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Journée mondiale des sols : l’agriculture hors-sol ne profite qu’aux multinationales de l’agrochimie

06 Déc 2016

Communiqués, Medias

Suite à la ratification de l’Accord de Paris, les pays européens doivent désormais respecter leurs engagements climatiques. Pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, pas de solution unique : tous les secteurs de l’économie sont concernés par ce défi. Ainsi, avec la Journée Mondiale des Sols, il est important de rappeler le rôle de l’agriculture dans la lutte contre le réchauffement climatique.

Miner le sol n’est pas durable

En effet, la matière organique enfouie dans la terre (racines, microorganismes, plantes compostées) permet de stocker deux fois plus de carbone que l’atmosphère. Le maintien de cette matière organique est donc une composante essentielle du défi climatique. Or, depuis les années 1950, nous sommes passés d’une logique agricole fondée sur l’enrichissement des sols à celle fondée sur l’appauvrissement. Certes, la révolution verte a dynamisé la productivité agricole, mais elle l’a fait dans une logique minière, en enlevant au sol toute sa richesse organique. En raison de l’agriculture conventionnelle, presque la moitié des sols européens sont pour ainsi dire biologiquement morts, présentant des niveaux très bas en matière organique (0 à 2%).

Pour compenser cette perte, les industries ont continué de tendre aux agriculteurs la béquille agrochimique : les plantes ne se nourrissent plus du sol, mais des fertilisants. Nous nous retrouvons ainsi captifs d’un cercle vicieux où les sols n’assurent plus leur fonction de stockage de carbone, et deviennent de plus en plus dépendants des produits chimiques qui les vident de leur substance.

Si la chimie met à mal la composition du sol, elle l’a également privé de sa structure. Cette déstructuration accélère l’érosion, qui elle-même entraîne les intrants dans l’eau. C’est ainsi qu’on se retrouve avec des plages bretonnes envahies d’algues, des stocks de poisson en déclin et des pesticides dans l’eau potable.

La nécessaire évolution vers l’agroécologie

La situation n’est pas durable, tant au niveau climatique qu’au niveau sanitaire. Heureusement, l’agriculture qualifiée de « conventionnelle » n’est pas un modèle gravé dans la terre, et il existe d’autres solutions pour nourrir nos populations. Ainsi, depuis une vingtaine d’années, un ensemble de méthodes agricoles plus respectueuses de l’environnement prennent de l’ampleur. Rassemblées sous le nom d’agroécologie, ces méthodes consistent à copier les processus naturels à l’œuvre dans les écosystèmes pour aider le développement des cultures. En guise d’exemple, le simple fait d’introduire de la biodiversité en alternant deux cultures sur une parcelle augmente de 3,6% le stockage carbone, et de 20,7% la biomasse. Souvent plus productive que l’agriculture conventionnelle, l’agroécologie permet ainsi de minimiser le recours aux engrais et pesticides.

Pourquoi, dans ce cas, n’est-elle n’est pas encore perçue comme une alternative valable, au niveau local comme européen ? Tout d’abord, l’accès à la formation est insuffisant. Les techniques agroécologiques font rarement partie du curriculum de base des écoles d’agronomie ; seuls les passionnés s’y intéressent. Ensuite, l’agroécologie est peu compétitive face à l’agriculture conventionnelle, qui n’intègre pas les coûts des dommages environnementaux et sanitaires qu’elle inflige.

Par conséquent, il est nécessaire d’apporter à l’agroécologie le terreau législatif dont elle a besoin pour se déployer, avec des mesures telles que :
– le développement de la recherche et de la formation, en particulier chez les jeunes agriculteurs, plus prompts à tester de nouvelles méthodes de production ;
– la mise en place d’incitations financières pour encourager la production agroécologique ;
– l’interdiction pure et simple de certaines pratiques au niveau européen (l’épandage de produits phytosanitaires à l’approche des habitations, par exemple), pour rendre les règles du jeu plus équitables.

Enfin – et surtout -, il faut que les responsables politiques cessent d’être dupes des lobbies, qui se font passer pour les défenseurs des intérêts des agriculteurs, qui payent des experts pour réaliser des études allant commodément dans leur sens, et qui vont jusqu’à s’affubler de noms trompeurs comme « l’Institut International des Sciences Naturelles », « EuropaBio », « Agriculture et Environnement » (la liste est longue) pour mieux cacher leurs objectifs industriels.
L’avenir de nos démocraties dépendra de notre capacité à faire la part des choses, entre intérêts des multinationales et intérêts des citoyens !

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  • Communiqué de presse – Strasbourg, 13 novembre 2018

    Avec son objectif d’atteindre la neutralité nette des gaz à effet de serre (GES) dans la seconde moitié de ce siècle, l’Accord de Paris a été salué comme l’accord sur le climat le plus ambitieux à ce jour. Mais il ne peut être ambitieux et efficace seulement si les politiques suivent. Ce mardi 13 novembre 2018, le Parlement européen a approuvé l’accord sur la gouvernance de l’Union de l’énergie et de l’action climatique (+475/-100/Abst 33).  Il ancre le concept de ‘budget carbone’ à l’horizon 2050 dans la législation de l’UE en soulignant la nécessité de parvenir le plus tôt possible à une économie zéro nette émissions.

    Réaction de Michèle Rivasi, eurodéputée du groupe des Verts/ALE et co-rapporteur sur la gouvernance de l’Union de l’énergie réagit :

     

    « Ce règlement va nous permettre de s’orienter vers l’Accord de Paris. Tous les pays de l’UE devront désormais établir des plans d’action nationaux conformes à l’objectif de l’Accord de Paris, qui est de maintenir le réchauffement climatique bien en dessous de 2 °C, pour atteindre une température de 1,5 °C. Pour la première fois, nous avons ancré dans le droit de l’Union la nécessité de parvenir le plus tôt possible à zéro nette émissions de gaz à effet de serre.

    C’est une première, les objectifs 2030 pour le climat (les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique) devront être alignés sur un budget carbone de l’UE et une stratégie climatique et énergétique à long terme qui soit compatible avec les objectifs de Paris. Cela nécessite de transformer en profondeur les principaux secteurs émetteurs – plutôt que de procéder à des améliorations marginales pour atteindre des objectifs à court terme.

    Cet accord apporte beaucoup de nouveautés dans la législation européenne. Il demande une stratégie européenne et complète sur le méthane, dont l’impact climatique est d’autant plus élevé que la période de référence choisie est courte, étant donné sa coute vie dans l’atmosphère. La gouvernance pointe aussi la pauvreté énergétique qui est un enjeu à ne pas sous-estimer. Aujourd’hui, personne dans l’Union européenne ne devrait avoir à choisir entre se chauffer, se rafraîchir ou manger.

    Cette gouvernance de l’Union de l’énergie et de l’action climatique ouvre la voie à la transparence et à la participation des collectivités locales à construire l’avenir énergétique et climatique de leur pays. L’accès aux informations pertinentes via une plateforme européenne en ligne, ainsi qu’un dialogue permanent avec les parties prenantes dans l’élaboration ou la révision de plans vont permettre de tenir les gouvernements responsables de leurs objectifs.

    A la COP24 à Katowice, l’attention va se porter sur la mise en œuvre de l’Accord de Paris. Ces éléments de bonne gouvernance sont essentiels pour la crédibilité de l’Union européenne sur la scène internationale. Nous demandons maintenant à la Commission d’apporter une réponse sérieuse et concrète au changement climatique et de mettre en place une stratégie à long terme conforme à la dernière recommandation scientifique relative aux défis soulevés dans le rapport spécial du GIEC sur 1,5 °C. Il n’y a pas de temps à perdre ! »

    Intervention en plénière le 13 novembre 2018:

    La gouvernance de l’Union de l’énergie est un bel exemple de réussite européenne:

    Vidéo Europarl TV:

    Réaction de Michèle Rivasi sur la Stratégie climat 2050 de la Commission européenne:

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