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En Europe, pas de miracle économique à attendre des gaz de schiste (Le Monde)

14 Fév 2014

Medias, Revue de presse

Le Monde.fr | 14.02.2014 à 18h34 • Mis à jour le 15.02.2014 à 05h44 |
Par Jean-Michel Bezat

Il n’y a pas de miracle économique et écologique à attendre en Europe de la production de gaz de schiste, qui ne permettra pas de réduire sa dépendance aux importations d’hydrocarbures ou de réduire ses émissions de CO2. C’est la conclusion d’une étude publiée, mercredi 12 février, par l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri — Sciences Po).
Elle a été présentée jeudi au Parlement européen, à Bruxelles, deux semaines après le feu vert donné par la Commission à l’exploitation de ces hydrocarbures « de roche mère » — présents dans plusieurs pays, dont la France — à condition de respecter des « principes communs » (sanitaires, environnementaux…).

PAS DE BOULEVERSEMENTS ÉCONOMIQUES EN PROFONDEUR

Le Vieux Continent n’est pas le Nouveau Monde, où les shale gas (« gaz de schiste ») ont entraîné une révolution énergétique depuis cinq ans. Mais pas pour autant de bouleversements économiques en profondeur, nuancent les trois auteurs de l’étude. Leur impact a été « très sectoriel », la forte baisse du prix du gaz donnant un avantage compétitif à quelques secteurs, comme la pétrochimie, mais qui ne pèsent que 1,2 % du produit intérieur brut (PIB) américain, selon l’Iddri.

Les exportations de ces secteurs « gazo-intensifs » sont certes passées de 10,5 milliards de dollars en 2006 à 27,5 milliards en 2012, mais il faut rapprocher ces chiffres du déficit de la balance commerciale industrielle des Etats-Unis, qui a atteint 779,4 milliards de dollars en 2012. « Il n’y a aucune évidence que les shale gas ont conduit à une véritable renaissance de l’industrie manufacturière », tranche l’étude.

IMPACT MINIME SUR LE PIB

Au total, l’impact sur le PIB américain ne serait que de 0,84 % entre 2012 et 2035, soit une contribution annuelle ridicule (0,04 %) « à comparer avec un taux de croissance réel annuel de 1,4 % ». Entre 2007 et 2012 où la production de gaz de schiste s’est envolée, le stimulus des pétroles et des gaz de schiste a été de 0,88 %, note l’étude, qui ajoute que cette estimation est « optimiste ».

Les gaz de schiste ne permettront pas davantage aux Etats-Unis d’apporter une contribution solide à la lutte contre le changement climatique et à une réduction « significative et durable » des émissions de carbone, poursuivent ses auteurs. On assiste bien, depuis quelques années, à un remplacement des vieilles centrales au charbon par des centrales à cycles combinés gaz deux fois moins émettrices de CO2.

Mais ce switch (« revirement ») durera-t-il si le prix du gaz remonte de 4 dollars par million de BTU (28 mètres cubes) à 6-10 dollars sur le long terme et que les pouvoirs publics ne donnent pas d’incitation à sortir du charbon ? En attendant, cet effondrement des prix depuis le pic de 2008 n’a guère profité aux Américains, dont les tarifs de l’électricité continuent d’augmenter.

INCERTITUDE SUR LES RÉSERVES EN EUROPE

S’il n’y a pas eu de miracle outre-Atlantique, il y en aura encore moins en Europe, où subsiste une grande incertitude sur l’importance des réserves potentielles, faute de forages exploratoires suffisants. « Un scénario médian indique que l’Union européenne pourrait produire plusieurs dizaines de milliards de mètres cubes en 2030-2035, soit 3-10 % de la consommation », précise l’Iddri.

Cela ne réduira ni les importations de gaz de Russie, d’Algérie ou du Qatar (54 % de la demande européenne), ni les prix des combustibles fossiles, qui « resteront largement déterminés par les marchés internationaux », prévient l’étude. Cette production supplémentaire pourrait juste rendre le marché plus liquide et résistant dans les pays très dépendants au charbon, tels que la Pologne, ou au gaz russe, comme la Bulgarie, la Slovaquie… Mieux vaut donc que l’Europe développe des politiques d’efficacité énergétique, d’innovation et des sources d’énergie faible en carbone, plaident les auteurs.

Les Verts n’ont pas tardé à rebondir sur cette étude fouillée qui conforte leur analyse. « Elle devrait servir de livre de chevet à Arnaud Montebourg», ont réagi Michèle Rivasi et José Bové, députés européens Europe Ecologie-Les Verts (EELV). Le ministre du redressement productif s’est en effet prononcé, le 23 janvier, en faveur du développement de « techniques parfaitement propres » (différentes de la fracturation hydraulique) pour extraire ces gaz, ajoutant qu’il « espèr[ait] convaincre le président de la République d’avancer sur la question de la recherche » de telles techniques.

« Les retombées pour les consommateurs et l’économie américaine sont bien maigres pour 500 000 puits forés ces dernières années, dénoncent les deux élus. Par ailleurs, la baisse des prix du gaz ne bénéficie pas aux consommateurs mais seulement aux industries intensives en énergie. » Bref, concluent-ils, il faut en finir avec « une arnaque énergétique et économique ».

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  • Communiqué de presse – Strasbourg, 13 novembre 2018

    Avec son objectif d’atteindre la neutralité nette des gaz à effet de serre (GES) dans la seconde moitié de ce siècle, l’Accord de Paris a été salué comme l’accord sur le climat le plus ambitieux à ce jour. Mais il ne peut être ambitieux et efficace seulement si les politiques suivent. Ce mardi 13 novembre 2018, le Parlement européen a approuvé l’accord sur la gouvernance de l’Union de l’énergie et de l’action climatique (+475/-100/Abst 33).  Il ancre le concept de ‘budget carbone’ à l’horizon 2050 dans la législation de l’UE en soulignant la nécessité de parvenir le plus tôt possible à une économie zéro nette émissions.

    Réaction de Michèle Rivasi, eurodéputée du groupe des Verts/ALE et co-rapporteur sur la gouvernance de l’Union de l’énergie réagit :

     

    « Ce règlement va nous permettre de s’orienter vers l’Accord de Paris. Tous les pays de l’UE devront désormais établir des plans d’action nationaux conformes à l’objectif de l’Accord de Paris, qui est de maintenir le réchauffement climatique bien en dessous de 2 °C, pour atteindre une température de 1,5 °C. Pour la première fois, nous avons ancré dans le droit de l’Union la nécessité de parvenir le plus tôt possible à zéro nette émissions de gaz à effet de serre.

    C’est une première, les objectifs 2030 pour le climat (les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique) devront être alignés sur un budget carbone de l’UE et une stratégie climatique et énergétique à long terme qui soit compatible avec les objectifs de Paris. Cela nécessite de transformer en profondeur les principaux secteurs émetteurs – plutôt que de procéder à des améliorations marginales pour atteindre des objectifs à court terme.

    Cet accord apporte beaucoup de nouveautés dans la législation européenne. Il demande une stratégie européenne et complète sur le méthane, dont l’impact climatique est d’autant plus élevé que la période de référence choisie est courte, étant donné sa coute vie dans l’atmosphère. La gouvernance pointe aussi la pauvreté énergétique qui est un enjeu à ne pas sous-estimer. Aujourd’hui, personne dans l’Union européenne ne devrait avoir à choisir entre se chauffer, se rafraîchir ou manger.

    Cette gouvernance de l’Union de l’énergie et de l’action climatique ouvre la voie à la transparence et à la participation des collectivités locales à construire l’avenir énergétique et climatique de leur pays. L’accès aux informations pertinentes via une plateforme européenne en ligne, ainsi qu’un dialogue permanent avec les parties prenantes dans l’élaboration ou la révision de plans vont permettre de tenir les gouvernements responsables de leurs objectifs.

    A la COP24 à Katowice, l’attention va se porter sur la mise en œuvre de l’Accord de Paris. Ces éléments de bonne gouvernance sont essentiels pour la crédibilité de l’Union européenne sur la scène internationale. Nous demandons maintenant à la Commission d’apporter une réponse sérieuse et concrète au changement climatique et de mettre en place une stratégie à long terme conforme à la dernière recommandation scientifique relative aux défis soulevés dans le rapport spécial du GIEC sur 1,5 °C. Il n’y a pas de temps à perdre ! »

    Intervention en plénière le 13 novembre 2018:

    La gouvernance de l’Union de l’énergie est un bel exemple de réussite européenne:

    Vidéo Europarl TV:

    Réaction de Michèle Rivasi sur la Stratégie climat 2050 de la Commission européenne:

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