électricité vers l’Allemagne: neuf mois de jackpot…et combien d’années avant la banqueroute?

02 Mar 2012

Communiqués, Medias

Le 28 février dernier, une étude du cabinet SIA Conseil a été largement relayée par l’ensemble des grands média français. Les conclusions de cette étude avançaient que la fermeture des 8 réacteurs nucléaires allemands avait rapporté près de 360 millions d’euros en neuf mois à la France grâce à l’électricité exportée outre-Rhin.

Pour Michèle RIVASI, porte-parole d’Eva Joly, cette étude est surtout un joli exercice de communication pro-nucléaire: « On peut faire dire n’importe quoi aux chiffres, c’est bien connu, et le lobby nucléaire a toujours abusé de cette vieille pratique manipulatrice. Avec un peu de discernement et de curiosité on peut très vite démonter un argumentaire aussi orienté. Autrement énoncé: dis moi qui sont tes clients et je te dirai quelles seront les conclusions des études qu’ils commandent. »

« Il faut que les Français comprennent que l’électricité a un prix qui peut varier de façon extrême: le cours du MWh est de 50 à 55 euros habituellement en Europe, mais dans des situations de forte demande celui-ci peut exploser et atteindre jusqu’à 1980 € (1). Ces variations de la demande ont plusieurs facteurs, dont un reste prépondérant: l’aléa climatique. Quand nous avons des températures extrêmes, le prix suit la courbe du thermomètre de manière exponentielle. Et c’est surtout la France qui fait les frais de cette logique lors d’hivers rigoureux, puisque notre monoculture nucléaire nous a obligés à recourir massivement au chauffage électrique. Ainsi, la France exporte toujours de l’électricité quand la demande est faible et donc au prix le plus bas, et importe quand la demande est forte et au prix le plus cher, comme ce fut le cas ces 30 derniers jours. »

« Ainsi, l’Allemagne fait preuve d’une logique bien plus rationnelle que la France, elle importe de l’électricité française quand la demande est faible pour éviter de recourir à l’ouverture temporaire de centrales d’appoint. Et si le solde des échanges commerciaux d’électricité entre les deux pays favorise la France, c’est surtout car l’année 2011 a été très chaude et car l’Allemagne a volontairement décidé de réduire ses exportations. »

Et Michèle RIVASI de conclure: « Cette étude est totalement tronquée: en excluant les mois les plus pénalisants pour la France et en utilisant les neuf mois les plus favorables (de mars à décembre), SIA Conseil a encore démontré son attachement au soutien de la filière nucléaire, et à ses clients. Ce fut déjà le cas précédemment lorsque ce cabinet avait conclu dans une autre étude que les emplois dans le photovoltaïque revenaient plus chers que le coût de réinsertion d’un chômeur (2)! Bref, cette étude complète les autres calculs de coin de table toujours bien relayés dans les média, dans le but de démontrer que l’Allemagne a eu tort de sortir du nucléaire et que la France doit persister dans cette impasse énergétique. Cocorico! »

(1) ce fut le prix du MWh sur le marché spot le 9 février dernier. Pour la seule journée du 8 février les importations d’électricité en France ont coûté 38 millions d’euros.

(2) http://energie.sia-conseil.com/20110202-sia-conseil-plaide-pour-un-developpement-raisonne-des-enr-en-france/

Articles similaires :

Tags: , , ,

3 Responses to “Nucléaire – Exportation d’électricité vers l’Allemagne: neuf mois de jackpot…et combien d’années avant la banqueroute?”

  1. karine dit :

    ce serait bien de citer les clients de SIA : EDF, Areva, Electrabel, EnbW, RTE…………
    http://www.sia-conseil.fr/sia-conseil-fr-references/

  2. Valentin dit :

    En effet, cette « étude » publicitaire reprise par de nombreux média incapables d’exercer leur fonction de vérification ( où est l’éthique du journalisme ? ) est très différente de la réalité.

    Si l’on veut connaître la réalité des échanges d’électricité entre la France et l’Allemagne en 2010 et en 2011, il faut lire ceci :
    http://energeia.voila.net/electri/france_allemagne.htm

    On constate alors que, pour la période de neuf mois considérée, d’avril à décembre, la France a exporté vers l’Allemagne 8.160 MWh en 2010 et 8.755 MWh en 2011. Ce qui fait une différence de 7% seulement.

    Ce qu’il faut savoir aussi, c’est que depuis dix ans, entre 2000 et 2010 (donc sans compter 2011), l’Allemagne a déjà réduit sa production d’électricité nucléaire sans pour autant augmenter le recours aux combustibles fossiles.

    Lire : http://energeia.voila.net/renouv/electri_renouv_fr_de.htm

     » En Allemagne, l’électricité nucléaire a diminué en dix ans de 169,6 à 140,6 TWh (-29 TWh et -17%) alors que la production totale d’électricité augmentait de 576 à 618 TWh (+42 TWh et +7%). L’électricité provenant des combustibles fossiles n’a pas augmenté, l’électricité d’origine renouvelable passant de 39,7 à 108,1 TWh (+68,4 TWh et +172%).

    Les énergies renouvelables permettent ainsi de réduire et supprimer le nucléaire sans augmenter le recours aux combustibles fossiles, ni les émissions de gaz à effet de serre, malgré une augmentation de la production totale d’électricité. « 

Leave a Reply

Bienvenue !

Bienvenue sur le site de Michèle Rivasi.


Twitter FaceBook Flux RSS

Rechercher :

Dernière vidéo :
  • Communiqué de presse – Strasbourg, 13 novembre 2018

    Avec son objectif d’atteindre la neutralité nette des gaz à effet de serre (GES) dans la seconde moitié de ce siècle, l’Accord de Paris a été salué comme l’accord sur le climat le plus ambitieux à ce jour. Mais il ne peut être ambitieux et efficace seulement si les politiques suivent. Ce mardi 13 novembre 2018, le Parlement européen a approuvé l’accord sur la gouvernance de l’Union de l’énergie et de l’action climatique (+475/-100/Abst 33).  Il ancre le concept de ‘budget carbone’ à l’horizon 2050 dans la législation de l’UE en soulignant la nécessité de parvenir le plus tôt possible à une économie zéro nette émissions.

    Réaction de Michèle Rivasi, eurodéputée du groupe des Verts/ALE et co-rapporteur sur la gouvernance de l’Union de l’énergie réagit :

     

    « Ce règlement va nous permettre de s’orienter vers l’Accord de Paris. Tous les pays de l’UE devront désormais établir des plans d’action nationaux conformes à l’objectif de l’Accord de Paris, qui est de maintenir le réchauffement climatique bien en dessous de 2 °C, pour atteindre une température de 1,5 °C. Pour la première fois, nous avons ancré dans le droit de l’Union la nécessité de parvenir le plus tôt possible à zéro nette émissions de gaz à effet de serre.

    C’est une première, les objectifs 2030 pour le climat (les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique) devront être alignés sur un budget carbone de l’UE et une stratégie climatique et énergétique à long terme qui soit compatible avec les objectifs de Paris. Cela nécessite de transformer en profondeur les principaux secteurs émetteurs – plutôt que de procéder à des améliorations marginales pour atteindre des objectifs à court terme.

    Cet accord apporte beaucoup de nouveautés dans la législation européenne. Il demande une stratégie européenne et complète sur le méthane, dont l’impact climatique est d’autant plus élevé que la période de référence choisie est courte, étant donné sa coute vie dans l’atmosphère. La gouvernance pointe aussi la pauvreté énergétique qui est un enjeu à ne pas sous-estimer. Aujourd’hui, personne dans l’Union européenne ne devrait avoir à choisir entre se chauffer, se rafraîchir ou manger.

    Cette gouvernance de l’Union de l’énergie et de l’action climatique ouvre la voie à la transparence et à la participation des collectivités locales à construire l’avenir énergétique et climatique de leur pays. L’accès aux informations pertinentes via une plateforme européenne en ligne, ainsi qu’un dialogue permanent avec les parties prenantes dans l’élaboration ou la révision de plans vont permettre de tenir les gouvernements responsables de leurs objectifs.

    A la COP24 à Katowice, l’attention va se porter sur la mise en œuvre de l’Accord de Paris. Ces éléments de bonne gouvernance sont essentiels pour la crédibilité de l’Union européenne sur la scène internationale. Nous demandons maintenant à la Commission d’apporter une réponse sérieuse et concrète au changement climatique et de mettre en place une stratégie à long terme conforme à la dernière recommandation scientifique relative aux défis soulevés dans le rapport spécial du GIEC sur 1,5 °C. Il n’y a pas de temps à perdre ! »

    Intervention en plénière le 13 novembre 2018:

    Articles similaires :

Ad Ad

Suivez-moi sur Facebook!

Associations

Archives