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Médiator: « le problème est similaire à l’échelle européenne »

Médiator: « le problème est similaire à l’échelle européenne »

Le 17 janvier 2011 par Sabine Casalonga

L’eurodéputée Michèle Rivasi appelle à une réforme des agences sanitaires dans l’UE
L’Igas a remis, samedi 15 janvier, un rapport accablant sur le Médiator, un médicament commercialisé par les laboratoires Servier de 1976 à 2009, à l’origine de 500 à 2.000 décès. Vingt ans après les crises du sang contaminé et de l’amiante, le système sanitaire national est à nouveau mis en cause. Entretien avec Michèle Rivasi, eurodéputée Europe Ecologie-Les Verts, fondatrice de la Criirad et vice-présidente du Criirem .

Quelle est votre réaction face au rapport de l’Igas qui pointe de graves défaillances du système de pharmacovigilance en France, ainsi que des conflits d’intérêt au sein de l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps)?

Le scandale du Médiator ne me surprend pas du tout. C’est une conséquence inévitable du dysfonctionnement des institutions de sécurité sanitaire en France et en Europe.

J’avais déjà posé la question des conflits d’intérêt entre l’industrie pharmaceutique et les experts de l’évaluation des médicaments, dans le cadre de l’examen du règlement européen sur la pharmacovigilance, voté en 2010. Nous avons obtenu une séparation des instances chargées de délivrer les autorisations de mise sur le marché des médicaments de celles chargées de la pharmacovigilance[1]. En revanche, notre proposition visant à faire financer les autorités sanitaires nationales par les Etats et non par les industriels, n’a pas été retenue [l’Afssaps est financée à 90 % par les industriels et l’EMA[2] à 80 %, ndlr].

Outre les conflits d’intérêt entre industries, agences sanitaires et cabinets ministériels, l’empilement des commissions et la défaillance du système de transmission de données ont été mis au jour. On observe d’ailleurs les mêmes dysfonctionnements dans le domaine du nucléaire.

Pourquoi avez-vous demandé à l’EMA de rendre publics ses documents sur le Médiator?

Suite à un rapport très critique de l’Italie à l’encontre du Médiator en 1999, l’EMA a demandé à Servier des études complémentaires. Qui n’ont été publiées qu’en 2009 ! Je remets en question l’indulgence de l’agence face à cette lenteur d’exécution. Le problème identifié en France est donc similaire à l’échelle européenne.

Les choses évoluent néanmoins. Un groupe de travail sur le financement des agences sanitaire a été installé à l’échelle de l’UE. En outre, suite au récent scandale qui a touché l’Efsa[3], dont la directrice du Conseil d’administration était membre d’un lobby industriel [voir le JDLE], un groupe de travail sur les conflits d’intérêt a été mis en place. Enfin, le commissaire européen à la santé, John Dali, a demandé une réforme des agences sanitaires européennes.

Quelles sont les similitudes de cette affaire avec les scandales sanitaires des années 1990 (amiante, vache folle…), à l’origine de la création des agences sanitaires en France?

Que ce soit dans le scandale de l’amiante, celui de la téléphonie mobile ou celui des médicaments, on constate toujours le même fonctionnement que j’ai baptisé « 3D » : prise de décision par les industriels, qui ensuite désinforment puis diffèrent la réalisation des études pour gagner du temps (et donc de l’argent).

La création de l’Afsset[4] en 2001 – désormais Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) – et la publication de ses rapports sur les fibres courtes d’amiante, la téléphonie mobile et les nanotechnologies ne traduisent-elles pas un progrès ?

Il est vrai que le dernier rapport de l’ex-Afsset sur la téléphonie mobile a émis pour la première fois des doutes sur les effets sanitaires des ondes électromagnétiques mais je ne sais pas s’il sera suivi d’effets. Je crains que la fusion de l’Afsset avec l’Afssa[5] en juillet 2010 [voir le JDLE], à laquelle j’étais d’ailleurs opposée, n’entraîne une dilution des sujets de santé environnementale et santé au travail. Il faut continuer le combat et rester vigilant.

Que pensez-vous de la proposition de réforme du système de sécurité sanitaire annoncée par Xavier Bertrand, ministre de la santé, suite à la remise du rapport de l’Igas?

Elle est très bien mais j’attends de voir les actes et j’appelle à une réforme similaire au niveau européen. L’inversion de la charge de la preuve proposée (c’est à l’industriel de démontrer que son médicament présente un rapport bénéfice/risque positif et non aux autorités de prouver que celui-ci est devenu négatif) est très intéressante.

Quelles sont les autres mesures essentielles?

Rendre obligatoires les déclarations de conflits d’intérêt assorties d’un contrôle et de sanctions, séparer le volet autorisation de la pharmacovigilance, et inciter les médecins hospitaliers à faire remonter les informations sur les effets secondaires des médicaments. A quoi servent les autorités sanitaires s’il faut attendre un lanceur d’alerte, comme la pneumologue Irène Frachon, pour révéler un scandale, celui du Médiator en l’occurrence?

Télécharger le rapport de l’Igas

Ce billet est tiré de l’article original: http://www.journaldelenvironnement.net/article/mediator-le-probleme-est-similaire-a-l-echelle-europeenne,21137

Crédits photo: AFP PHOTO/FRED TANNEAU

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One Response to “Médiator: « le problème est similaire à l’échelle européenne »”

  1. BERET Francine dit :

    Peux-t-on encore porter plainte ? ayant ingurgité durant 2 ans du Médiator, je n’ai pas su comment faire pour porter plainte contre ce laboratoire.
    Pouvez vous m’indiquer où il faut que je m’adresse ou faut il que j’écrive directement à lAFSSAPS pour dépôt de plainte.
    Merci à vous.

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  • Communiqué de presse – Strasbourg, 13 novembre 2018

    Avec son objectif d’atteindre la neutralité nette des gaz à effet de serre (GES) dans la seconde moitié de ce siècle, l’Accord de Paris a été salué comme l’accord sur le climat le plus ambitieux à ce jour. Mais il ne peut être ambitieux et efficace seulement si les politiques suivent. Ce mardi 13 novembre 2018, le Parlement européen a approuvé l’accord sur la gouvernance de l’Union de l’énergie et de l’action climatique (+475/-100/Abst 33).  Il ancre le concept de ‘budget carbone’ à l’horizon 2050 dans la législation de l’UE en soulignant la nécessité de parvenir le plus tôt possible à une économie zéro nette émissions.

    Réaction de Michèle Rivasi, eurodéputée du groupe des Verts/ALE et co-rapporteur sur la gouvernance de l’Union de l’énergie réagit :

     

    « Ce règlement va nous permettre de s’orienter vers l’Accord de Paris. Tous les pays de l’UE devront désormais établir des plans d’action nationaux conformes à l’objectif de l’Accord de Paris, qui est de maintenir le réchauffement climatique bien en dessous de 2 °C, pour atteindre une température de 1,5 °C. Pour la première fois, nous avons ancré dans le droit de l’Union la nécessité de parvenir le plus tôt possible à zéro nette émissions de gaz à effet de serre.

    C’est une première, les objectifs 2030 pour le climat (les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique) devront être alignés sur un budget carbone de l’UE et une stratégie climatique et énergétique à long terme qui soit compatible avec les objectifs de Paris. Cela nécessite de transformer en profondeur les principaux secteurs émetteurs – plutôt que de procéder à des améliorations marginales pour atteindre des objectifs à court terme.

    Cet accord apporte beaucoup de nouveautés dans la législation européenne. Il demande une stratégie européenne et complète sur le méthane, dont l’impact climatique est d’autant plus élevé que la période de référence choisie est courte, étant donné sa coute vie dans l’atmosphère. La gouvernance pointe aussi la pauvreté énergétique qui est un enjeu à ne pas sous-estimer. Aujourd’hui, personne dans l’Union européenne ne devrait avoir à choisir entre se chauffer, se rafraîchir ou manger.

    Cette gouvernance de l’Union de l’énergie et de l’action climatique ouvre la voie à la transparence et à la participation des collectivités locales à construire l’avenir énergétique et climatique de leur pays. L’accès aux informations pertinentes via une plateforme européenne en ligne, ainsi qu’un dialogue permanent avec les parties prenantes dans l’élaboration ou la révision de plans vont permettre de tenir les gouvernements responsables de leurs objectifs.

    A la COP24 à Katowice, l’attention va se porter sur la mise en œuvre de l’Accord de Paris. Ces éléments de bonne gouvernance sont essentiels pour la crédibilité de l’Union européenne sur la scène internationale. Nous demandons maintenant à la Commission d’apporter une réponse sérieuse et concrète au changement climatique et de mettre en place une stratégie à long terme conforme à la dernière recommandation scientifique relative aux défis soulevés dans le rapport spécial du GIEC sur 1,5 °C. Il n’y a pas de temps à perdre ! »

    Intervention en plénière le 13 novembre 2018:

    La gouvernance de l’Union de l’énergie est un bel exemple de réussite européenne:

    Vidéo Europarl TV:

    Réaction de Michèle Rivasi sur la Stratégie climat 2050 de la Commission européenne:

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