Areva, EDF : Chronique d’une débâcle annoncée

Tribune dans Le Monde

Les difficultés des deux principaux opérateurs du nucléaire français signent l’échec de l’ensemble de la filière, affirme Michèle Rivasi, députée européenne écologiste.

On s’interroge souvent sur l’utilité des publicités visuelles et radiophoniques pour Areva : faire la promotion d’une entreprise à actionnariat public, qui ne touche pas le quotidien consommateur de chacun, à quoi bon ? La réponse devient claire vu les informations parues ces derniers jours : la filière nucléaire est en faillite et ne pourra pas se raccrocher au dernier né, l’EPR, dont la mise en service en France vient d’accuser encore un an de retard supplémentaire.

La filière nucléaire française, ce sont des PME, des sous-traitants, des centres de recherches qui vivent au rythme des deux géants Areva et EDF, sociétés anonymes dont le capital est détenu en majorité par l’Etat français. Début du XXIème siècle, plus question de parler de fierté nationale quand on évoque l’avenir des deux entreprises, malades économiquement.

Areva d’abord : le fournisseur en amont et en aval des réacteurs est en chute libre ; son endettement atteint 4,7 milliards d’euros pour 4 milliards de fonds propres, alors qu’il a cédé plus de 7 milliards d’actifs ces dernières années.

Premières difficultés avec l’affaire d’Uramin, une acquisition de mines non rentables au Niger qui aboutira à une dépréciation d’1,4 milliard d’euros. L’histoire se répète ensuite avec la mine d’Imouraren, « filon » en réalité inexploitable, et coûtera près d’un milliard d’euros à Areva.

Et pourtant, l’activité minière est celle en meilleure santé dans le portefeuille du groupe ; le reste ressemble à un couloir de service d’urgences. La situation est telle qu’Areva a annoncé publiquement mardi suspendre « l’ensemble des perspectives financières qu’il s’était fixées pour l’exercice 2015 et 2016 », faisant ainsi écho à son déclassement par l’agence de notation Standard and Poor’s qui l’a mis sous surveillance négative. Pour éviter l’effondrement financier, Areva aurait besoin d’être recapitalisée. Par qui ? Par l’Etat français donc par ses citoyens. On comprend mieux l’utilité de la pub.

Et voilà en plus un blessé supplémentaire : l’EPR, censé être le dernier fleuron de la flotte nucléaire. Deux réacteurs sont actuellement en construction en Europe : un en Finlande (Olkiluoto), l’autre en France (Flamanville). La construction en Finlande accuse 9 ans de retard et un triplement des coûts du chantier, assuré par le consortium Siemens et… Areva, qui pourrait devoir assumer une grande partie des surcoûts, s’élevant pour le moment à 4 milliards d’euros. Quant à l’EPR français, EDF et les constructeurs Areva/Bouygues affirmaient avec aplomb qu’il serait, lui, mis en service en 2016…. Avant d’annoncer mardi un retard supplémentaire d’un an. L’obstination du gouvernement à ne pas voir le gouffre financier et l’impasse économique dans laquelle l’opérateur EDF engage la France est révoltante (voir la courbe d’apprentissage négative pour le nucléaire, page 5).


Diagramme d’investissement d’EDF

En plus des failles de sûreté largement dénoncées, les facteurs économiques s’ajoutent pour montrer clairement que l’EPR n’est pas une solution pour l’avenir énergétique de la France ou d’un autre pays européen. C’est d’ailleurs uniquement sous perfusion des aides d’Etat du gouvernement britannique qu’EDF peut aujourd’hui lancer la construction de deux EPR à Hinkley Point. La date de fin de chantier sera bien entendu respectée à quelques décennies près.

Pas d’EPR, donc, pour remplacer les centrales existantes, qui ne devraient pas non plus être prolongées au-delà de 40 ans pour des raisons évidentes de sûreté : ce n’est pas un plafonnement de la puissance nucléaire qui aurait dû être inscrit dans la loi de transition énergétique, mais bien une réaliste diminution.

Lorsque les dirigeants de l’industrie nucléaire sont obligés de reconnaitre leurs erreurs, les faillites à venir, le poids qui va être porté par les citoyens, le message ne peut être plus clair : le secteur nucléaire s’effondre, inéluctablement. C’est au gouvernement français de prendre les mesures nécessaires pour rendre cet effondrement moins douloureux, à la fois socialement en prévenant les employés du secteur, en évitant que les dirigeants quittent le navire en raclant les derniers fonds de tiroirs, et énergétiquement en investissant dans les économies d’énergie et les renouvelables.

Ouvrons les yeux et arrêtons de perdre un temps infiniment précieux à vouloir sauver un secteur énergétique et industriel moribond.

 

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Par Michèle Rivasi

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