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Intense lobbying contre la directive sur les produits du tabac (Le Monde)

02 Oct 2013

Medias, Revue de presse

Le Monde
2 Octobre 2013
Par Pascale Santi

Le vote concernant la directive sur les produits du tabac devrait intervenir au Parlement européen mardi 8 octobre. Mais aura-t-il seulement lieu ? Il devait initialement intervenir le 10 septembre mais avait été reporté quelques jours auparavant, à la demande du groupe du Parti populaire européen (PPE-droite) et des eurosceptiques du groupe ECR (conservateurs).

L’industrie du tabac mène depuis des mois un lobbying intense pour repousser le texte, critiquant une  » ligne dure « . A ce stade, le texte prévoit des avertissements sanitaires sur 75 % de la surface du paquet, l’interdiction des cigarettes slim et de certains arômes caractérisants comme le menthol. L’objectif des députés antitabac, dont la démocrate socialiste britannique Linda McAvan, chargée de la révision de la directive sur le tabac, est de réduire de 2 % le nombre de fumeurs dans l’Union européenne dans un délai de cinq ans, alors que le tabac y est associé à 700 000 décès par an.

La majorité des amendements actuels tentant d’affaiblir le projet de loi  » ont été déposés par de nombreux députés qui, d’habitude, ne se préoccupent jamais de santé. (…) On peut deviner qu’ils sont des instruments d’une pression intense avec des arguments de poids économique « , avait indiqué à la presse belge l’eurodéputée libérale belge Frédérique Ries.

 » Ce report de vote est le signe d’une nouvelle victoire des lobbies de l’industrie du tabac. Il est honteux que mes collègues des autres groupes aient cédé à leurs pressions « , dénonçait Michèle Rivasi, députée européenne du groupe des Verts/Alliance libre européenne et membre de la Commission de l’industrie, de la recherche et de l’énergie (ITRE), le 10 septembre.  » Cela n’a malheureusement rien d’étonnant, quand on sait que l’industrie du tabac emploie une armée de lobbyistes à Bruxelles « , ajoute Michèle Rivasi.

L’hebdomadaire britannique The Observer vient de révéler des documents montrant que 161 lobbyistes sont actifs au niveau communautaire pour le cigarettier américain Philip Morris. En juillet, une enquête de l’association Corporate Europe Observatory a dévoilé qu’environ 97 lobbyistes défendent les intérêts de l’industrie du tabac à Bruxelles, à temps plein, avec un budget de 5,3 millions d’euros. Un chiffre que le CEO juge sous-estimé.

Le Parisien a dévoilé, le 21 septembre, des documents internes montrant que Philip Morris, numéro un mondial du tabac, avait établi des listes de parlementaires européens en fonction de leur soutien ou de leur opposition présumés à la lutte anti-tabac afin de les approcher. Ce qui a été contesté dans un communiqué de Philip Morris International. Des consignes de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) proscrivent, sauf nécessité absolue, de telles initiatives.

Les pétitions lancées par les fabricants pour s’opposer à la directive sur les produits du tabac sont monnaie courante, orchestrées par Freedom Organisation for the Right to Enjoy Smoking Tobacco (Forest), un groupement proche de Big Tobacco.

La cigarette électronique figure aussi au coeur des discussions. L’industrie du tabac ne souhaite pas qu’elle obtienne le statut de médicament, ni qu’elle soit distribuée en France dans le réseau des buralistes.  » L’arrivée de Big Tobacco dans cet univers ne peut qu’inquiéter quand on connaît la façon dont, par le passé, les industriels du tabac ont su organiser le détournement de la préoccupation citoyenne au profit de la défense de leurs intérêts « , souligne le rapport d’experts sur la e-cigarette de l’Office français de prévention du tabagisme. L’industrie pharmaceutique est pour l’instant restée silencieuse mais regarde de près ce phénomène.

Les utilisateurs de la e-cigarette, réunis dans l’Association indépendante des utilisateurs de cigarette électronique, qui s’est développée grâce aux réseaux sociaux et aux forums, se sont donné rendez-vous la veille du vote. Ils réclament que la e-cigarette reste un  » produit accessible à tous  » et ont aussi lancé une pétition qui a recueilli 37 000 signatures. Linda McAvan espère que le vote aura bien lieu le 8 octobre. Dans le cas contraire, le texte serait enterré, faute de pouvoir être adopté avant les prochaines élections européennes, en mai 2014.

P. Sa.

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  • Communiqué de presse – Strasbourg, 13 novembre 2018

    Avec son objectif d’atteindre la neutralité nette des gaz à effet de serre (GES) dans la seconde moitié de ce siècle, l’Accord de Paris a été salué comme l’accord sur le climat le plus ambitieux à ce jour. Mais il ne peut être ambitieux et efficace seulement si les politiques suivent. Ce mardi 13 novembre 2018, le Parlement européen a approuvé l’accord sur la gouvernance de l’Union de l’énergie et de l’action climatique (+475/-100/Abst 33).  Il ancre le concept de ‘budget carbone’ à l’horizon 2050 dans la législation de l’UE en soulignant la nécessité de parvenir le plus tôt possible à une économie zéro nette émissions.

    Réaction de Michèle Rivasi, eurodéputée du groupe des Verts/ALE et co-rapporteur sur la gouvernance de l’Union de l’énergie réagit :

     

    « Ce règlement va nous permettre de s’orienter vers l’Accord de Paris. Tous les pays de l’UE devront désormais établir des plans d’action nationaux conformes à l’objectif de l’Accord de Paris, qui est de maintenir le réchauffement climatique bien en dessous de 2 °C, pour atteindre une température de 1,5 °C. Pour la première fois, nous avons ancré dans le droit de l’Union la nécessité de parvenir le plus tôt possible à zéro nette émissions de gaz à effet de serre.

    C’est une première, les objectifs 2030 pour le climat (les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique) devront être alignés sur un budget carbone de l’UE et une stratégie climatique et énergétique à long terme qui soit compatible avec les objectifs de Paris. Cela nécessite de transformer en profondeur les principaux secteurs émetteurs – plutôt que de procéder à des améliorations marginales pour atteindre des objectifs à court terme.

    Cet accord apporte beaucoup de nouveautés dans la législation européenne. Il demande une stratégie européenne et complète sur le méthane, dont l’impact climatique est d’autant plus élevé que la période de référence choisie est courte, étant donné sa coute vie dans l’atmosphère. La gouvernance pointe aussi la pauvreté énergétique qui est un enjeu à ne pas sous-estimer. Aujourd’hui, personne dans l’Union européenne ne devrait avoir à choisir entre se chauffer, se rafraîchir ou manger.

    Cette gouvernance de l’Union de l’énergie et de l’action climatique ouvre la voie à la transparence et à la participation des collectivités locales à construire l’avenir énergétique et climatique de leur pays. L’accès aux informations pertinentes via une plateforme européenne en ligne, ainsi qu’un dialogue permanent avec les parties prenantes dans l’élaboration ou la révision de plans vont permettre de tenir les gouvernements responsables de leurs objectifs.

    A la COP24 à Katowice, l’attention va se porter sur la mise en œuvre de l’Accord de Paris. Ces éléments de bonne gouvernance sont essentiels pour la crédibilité de l’Union européenne sur la scène internationale. Nous demandons maintenant à la Commission d’apporter une réponse sérieuse et concrète au changement climatique et de mettre en place une stratégie à long terme conforme à la dernière recommandation scientifique relative aux défis soulevés dans le rapport spécial du GIEC sur 1,5 °C. Il n’y a pas de temps à perdre ! »

    Intervention en plénière le 13 novembre 2018:

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