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Sûreté nucléaire: le parlement européen cède aux lobbies du nucléaire aux dépens des citoyens

Le Parlement européen a voté aujourd’hui 14 mars en faveur d’une résolution sur les évaluations des risques et de la sûreté (« tests de résistance », stress tests en anglais) des centrales nucléaires dans l’Union européenne. Les eurodéputés écologistes se sont opposés à cette résolution qui participe à l’auto-satisfecit général au niveau européen.

Pour Yannick JADOT, député européen membre de la commission de l’énergie, de l’industrie et de la recherche: « Presque deux ans jour pour jour après la catastrophe de Fukushima, alors que se multiplient les évaluations et les découvertes de plus en plus inquiétantes sur l’état du parc nucléaire européen vieillissant, les parlementaires européens, conservateurs et socialistes, continuent leur politique de l’autruche sur le risque nucléaire. Au lieu de tirer les leçons des accidents de Tchernobyl et de Fukushima, c’est l’aveuglement face au danger qui prédomine. La raison, même pour celles et ceux qui défendent la technologie nucléaire, devrait se traduire par une exigence très forte en matière de sécurité. Mais non ! Comme si sauver une industrie nucléaire en quasi faillite industrielle et financière devait se faire au détriment de la sécurité des citoyens européens. La majorité du parlement européen a donc choisi de rejeter les propositions portées par les écologistes de mettre en place une expertise indépendante des industriels et de prendre en compte la réalité des risques auxquels sont confrontés les réacteurs. Circulez, il n’y a rien à voir! ».

« Le mythe du « zéro risque nucléaire » est enfin tombé, a fortiori en France où le manque de transparence est la norme. Non seulement les coûts engendrés par l’entretien du parc nucléaire français n’auront de cesse d’augmenter dans les prochaines années mais en plus la France devra investir très rapidement des dizaines de milliards dans la mise aux normes minimales de sécurité. Mais bizarrement ni le rapport de la Cour des comptes sur le coût du nucléaire en France ni la récente publication d’une étude évaluant le coût d’un accident jusqu’à 5800 milliards d’euros ne semblent permettre l’émergence du débat tant les lobbys du nucléaire sont puissants et le sujet tabou. Ce sujet doit nécessairement être abordé dans le débat sur la transition énergétique et une commission d’enquête indépendante doit être mise en place. C’est un enjeu de transparence et de démocratie ».

Pour Michèle RIVASI, vice-présidente du Groupe des Verts/ALE et membre de la commission de l’énergie, de l’industrie et de la recherche, la mascarade continue: « Les résultats des stress tests ont démontré qu’aucune centrale n’était aux normes et que toutes devaient entamer des travaux d’amélioration de leur sûreté pour éviter un accident nucléaire. Cependant, les écologistes ne peuvent se réjouir des maigres leçons tirées de Fukushima. Tout d’abord, ces leçons n’intègrent qu’une partie des facteurs de risque : rien n’est précisé sur les risques d’attaques terroristes, les accidents d’avion, et l’abus de sous-traitance. Les conclusions cherchent à légitimer une industrie qui connaît pourtant une crise de notoriété sans précédent. Ces tests auraient dû logiquement conduire à la fermeture des centrales les plus vétustes – sur la base d’un calcul coût/bénéfice – mais il n’en est rien: les zélateurs du nucléaire ont donc le champ libre pour nous imposer un allongement plus que risqué de la durée de vie des centrales. Regardez ce qui se passe à Fessenheim: on va dépenser des millions d’euros pour une mise aux normes inutile, pourquoi ne pas arrêter les frais tout de suite? ».

Et l’eurodéputée de conclure: « D’autre part, où est le calendrier précis des travaux à effectuer sur les centrales, les délais prévus pour cela et les coûts envisagés ? Il est nécessaire de bien distinguer les investigations réalisées sur les 134 réacteurs et les réponses qui seront apportés par les exploitants. Tout le travail effectué n’est qu’une « notation » avec un plan d’action, mais le plus gros reste à faire: la mise en œuvre des prescriptions. Deux ans après Fukushima, on ne sait toujours pas comment vont s’y prendre les exploitants! ».

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  • Communiqué de presse – Strasbourg, 13 novembre 2018

    Avec son objectif d’atteindre la neutralité nette des gaz à effet de serre (GES) dans la seconde moitié de ce siècle, l’Accord de Paris a été salué comme l’accord sur le climat le plus ambitieux à ce jour. Mais il ne peut être ambitieux et efficace seulement si les politiques suivent. Ce mardi 13 novembre 2018, le Parlement européen a approuvé l’accord sur la gouvernance de l’Union de l’énergie et de l’action climatique (+475/-100/Abst 33).  Il ancre le concept de ‘budget carbone’ à l’horizon 2050 dans la législation de l’UE en soulignant la nécessité de parvenir le plus tôt possible à une économie zéro nette émissions.

    Réaction de Michèle Rivasi, eurodéputée du groupe des Verts/ALE et co-rapporteur sur la gouvernance de l’Union de l’énergie réagit :

     

    « Ce règlement va nous permettre de s’orienter vers l’Accord de Paris. Tous les pays de l’UE devront désormais établir des plans d’action nationaux conformes à l’objectif de l’Accord de Paris, qui est de maintenir le réchauffement climatique bien en dessous de 2 °C, pour atteindre une température de 1,5 °C. Pour la première fois, nous avons ancré dans le droit de l’Union la nécessité de parvenir le plus tôt possible à zéro nette émissions de gaz à effet de serre.

    C’est une première, les objectifs 2030 pour le climat (les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique) devront être alignés sur un budget carbone de l’UE et une stratégie climatique et énergétique à long terme qui soit compatible avec les objectifs de Paris. Cela nécessite de transformer en profondeur les principaux secteurs émetteurs – plutôt que de procéder à des améliorations marginales pour atteindre des objectifs à court terme.

    Cet accord apporte beaucoup de nouveautés dans la législation européenne. Il demande une stratégie européenne et complète sur le méthane, dont l’impact climatique est d’autant plus élevé que la période de référence choisie est courte, étant donné sa coute vie dans l’atmosphère. La gouvernance pointe aussi la pauvreté énergétique qui est un enjeu à ne pas sous-estimer. Aujourd’hui, personne dans l’Union européenne ne devrait avoir à choisir entre se chauffer, se rafraîchir ou manger.

    Cette gouvernance de l’Union de l’énergie et de l’action climatique ouvre la voie à la transparence et à la participation des collectivités locales à construire l’avenir énergétique et climatique de leur pays. L’accès aux informations pertinentes via une plateforme européenne en ligne, ainsi qu’un dialogue permanent avec les parties prenantes dans l’élaboration ou la révision de plans vont permettre de tenir les gouvernements responsables de leurs objectifs.

    A la COP24 à Katowice, l’attention va se porter sur la mise en œuvre de l’Accord de Paris. Ces éléments de bonne gouvernance sont essentiels pour la crédibilité de l’Union européenne sur la scène internationale. Nous demandons maintenant à la Commission d’apporter une réponse sérieuse et concrète au changement climatique et de mettre en place une stratégie à long terme conforme à la dernière recommandation scientifique relative aux défis soulevés dans le rapport spécial du GIEC sur 1,5 °C. Il n’y a pas de temps à perdre ! »

    Intervention en plénière le 13 novembre 2018:

    La gouvernance de l’Union de l’énergie est un bel exemple de réussite européenne:

    Vidéo Europarl TV:

    Réaction de Michèle Rivasi sur la Stratégie climat 2050 de la Commission européenne:

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