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Colloque au parlement européen: pour en finir avec les crises sanitaires, le prix des médicaments qui explosent et les abus en matière de brevets!

Mercredi 2 septembre au parlement européen, j’organisais avec le député catalan Ernest Maragall un colloque autour de la question de l’accès aux médicaments en Europe et dans le monde. Une belle occasion d’écouter la société civile des quatre coins d’Europe exprimer ses pistes de solutions pour sortir de l’ère de la toute-puissance des labos pharmaceutiques et imaginer des alternatives.


Si je mets déjà beaucoup d’énergie à peser dans le débat français au travers de l’opération « Mains propres sur la santé » afin de refonder de fond en comble notre système de santé dans l’Hexagone pour qu’il soit plus transparent, plus juste et débarrassé de l’influence des laboratoires pharmaceutiques, je m’efforce aussi quotidiennement de mettre ces questions sur la table en tant que députée européenne.
Le colloque que j’organisais ce mercredi avec le député catalan Ernest Maragall au Parlement européen a donc été l´occasion de laisser la parole au conseiller de l’ancien Ministre grec de la santé, à des ONG, des chercheurs et un responsable à la Direction générale de la Santé à la Commission européenne qui s’accordent toutes et tous pour dire que les abus en matière de prix des médicaments sont indéniables et que ces prix remettent en question la possibilité pour chacune et chacun d’avoir accès aux médicaments.
Il me semble donc important ici de pouvoir mettre à la portée de toutes mes lectrices et tous mes lecteurs les temps forts de ce débat.

Panos Stenos, le conseiller de l’ancien Ministre grec de la santé du gouvernement de Tsipras a rappelé que la crise humanitaire qui sévit en Grèce est bien le fait d’un manque de volonté politique. M. Stenos a indiqué que lors des négociations entre l’Union européenne et la Grèce sur les questions de la dette, la décision de débloquer des fonds pour sortir de la crise humanitaire et soutenir le système de santé grec avait été conditionnée à la ratification de l’accord sur la dette. Pour le dire plus simplement, la Troïka a exercé un chantage éhonté en sous-entendant qu’elle laisserait la crise humanitaire grecque perdurer s’il n’y avait pas d’accord sur la dette. Incroyable mais vrai!

L’abus de brevets nuit à notre santé

Cependant, la Grèce n’est pas le seul pays européen frappé par la crise sanitaire comme l’a souligné Elodie Besnier au cours de son intervention. Cette représentante de l’association espagnole « Salud por derecho », qui se bat pour que le droit à la santé universel ne soit pas un slogan de façade, a indiqué sans détours que l’Espagne vit actuellement une situation de rationnement scandaleuse en matière de médicaments. En 2014, ce sont 2.4 millions d’Espagnol.e.s qui ont renoncé à se soigner du fait du prix trop élevé de certains médicaments. Cette situation est inacceptable dans l’Europe d’aujourd’hui, une Europe qui comme l’a très bien exprimé Olivier Maguet de Médecins du Monde, s’est construite en élaborant des systèmes de santé fondés sur les principes de la solidarité et de l’accès pour toutes et tous aux soins, principes desquels beaucoup de pays membres s’éloignent de plus en plus.

Car le prix des médicaments est bien un problème dans l’Europe de 2015 et les industriels du médicament ainsi que les autorités publiques par-dessus tout devraient remédier à ces disfonctionnements. Une des principales causes qui permet ces excès de prix est la multiplication injustifiée des brevets au cours des dernières décennies. Car qui dit brevet, dit forcément médicament cher comme a pu le mettre en avant Jörg Schaaber, sociologue allemand qui milite au sein de la BUKO Pharma-Kampagne, fédération qui surveille de très près les abus de l’industrie pharmaceutique outre-Rhin et ne se gêne jamais de les dénoncer comme peut le faire le Formindep en France.
J. Schaaber a pu montrer, graphique à l’appui, que si les médicaments génériques totalisent 80% des volumes prescrits en Allemagne, ils ne représentent que 41% de coûts. Tandis que, bien que les médicaments brevetés soient minoritairement prescrits, ils grèvent le budget de la santé de manière considérable.
La question du brevet sur les médicaments est bel et bien un problème qu’ont aussi soulevé de manière précise Olivier Maguet ainsi que la chercheuse Gaëlle Krikorian au cours de ce colloque. Alors que le brevetage d’un médicament devrait être accordé pour de réelles nouveautés, il s’avère qu’on en délivre aujourd’hui à tout bout de champ aux grand bonheur et profits des laboratoires pharmaceutiques comme Gilead qui peuvent commercialiser un médicament comme le Sovaldi contre l’hépatite C qui a coûté en 2014 en France l’équivalent du déficit de la sécurité sociale à lui tout seul. D’autant plus que les labos osent justifier le prix exorbitant de leurs molécules en affirmant à qui veut bien le croire que ces prix sont dus aux coûts élevés de recherche et développement alors que personne ne connaît l’exactitude de ces coûts, secret bien gardé de Big Pharma.
Les États européens devraient donc faire preuve de courage et délivrer des licences obligatoires. Comme le droit en vigueur dans toute l’Europe le permet, un gouvernement peut délivrer une telle licence pour faire sauter le brevet sur un médicament et permettre à des concurrents de produire des génériques s’il l’estime nécessaire. Pourtant François Hollande et Marisol Touraine ne disent mot sur le sujet et n’ont toujours pas répondu aux sollicitations de Médecins du Monde.

À mon niveau, je ne laisserai pas les exigences de la société civile de côté. Je continuerai à faire pression pour que le recours à la licence obligatoire soit activé. Je me battrai à l’échelle européenne pour que des alternatives aux brevets soient étudiées comme le font actuellement des pays comme l’Inde sur le principe de l’open source. En outre, comme nous avons réussi à améliorer la transparence en matière d’essais cliniques (même si des failles persistent et que l’agence européenne du médicament avance à reculons sur ce sujet), les écologistes se battront au parlement européen pour faire avancer ce même principe de transparence en ce qui concerne les coûts de production des médicaments dont l’opacité reste entière.
Ce sont aussi pour ces raisons que les écologistes ferraillent sans relâche au parlement européen contre la directive sur les secrets d’affaires et le traité de libre-échange entre les USA et l’UE (TTIP). Les lobbies pharmaceutiques tentent d’utiliser ces deux accords pour en finir avec la transparence sur les essais cliniques, qu’ils considèrent être des données commerciales confidentielles, comme le montre bien le dernier rapport de l’Observatoire des lobbies en Europe, paru ce mercredi 2 septembre.
Voilà de quoi Bayer, Sanofi, GSK et consort rêvent chaque jour, d’un monde où la transparence serait reléguée aux oubliettes et où tout serait marchandise. Mais chaque jour aussi, de plus en plus de citoyennes et de citoyens européens s’organisent pour sortir de cette logique et imaginer des alternatives. Nous les soutenons!

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  • Communiqué de presse – Strasbourg, 13 novembre 2018

    Avec son objectif d’atteindre la neutralité nette des gaz à effet de serre (GES) dans la seconde moitié de ce siècle, l’Accord de Paris a été salué comme l’accord sur le climat le plus ambitieux à ce jour. Mais il ne peut être ambitieux et efficace seulement si les politiques suivent. Ce mardi 13 novembre 2018, le Parlement européen a approuvé l’accord sur la gouvernance de l’Union de l’énergie et de l’action climatique (+475/-100/Abst 33).  Il ancre le concept de ‘budget carbone’ à l’horizon 2050 dans la législation de l’UE en soulignant la nécessité de parvenir le plus tôt possible à une économie zéro nette émissions.

    Réaction de Michèle Rivasi, eurodéputée du groupe des Verts/ALE et co-rapporteur sur la gouvernance de l’Union de l’énergie réagit :

     

    « Ce règlement va nous permettre de s’orienter vers l’Accord de Paris. Tous les pays de l’UE devront désormais établir des plans d’action nationaux conformes à l’objectif de l’Accord de Paris, qui est de maintenir le réchauffement climatique bien en dessous de 2 °C, pour atteindre une température de 1,5 °C. Pour la première fois, nous avons ancré dans le droit de l’Union la nécessité de parvenir le plus tôt possible à zéro nette émissions de gaz à effet de serre.

    C’est une première, les objectifs 2030 pour le climat (les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique) devront être alignés sur un budget carbone de l’UE et une stratégie climatique et énergétique à long terme qui soit compatible avec les objectifs de Paris. Cela nécessite de transformer en profondeur les principaux secteurs émetteurs – plutôt que de procéder à des améliorations marginales pour atteindre des objectifs à court terme.

    Cet accord apporte beaucoup de nouveautés dans la législation européenne. Il demande une stratégie européenne et complète sur le méthane, dont l’impact climatique est d’autant plus élevé que la période de référence choisie est courte, étant donné sa coute vie dans l’atmosphère. La gouvernance pointe aussi la pauvreté énergétique qui est un enjeu à ne pas sous-estimer. Aujourd’hui, personne dans l’Union européenne ne devrait avoir à choisir entre se chauffer, se rafraîchir ou manger.

    Cette gouvernance de l’Union de l’énergie et de l’action climatique ouvre la voie à la transparence et à la participation des collectivités locales à construire l’avenir énergétique et climatique de leur pays. L’accès aux informations pertinentes via une plateforme européenne en ligne, ainsi qu’un dialogue permanent avec les parties prenantes dans l’élaboration ou la révision de plans vont permettre de tenir les gouvernements responsables de leurs objectifs.

    A la COP24 à Katowice, l’attention va se porter sur la mise en œuvre de l’Accord de Paris. Ces éléments de bonne gouvernance sont essentiels pour la crédibilité de l’Union européenne sur la scène internationale. Nous demandons maintenant à la Commission d’apporter une réponse sérieuse et concrète au changement climatique et de mettre en place une stratégie à long terme conforme à la dernière recommandation scientifique relative aux défis soulevés dans le rapport spécial du GIEC sur 1,5 °C. Il n’y a pas de temps à perdre ! »

    Intervention en plénière le 13 novembre 2018:

    La gouvernance de l’Union de l’énergie est un bel exemple de réussite européenne:

    Vidéo Europarl TV:

    Réaction de Michèle Rivasi sur la Stratégie climat 2050 de la Commission européenne:

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