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N’enfermons pas l’Europe dans l’énergie fossile

Des députés européens introduisent une objection à la liste prioritaire de la Commission européenne

Communiqué de presse de Michèle Rivasi

Il y a deux mois, la Commission a présenté sa liste des « Projets d’Intérêts Communs » (PIC) éligibles pour des procédures administratives accélérées et d’importants fonds publics. Cette liste comprend des interconnexions électriques, des terminaux méthaniers et des gazoducs. Plusieurs députés européens de la commission énergie (ITRE) remettent en cause le nombre élevé de projets gaziers, la méthodologie utilisée par la Commission pour établir la liste et le niveau de transparence déployée. Ils déposent aujourd’hui une objection à cette liste qui est incohérente avec nos engagements climatiques.

Réaction de Michèle Rivasi, députée européenne écologiste, co-rapporteure sur la gouvernance de l’énergie au Parlement européen :

« Alors que la Commission européenne indique que le nombre de projets gaziers a diminué depuis la dernière révision de la liste des « Projets d’Intérêts Communs » (PIC), ce nombre a en fait augmenté car la méthode de calcul de la Commission procède à des regroupements de projets. Avec plus de 90 projets gaziers destinés à être soutenus, cette liste est le symbole de la volonté de l’industrie gazière. Il faut casser les mythes diffusés par l’industrie gazière du besoin de nouvelles infrastructures de gaz.

Rien ne justifie de nouveaux investissements dans le gaz. Selon la modélisation de l’Union européenne elle-même, l’Europe dispose déjà de suffisamment de capacité pour couvrir la demande de gaz jusqu’en 2040 sans construire de nouvelles infrastructures.[1] En réalité, les terminaux méthaniers existants fonctionnent à moins de 25% de leur capacité. Quant à la demande globale de gaz, elle a chuté de presque 13% depuis 2010[2], en raison en partie des politiques favorisant les renouvelables et l’efficacité énergétique.

Le gaz se compose essentiellement de méthane, qui est 86 fois plus néfaste pour le climat que le CO2 sur une période de 20 ans. Comment la Commission peut-elle prétendre que son soutien à des projets d’infrastructure de gaz fossile (le méthane) est compatible avec les propres objectifs de l’UE en matière climatique?

Si toutes ces infrastructures prévues dans cette nouvelle liste se construisent, il n’y aura aucun moyen de sortir de l’énergie gazière pendant des décennies et nous perdons beaucoup d’opportunités d’investir dans des modèles plus durables et innovants.  Cet enfermement européen dans un carcan gazier est en contradiction directe avec le vote du Parlement européen de supprimer les émissions nettes de gaz à effet de serre d’ici 2050. Il compromet la capacité de l’UE à respecter l’objectif commun de l’Accord de Paris visant à maintenir le changement climatique « bien en-deça de 2 degrés ».

L’Union européenne ne peut pas affirmer être un leader en matière de lutte contre le changement climatique, si  elle s’enlise dans un futur fossile. Nous devrions commencer à en sortir dès maintenant. C’est pourquoi, moi et des collègues du Parlement européen, nous introduisons aujourd’hui une objection à cette troisième liste. Nous demandons une liste transparente et en cohérence avec nos objectifs climatiques. La liste des PIC de l’Union européenne devrait être la pierre angulaire de la transition vers l’énergie durable. »

[1] E3G, ‘More Security, Lower Cost A Smarter Approach To Gas Infrastructure In Europe’, 2016, http://www.climact.com/sites/default/files/e3g_more_security_lower_cost_-_gas_infrastructure_in_europe_-_mar_2016.pdf

[2] Eurostat, ‘Natural Gas Consumption Statistics’, juillet 2017, http://ec.europa.eu/eurostat/statistics-explained/index.php/Natural_gas_consumption_statistics

 

INFORMATIONS SUPPLEMENTAIRES

31 janvier : des députés européens déposent une objection en commission ITRE

Selon les règles en vigueur, les députés européens ne voteront pas sur des projets individuels, mais sur l’ensemble de la liste. Cette objection sera d’abord votée lors de la prochaine réunion de la commission ITRE, fin février. Si une majorité la rejette, elle sera renvoyée en séance plénière au mois de mars. Un vote négatif à la majorité qualifiée enterrerait complètement la liste.

les députés signataires sont Michèle RIVASI, Xabier BENITO ZILUAGA, Edouard MARTIN, Carolina PUNSET, Dario TAMBURRANO, Paloma LÓPEZ BERMEJO, Claude TURMES, Rosa D’AMATO, Cornelia ERNST, Florent MARCELLESI, Marisa MATIAS, Reinhard BÜTIKOFER , Jakop DALUNDE, David BORRELLI, Piernicola PEDICINI, Marco ZULLO, Yannick JADOT, Benedek Javor

L’objection : Télécharger

23 janvier : présentation de la troisième liste PIC par la Commission en commission ITRE

Le 23 janvier, les députés en commission ITRE ont interrogé la représentante de la Commission, Catharina Sikow-Magny, qui a présenté cette nouvelle liste. Les députés européens ont interrogé la représentante notamment sur la méthode dont la DG Énergie avait choisi les projets à inclure et à retirer de la liste, les analyses d’impacts et la cohérence avec les engagements climatiques.

Voici l’intervention de Michèle Rivasi :

 

22 janvier : conférence « Projets d’intérêt commun: les gazoducs sont-ils soutenables? » organisée par Michèle Rivasi et Xabier Benito Ziluaga

Le lundi 22 janvier, nous avons invité à Bruxellesdes militants de toute l’Europe  pour parler d’un certain nombre de projets énergétiques qui, selon eux, mettent en danger les objectifs environnementaux de l’UE, y compris le gazoduc ERIDAN, le gazoduc TAP et une nouvelle station de gaz naturel liquéfié sur la côte irlandaise.

 

 

 

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  • Communiqué de presse – Strasbourg, 13 novembre 2018

    Avec son objectif d’atteindre la neutralité nette des gaz à effet de serre (GES) dans la seconde moitié de ce siècle, l’Accord de Paris a été salué comme l’accord sur le climat le plus ambitieux à ce jour. Mais il ne peut être ambitieux et efficace seulement si les politiques suivent. Ce mardi 13 novembre 2018, le Parlement européen a approuvé l’accord sur la gouvernance de l’Union de l’énergie et de l’action climatique (+475/-100/Abst 33).  Il ancre le concept de ‘budget carbone’ à l’horizon 2050 dans la législation de l’UE en soulignant la nécessité de parvenir le plus tôt possible à une économie zéro nette émissions.

    Réaction de Michèle Rivasi, eurodéputée du groupe des Verts/ALE et co-rapporteur sur la gouvernance de l’Union de l’énergie réagit :

     

    « Ce règlement va nous permettre de s’orienter vers l’Accord de Paris. Tous les pays de l’UE devront désormais établir des plans d’action nationaux conformes à l’objectif de l’Accord de Paris, qui est de maintenir le réchauffement climatique bien en dessous de 2 °C, pour atteindre une température de 1,5 °C. Pour la première fois, nous avons ancré dans le droit de l’Union la nécessité de parvenir le plus tôt possible à zéro nette émissions de gaz à effet de serre.

    C’est une première, les objectifs 2030 pour le climat (les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique) devront être alignés sur un budget carbone de l’UE et une stratégie climatique et énergétique à long terme qui soit compatible avec les objectifs de Paris. Cela nécessite de transformer en profondeur les principaux secteurs émetteurs – plutôt que de procéder à des améliorations marginales pour atteindre des objectifs à court terme.

    Cet accord apporte beaucoup de nouveautés dans la législation européenne. Il demande une stratégie européenne et complète sur le méthane, dont l’impact climatique est d’autant plus élevé que la période de référence choisie est courte, étant donné sa coute vie dans l’atmosphère. La gouvernance pointe aussi la pauvreté énergétique qui est un enjeu à ne pas sous-estimer. Aujourd’hui, personne dans l’Union européenne ne devrait avoir à choisir entre se chauffer, se rafraîchir ou manger.

    Cette gouvernance de l’Union de l’énergie et de l’action climatique ouvre la voie à la transparence et à la participation des collectivités locales à construire l’avenir énergétique et climatique de leur pays. L’accès aux informations pertinentes via une plateforme européenne en ligne, ainsi qu’un dialogue permanent avec les parties prenantes dans l’élaboration ou la révision de plans vont permettre de tenir les gouvernements responsables de leurs objectifs.

    A la COP24 à Katowice, l’attention va se porter sur la mise en œuvre de l’Accord de Paris. Ces éléments de bonne gouvernance sont essentiels pour la crédibilité de l’Union européenne sur la scène internationale. Nous demandons maintenant à la Commission d’apporter une réponse sérieuse et concrète au changement climatique et de mettre en place une stratégie à long terme conforme à la dernière recommandation scientifique relative aux défis soulevés dans le rapport spécial du GIEC sur 1,5 °C. Il n’y a pas de temps à perdre ! »

    Intervention en plénière le 13 novembre 2018:

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