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Drones & sécurité nucléaire: courrier de parlementaires européens au gouvernement français

09 déc 2014

Communiqués, Medias

Vous trouverez ci-joint un courrier cosigné par différent(e)s député(e)s européen(ne)s issus des pays frontaliers de la France (Belgique, Luxembourg, Allemagne, Italie, Espagne), qui s’inquiètent tout comme moi – et de nombreux Français et Françaises – des risques et dangers induits par les survols des centrales nucléaires françaises par des drones.

Nous espérons que vous saurez porter l’attention nécessaire aux arguments développés et prendre les mesures adéquates pour prémunir la France et l’Europe de risques radiologiques majeurs, ou même d’un blackout électrique.

Nous rappelons encore une fois que le seul moyen de supprimer le risque nucléaire en France est d’entamer une sortie progressive de ce mode de production d’électricité. Le système centralisé français révèle une fois de plus ses faiblesses, il devient urgent d’en tirer les conclusions nécessaires.

Objet : Centrales nucléaires – Dangers induits par le survol de drones et sécurisation nécessaire des composants les plus vulnérables d’une centrale

Monsieur le Premier Ministre Manuel VALLS,
Madame la Ministre de l’Écologie et de l’Énergie Ségolène ROYAL,
Monsieur le Ministre de l’Intérieur Bernard CAZENEUVE,
Monsieur le Ministre de la Défense Jean-Yves LE DRIAN,

Copie envoyée au Directeur de l’Autorité de sûreté nucléaire, M. Pierre-Franck CHEVET.

Alors que le survol des centrales nucléaires est interdit dans un périmètre de cinq kilomètres et de 1.000 mètres d’altitude autour des sites, cela fait maintenant deux mois que les centrales nucléaires françaises sont survolées périodiquement par des drones, parfois simultanément, et la population française s’en inquiète à juste titre.

La loi française encadre par deux arrêtés du 11 avril 2012 relatifs à « l’utilisation de l’espace aérien par les aéronefs qui circulent sans personne à bord », et « à la conception des aéronefs civils qui circulent sans aucune personne à bord, aux conditions de leur emploi et sur les capacités requises des personnes qui les utilisent ». Mais force est de constater que cette loi ne suffit pas à encadrer l’utilisation de tels drones, puisque leur identification est impossible si son pilote n’est pas intercepté rapidement.

La mise en place de systèmes de radars mobiles militaires pour détecter des drones approchant les centrales est une première réponse cohérente à ces intrusions, mais elle reste insuffisante tout comme le déploiement d’hélicoptères Gazelle pour intercepter les drones et leurs pilotes puisque ces dispositifs n’ont pas permis d’interpeller ni les drones, ni leurs pilotes, selon les informations disponibles.

Ces intrusions se poursuivent au vu et au su de tout le monde, et surtout de personnes mal intentionnées qui pourraient vouloir tirer profit de cette vulnérabilité. Bien conscients que le « risque zéro » en matière de nucléaire n’existe pas, nous vous enjoignons à prendre toutes les mesures nécessaires pour empêcher un accident radiologique en France. Il est urgent de prévoir l’imprévisible, c’est ce que l’expérience de Fukushima nous a enseigné et nous devons en tirer toutes les leçons.

La France dispose de 58 réacteurs nucléaires fonctionnels (sans compter les réacteurs de recherche), répartis sur 19 centrales à travers la France. Parmi ceux-ci, 34 réacteurs de 900 MWe disposent d’enceintes de confinement à paroi unique, constituées d’une paroi cylindrique d’une épaisseur de 90 cm et d’un dôme d’une épaisseur de 80 cm. N’ayant pas été construites en béton armé, ces protections sont les moins résistantes de notre parc nucléaire. Ce bâtiment a pourtant fonction de résister aux accidents aussi bien qu’aux agressions externes, et résisterait prétendument à une chute d’avion (tout dépendrait de sa taille et de son chargement, notamment en kérosène).

Par ailleurs d’autres éléments aussi vulnérables que stratégiques – comme les piscines de désactivation des combustibles irradiés ou les transformateurs électriques – sont à la portée de n’importe quelle attaque menée par ou à l’aide d’un drone.

Le 24 Novembre dernier, Greenpeace France a remis aux autorités françaises un rapport confidentiel France sur la vulnérabilité des centrales nucléaires face aux drones, et les risques induits par l’utilisation de ces derniers. Parallèlement, un autre rapport (mis en ligne sur le site Internet de Greenpeace Allemagne, et donc accessible publiquement) livrait une analyse concernant des scénarios d’attaques terroristes, assistées par des drones, des centrales nucléaires françaises de Cattenom (Moselle), Fessenheim (Alsace) et Gravelines (Nord). Ces trois centrales se trouvent à proximité de pays frontaliers de la France (Allemagne, Suisse, Luxembourg et Belgique), directement concernés par un potentiel accident nucléaire.

(—————————-Partie confidentielle et supprimée—————————–)

Mais le risque d’un accident nucléaire majeur n’est pas la seule source de nos préoccupations. Le survol de différentes centrales peut laisser à penser une attaque simultanée des transformateurs électriques. Un tel scénario n’aurait pas de conséquences radiologiques, mais avec des répercussions catastrophiques.

Le remplacement d’un transformateur se fait en quelques jours, et la perte d’électricité induite par l’arrêt d’une seule centrale pourrait facilement être compensée par la mise en marche d’autres moyens de production d’électricité.

Mais si plusieurs transformateurs étaient visés simultanément, leur remplacement rapide ne serait pas acquis : il faudrait en construire de nouveaux. Cela signifierait que le réseau électrique pourrait être brutalement et durablement affecté : un black-out serait possible à l’échelle régionale voire nationale. Et un black-out en France pourrait avoir des conséquences sur l’Europe entière.

Non seulement les particuliers seraient affectés dans leur quotidien, mais les entreprises et l’industrie aussi : sans électricité, l’économie s’arrêterait brutalement. Et notre société en paierait le prix fort, avec une panique généralisée dont les conséquences sont inimaginables car l’ensemble de nos systèmes de protection et de surveillance reposent sur notre système électrique.

Face à cet exposé inquiétant, pourriez-vous nous faire savoir ce que prévoit le gouvernement pour mettre fin à cette menace imminente ? Tout d’abord, comment l’État compte-t-il dissuader le survol des centrales nucléaires par des drones ? Une révision de la loi pour une traçabilité accrue des détenteurs de drones est-elle envisagée, avec notamment un recours à l’immatriculation des drones pour connaître l’identité de leurs détenteurs ? Enfin, que compte faire l’État pour sécuriser les piscines de désactivation ou les transformateurs électriques ?

Sous la pression constante des écologistes, la France a toujours bénéficié d’une sûreté nucléaire en amélioration constante. C’est pourquoi, nous maintenons cette pression nécessaire afin de prémunir notre pays (et les pays frontaliers) des risques liés à nos installations nucléaires et comptons vivement sur votre réaction rapide pour rassurer la population française et européenne.

Avec toutes nos salutations distinguées,
Michèle RIVASI (France), Rebecca HARMS (Allemagne), Philippe LAMBERTS (Belgique), Claude TURMES (Luxembourg), Ernest URTASUN (Espagne), Dario TAMBURRANO (Italie)

DOCUMENT ORIGINAL

Drones & sécurité nucléaire: courrier de parlementaires européens à destination du gouvernement français by Michèle Rivasi


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