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Et si les électrosensibles étaient vraiment malades ? (Terra éco)

04 Avr 2013

Medias, Revue de presse

Pour la première fois, une étude française montre que même à un faible niveau d’exposition, les ondes électromagnétiques perturbent la régulation thermique, le sommeil et l’appétit des rats. Et d’eux à nous, il n’y a qu’un pas…

La dose ne fait pas toujours le poison. La preuve vient d’en être faite à travers une étude bleu-blanc-rouge inédite qui montre que l’exposition continue de jeunes rats à un champ électromagnétique de faible intensité – équivalent à celui auquel on est exposé quand on se trouve à proximité d’antennes-relais – perturbe le sommeil, la régulation thermique et l’appétit.

Cette étude, qui a été conduite et déjà reproduite par l’Institut national de l’environnement industriel et des risques (Ineris) et l’université de Picardie Jules-Verne, a été intégralement financée par le ministère de l’Ecologie. (1) « Il y avait déjà dans la littérature des études montrant des effets à des niveaux d’exposition faibles mais, contrairement à la nôtre, elles n’étaient pas reproductibles, ou difficilement », explique René de Sèze, de l’unité de toxicologie de l’Ineris, qui l’a dirigée.

Vertiges, maux de tête, troubles de la mémoire…

Pendant deux fois cinq semaines, treize jeunes rats ont été exposés en continu à des ondes d’une fréquence de 900 MHz (celle utilisée par la technologie 2G) et d’une intensité de 1 volt par mètre (V/m). Rappelons que les seuils maximums autorisés oscillent, au niveau national, entre 41 à 61 V/m selon les fréquences utilisées, et de 5 V/m à 7 V/m (pour la 4 G) à Paris. Un groupe témoin de onze rats a été constitué. Il n’a, lui, pas été exposé aux ondes électromagnétiques.

Cette étude a été lancée « pour des raisons sociétales », explique René de Sèze. «Des gens qui habitent à côté d’antennes-relais se plaignent de troubles du sommeil.» Chez l’homme, l’électro-hypersensibilité se manifeste en effet, et entre autres, par des vertiges, des maux de tête, des troubles de la mémoire et de la concentration, de l’irritabilité, des picotements, des pertes de sommeil.

Les effets augmentent avec la température

Les 24 rats ont été placés dans un environnement à 24 puis à 31°C. Le niveau de champ électromagnétique étant trop faible pour échauffer les tissus du corps, les chercheurs ne s’attendaient pas à des différences de réaction en fonction de la température extérieure. En réalité, « à 31°C, les animaux exposés aux ondes réagissent comme s’ils ne percevaient pas la chaleur, comme s’ils ressentaient les ondes telle une sensation de fraîcheur », explique René de Sèze. En conséquence, les animaux exposés vasodilatent moins que le groupe témoin pour évacuer la chaleur, preuve que leur système nerveux est affecté. Il faut leur injecter un vasodilatateur afin que leur température corporelle baisse.

Deuxième constat, certainement corrélé au premier : à 31°C, les animaux exposés aux ondes mangent plus, « comme s’ils avaient besoin de consommer plus d’énergie ». On ne sait toutefois pas si cette prise alimentaire plus importante peut avoir un rôle dans le surpoids ou l’obésité. Et troisième constat : « s’ils n’ont pas de troubles du sommeil, leurs phases de sommeil paradoxal sont plus courtes et plus fractionnées, à 24 comme à 31°C. On passe de 4 épisodes par heure normalement à 5, ce qui entraîne une dégradation de la qualité du sommeil », précise encore le chercheur.

Marie-Françoise Vecchierini, médecin spécialiste du sommeil, explique que le fractionnement du sommeil paradoxal, qui survient surtout en fin de nuit et qui correspond aux phases de rêve, « peut être – du moins chez l’homme – à l’origine de difficultés de mémorisation et de troubles de l’apprentissage ».

Des résultats a priori transposables à l’homme

Ainsi, même à des niveaux faibles qui ne provoquent pas d’échauffement des tissus, les ondes électromagnétiques ont bien des effets physiologiques. Etonnés par ces résultats, les scientifiques ont donc répété l’expérience… et abouti aux mêmes conclusions. Reste désormais à savoir non seulement à partir de combien de temps d’exposition ces effets apparaissent, mais aussi et surtout s’ils sont transposables à l’homme. « A priori, on peut le penser. Cette étude ouvre une porte et des pistes de recherche à développer sur les effets chez l’homme », explique René de Sèze.

Pour Madeleine Madoré, membre du Réseau environnement santé et présidente de l’association Le lien, c’est tout vu. « Ces résultats viennent accréditer scientifiquement les témoignages de riverains d’antennes-relais, que l’on recueille depuis quinze ans. Les troubles du sommeil notamment sont des symptômes dont ils se plaignent très souvent. »

Abaisser le seuil d’exposition, faire une loi… ou attendre ?

D’un point de vue scientifique, la priorité est maintenant de comprendre le mécanisme déclenchant ces effets physiologiques des ondes. « Et de s’intéresser au plus vite aux effets des fréquences de la 3G et de la 4G », ajoute Madeleine Madoré.

Sur le plan politique et sociétal, « il faut appliquer le principe de précaution », répète inlassablement l’eurodéputée Europe Ecologie – Les Verts (EELV) Michèle Rivasi, qui espère que, cette fois, l’Agence de sécurité sanitaire (Anses) tiendra compte de cette étude bien française, quand, selon la cofondatrice du Criigen (Comité de recherche et d’information indépendantes sur le génie génétique), elle néglige celles réalisées à l’étranger. Michèle Rivasi se bagarre depuis quinze ans pour que le seuil d’exposition de 0,6 V/m soit appliqué. Le réseau téléphonique peut très bien fonctionner avec ce niveau d’émission, à condition de multiplier les antennes-relais.

Par communiqué, l’association Priartem (Pour une réglementation des implantations d’antennes relais de téléphonie mobile) exige « plus que jamais qu’une loi vienne enfin imposer une réelle protection de la population, « chacun (ayant) le droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé » (art 1 de la Charte constitutionnelle de l’environnement) ».

Mais vu la réticence de la ministre de la Santé à installer un simple groupe de travail sur l’électro hyper-sensibilité, que lui a encore réclamé récemment Michèle Rivasi, la loi est encore loin. Et ce d’autant plus que le vote de la proposition de loi écologiste relative aux ondes électromagnétiques, initialement prévu le 31 janvier dernier à l’Assemblée nationale, a été reporté sine die et le projet renvoyé en commission des affaires économiques. « Combien d’études et combien de preuves des problèmes liés aux ondes pour que les politiques commencent à bouger le petit doigt ? », s’exaspère l’eurodéputée. Beaucoup, apparemment.

(1) L’étude a été publiée par la revue Environnement Science and Pollution Research le 3 avril

Le rédacteur :
Alexandra Bogaert
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