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Tonio Borg esquive les polémiques avec le Parlement (Euractiv)

Le nouveau commissaire proposé par Malte a été auditionné par les députés. Il s’est réfugié derrière les pouvoirs limités de la Commission pour faire accepter ses positions conservatrices. Sa nomination devrait être entérinée la semaine prochaine.

Euractiv, 14/11/2012

L’homme était attendu de pied ferme par les parlementaires. Choisi par Malte pour succéder à John Dalli Tonio Borg n’avait pas le droit à l’erreur. Soupçonne de trafic d’influence, l’ancien commissaire à la Protection des consommateurs et à la Santé a été débarqué par le président de la Commission européenne.

Depuis plusieurs jours, le petit monde européen était en ébullition. Le vice-Premier ministre maltais candidat à la Commission était sous le feu des critiques de la gauche européenne et des libéraux pour ses positions conservatrices tranchées.

Fermement opposé à l’avortement et aux droits des homosexuels et couples hétérosexuels non mariés, il s’est prononcé contre l’autorisation du divorce à Malte en 2011.

Pendant trois heures, mardi 13 novembre, il a fait face aux membres des commissions parlementaires en charge du suivi de ses futurs dossiers. M. Borg s’est montré très sûr de lui. Il a su faire preuve d’une grande aisance dans ses réponses, démontrant une bonne préparation sur des sujets dont il n’est pourtant pas spécialiste.

Plus clair que Dalli

S’il est approuvé par le Parlement, sa priorité sera de présenter, dès janvier, la directive Tabac sur laquelle travaillait son prédécesseur pour faire en sorte qu’elle soit adoptée d’ici la fin de la mandature en 2014. Tonio Borg souhaite qu’elle soit ambitieuse pour lutter contre le tabagisme. Il s’est en revanche montré beaucoup plus vague sur les aspects techniques.

Il a réaffirmé son intention d’avancer sur la nouvelle réglementation sur les essais cliniques et s’est opposé à l’autorisation du clonage de la viande à destination de la consommation.

« Il connaît bien ses dossiers », a jugé le socialiste français Gilles Pargneaux. « Il a même parfois été beaucoup plus clair que son prédécesseur, notamment sur les questions de santé ».

Votera oui

Le candidat commissaire s’est montré très combatif sur les sujets de société. Questionné sur l’avortement ou l’homosexualité à de multiples reprises, il fait comprendre que dossiers ne seraient pas de son ressort dans sa future fonction, mais de la compétence des Etats membres.

Interrogé sur la contraception, il a été offensif. Rappelant qu’elle n’était nullement interdite à Malte, il a invité les parlementaires européens à se rendre sur l’île pour juger par eux-mêmes de la situation.

Tonio Borg n’a pas renié sa vision très conservatrice sur les sujets de société. Il a toutefois rassuré son audience en se posant en futur défenseur impartial des traités européens, dont la Charte des droits fondamentaux.

Pour la députée UMP Françoise Grossetête, le prétendant à la Commission « a su dominer ce genre de questions, avec courtoisie. Je l’avais vu la veille de l’audition, il avait déjà l’air très confiant (… ) . Et il a démontré de l’ambition dans les dossiers de fonds. Je voterai oui à sa nomination ».
Le Parti populaire européen, premier groupe politique de l’hémicycle dont M. Borg et Mme Grossetête font partie, a déjà fait savoir qu’il apporterait son soutien au candidat maltais.

« Pas d’opposition »

« Il sait très bien se défendre » , a déclaré Michèle Rivasi, députée d’Europe Ecologie Les Verts (EELV) à l’issue de l’audition. « Je suis sceptique. Sur les valeurs, ils nous a dit qu’il respecterait les traités, soit. Mais je ne l’ai pas trouvé convainquant sur le combat contre les conflits d’intérêts au sein des agences européennes. Il s’est contenté de nous dire que ce n’était pas pire qu’ailleurs » .

Tonio Borg « devra respecter les droits humains » , a indiqué Europe écologie dans un communiqué. Une manière de valider le choix de Borg, malgré leurs réserves.

En rejetant la candidature du Maltais, le Parlement prendrait le risque de retarder les directives sur le tabac et les essais cliniques, explique Mme Rivasi. « Et dans ce cas, qui sera gagnant ? L’industrie du tabac et de la pharmacie ».

Pour sa part, le socialiste Gilles Pargneaux « ne voit pas d’opposition » à la nomination de Tonio Borg et pense « que la majorité de [s] es collègues sera du même avis ».

Les réactions du groupe de défense des lesbiennes, gays, bi et transsexuels (LGBT) du Parlement européen sont très diverses et démontrent une profonde division de ses 139 membres. La libérale néerlandaise Sophie in ‘t Veld a fait savoir qu’elle votera «non» , mais le travailliste britannique Michael Cashman lui accordera sa voix.

A la fin de son audition, l’intéressé a simplement déclaré : « Ce que vous voulez est ce que vous aurez, il n’y a pas d’agenda caché ».

Les députés se prononceront de manière officielle lors de la session plénière du 19 au 22 novembre à Strasbourg.

Jean-Sébastien Lefebvre

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  • Communiqué de presse – Strasbourg, 13 novembre 2018

    Avec son objectif d’atteindre la neutralité nette des gaz à effet de serre (GES) dans la seconde moitié de ce siècle, l’Accord de Paris a été salué comme l’accord sur le climat le plus ambitieux à ce jour. Mais il ne peut être ambitieux et efficace seulement si les politiques suivent. Ce mardi 13 novembre 2018, le Parlement européen a approuvé l’accord sur la gouvernance de l’Union de l’énergie et de l’action climatique (+475/-100/Abst 33).  Il ancre le concept de ‘budget carbone’ à l’horizon 2050 dans la législation de l’UE en soulignant la nécessité de parvenir le plus tôt possible à une économie zéro nette émissions.

    Réaction de Michèle Rivasi, eurodéputée du groupe des Verts/ALE et co-rapporteur sur la gouvernance de l’Union de l’énergie réagit :

     

    « Ce règlement va nous permettre de s’orienter vers l’Accord de Paris. Tous les pays de l’UE devront désormais établir des plans d’action nationaux conformes à l’objectif de l’Accord de Paris, qui est de maintenir le réchauffement climatique bien en dessous de 2 °C, pour atteindre une température de 1,5 °C. Pour la première fois, nous avons ancré dans le droit de l’Union la nécessité de parvenir le plus tôt possible à zéro nette émissions de gaz à effet de serre.

    C’est une première, les objectifs 2030 pour le climat (les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique) devront être alignés sur un budget carbone de l’UE et une stratégie climatique et énergétique à long terme qui soit compatible avec les objectifs de Paris. Cela nécessite de transformer en profondeur les principaux secteurs émetteurs – plutôt que de procéder à des améliorations marginales pour atteindre des objectifs à court terme.

    Cet accord apporte beaucoup de nouveautés dans la législation européenne. Il demande une stratégie européenne et complète sur le méthane, dont l’impact climatique est d’autant plus élevé que la période de référence choisie est courte, étant donné sa coute vie dans l’atmosphère. La gouvernance pointe aussi la pauvreté énergétique qui est un enjeu à ne pas sous-estimer. Aujourd’hui, personne dans l’Union européenne ne devrait avoir à choisir entre se chauffer, se rafraîchir ou manger.

    Cette gouvernance de l’Union de l’énergie et de l’action climatique ouvre la voie à la transparence et à la participation des collectivités locales à construire l’avenir énergétique et climatique de leur pays. L’accès aux informations pertinentes via une plateforme européenne en ligne, ainsi qu’un dialogue permanent avec les parties prenantes dans l’élaboration ou la révision de plans vont permettre de tenir les gouvernements responsables de leurs objectifs.

    A la COP24 à Katowice, l’attention va se porter sur la mise en œuvre de l’Accord de Paris. Ces éléments de bonne gouvernance sont essentiels pour la crédibilité de l’Union européenne sur la scène internationale. Nous demandons maintenant à la Commission d’apporter une réponse sérieuse et concrète au changement climatique et de mettre en place une stratégie à long terme conforme à la dernière recommandation scientifique relative aux défis soulevés dans le rapport spécial du GIEC sur 1,5 °C. Il n’y a pas de temps à perdre ! »

    Intervention en plénière le 13 novembre 2018:

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