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Marché du carbone : «L’outil est cassé, mais tout n’est pas perdu» (Libération)

19 Avr 2013

Medias, Revue de presse

INTERVIEW

Malgré le vote du parlement européen, Michèle Rivasi, eurodéputée verte, refuse de laisser mourir le marché du carbone.

Par Propos recueillis par Vincent Di Grande

Le parlement européen a rejeté la proposition de la commission de geler une partie des quotas d’émission de carbone. Résultat, la tonne de CO2 est tombée à son plus bas historique, et le marché européen du carbone est en état de mort clinique. Au final, la politique européenne de lutte contre le changement climatique, pour être la plus ambitieuse du monde, n’en est pas moins devenue inopérante. Michèle Rivasi, députée Europe écologie au parlement européen, est déçue du résultat du vote. Mais pour elle rien n’est perdu.

Pourquoi le Parlement européen a refusé de voter la proposition de geler une partie des quotas?

Le députés du Parti populaire européen, dont fait partie l’UMP, n’ont pas voulu voter la proposition de la commission par peur de pénaliser les entreprises en faisant remonter le prix des quotas d’émission de CO2. Une vision très court termiste sur deux points. D’abord parce qu’elle ruine la lutte contre le changement climatique. Ensuite parce que les entreprises qui, par l’innovation, arrivaient à diminuer leur émission de CO2 gagnaient de l’argent en revendant leurs quotas non utilisés. Des innovations qui les rendent plus compétitives et qu’elles peuvent ensuite exporter. De plus, la proposition soumise au vote du parlement était bien en deçà de ce que nous proposions, à savoir le gel de 1,4 milliard de tonnes de carbone.

Pascal Canfin, le ministre délégué au développement, nous a contactés pour nous dire que ce vote était un très mauvais signal en vue de la conférence sur le climat qui aura lieu à Paris en 2015. Cela détruit le leadership européen en matière de lutte contre le réchauffement climatique et cela met l’Europe en position de faiblesse vis-à-vis des pays émergents: comment convaincre ces pays d’infléchir leurs politiques environnementales quand nous-mêmes sommes incapable de le faire?

Peut-on encore sauver le marché européen du carbone ?

Tout n’est pas perdu. La commission européenne a annoncé qu’elle ferait une nouvelle proposition d’ici deux mois. Le vote de mercredi a été très serré, 334 voix contre 315 pour, et 63 abstentions. Donc tout n’est pas joué. Il faut que nous fassions un lobbying efficace auprès de nos collègues députés et j’ai bon espoir que nous arrivions a en convaincre suffisamment, y compris certains députés UMP. Je pense que tous n’ont pas saisi les enjeux. Si nous voulons assainir le marché et le remettre sur pied, il faut réussir à faire monter le prix de la tonne de carbone à 15-20 euros sinon les entreprises préfèreront payer des amendes. Aujourd’hui, on a mis beaucoup trop de quotas sur le marché, ce qui a fait baisser les cours.

Etait-il pertinent de faire reposer la politique environnementale de l’union européenne sur un mécanisme de marché?

C’est le seul outil que l’on avait. Il n’était pas parfait, mais j’en aimais bien le principe. Il reposait sur une idée de «contrat-contrainte». On ne sanctionne pas les entreprises, mais on les incite à changer leurs process pour être plus économe en énergie. De plus, ce système comportait une forme de planification. Le nombre de quotas disponibles devait baisser au fur et à mesure, afin d’atteindre progressivement les objectifs de l’Union européenne en matière de réduction des émissions de CO2. Le groupe de la gauche unitaire européenne (antilibéraux et communistes), c’est vrai, s’est opposé a ce mécanisme parce qu’il refusait l’idée que la lutte contre le changement climatique dépende d’un mécanisme marché. Mais nous n’avons pas de plan B.

ll n’existe donc pas d’alternative selon vous ?

Dans le cadre de l’union européenne, des moyens de substitution au marché du carbone sont compliqués à imaginer. Il existe d’autres leviers, la taxe carbone ou une taxe sur l’énergie, cela marche assez bien mais ce sont des politiques nationales, adaptées au tissu industriel national. Et inventer un nouveau produit européen d’ici 2015 me paraît impossible. Le marché du carbone reste le seul outil à notre disposition, même si c’est vrai, cela revient à donner un prix à la nature. Cet outil est cassé, mais rien n’est perdu. Nous pouvons encore réussir à convaincre les indécis.

Lien vers l’article sur le site de Libération

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  • Communiqué de presse – Strasbourg, 13 novembre 2018

    Avec son objectif d’atteindre la neutralité nette des gaz à effet de serre (GES) dans la seconde moitié de ce siècle, l’Accord de Paris a été salué comme l’accord sur le climat le plus ambitieux à ce jour. Mais il ne peut être ambitieux et efficace seulement si les politiques suivent. Ce mardi 13 novembre 2018, le Parlement européen a approuvé l’accord sur la gouvernance de l’Union de l’énergie et de l’action climatique (+475/-100/Abst 33).  Il ancre le concept de ‘budget carbone’ à l’horizon 2050 dans la législation de l’UE en soulignant la nécessité de parvenir le plus tôt possible à une économie zéro nette émissions.

    Réaction de Michèle Rivasi, eurodéputée du groupe des Verts/ALE et co-rapporteur sur la gouvernance de l’Union de l’énergie réagit :

     

    « Ce règlement va nous permettre de s’orienter vers l’Accord de Paris. Tous les pays de l’UE devront désormais établir des plans d’action nationaux conformes à l’objectif de l’Accord de Paris, qui est de maintenir le réchauffement climatique bien en dessous de 2 °C, pour atteindre une température de 1,5 °C. Pour la première fois, nous avons ancré dans le droit de l’Union la nécessité de parvenir le plus tôt possible à zéro nette émissions de gaz à effet de serre.

    C’est une première, les objectifs 2030 pour le climat (les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique) devront être alignés sur un budget carbone de l’UE et une stratégie climatique et énergétique à long terme qui soit compatible avec les objectifs de Paris. Cela nécessite de transformer en profondeur les principaux secteurs émetteurs – plutôt que de procéder à des améliorations marginales pour atteindre des objectifs à court terme.

    Cet accord apporte beaucoup de nouveautés dans la législation européenne. Il demande une stratégie européenne et complète sur le méthane, dont l’impact climatique est d’autant plus élevé que la période de référence choisie est courte, étant donné sa coute vie dans l’atmosphère. La gouvernance pointe aussi la pauvreté énergétique qui est un enjeu à ne pas sous-estimer. Aujourd’hui, personne dans l’Union européenne ne devrait avoir à choisir entre se chauffer, se rafraîchir ou manger.

    Cette gouvernance de l’Union de l’énergie et de l’action climatique ouvre la voie à la transparence et à la participation des collectivités locales à construire l’avenir énergétique et climatique de leur pays. L’accès aux informations pertinentes via une plateforme européenne en ligne, ainsi qu’un dialogue permanent avec les parties prenantes dans l’élaboration ou la révision de plans vont permettre de tenir les gouvernements responsables de leurs objectifs.

    A la COP24 à Katowice, l’attention va se porter sur la mise en œuvre de l’Accord de Paris. Ces éléments de bonne gouvernance sont essentiels pour la crédibilité de l’Union européenne sur la scène internationale. Nous demandons maintenant à la Commission d’apporter une réponse sérieuse et concrète au changement climatique et de mettre en place une stratégie à long terme conforme à la dernière recommandation scientifique relative aux défis soulevés dans le rapport spécial du GIEC sur 1,5 °C. Il n’y a pas de temps à perdre ! »

    Intervention en plénière le 13 novembre 2018:

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