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LETTRE OUVERTE AUX MINISTRES DE LA TRANSITION ECOLOGIQUE ET SOLIDAIRE ET DES TRANSPORTS

LETTRE OUVERTE AUX MINISTRES DE LA TRANSITION ECOLOGIQUE ET SOLIDAIRE ET DES TRANSPORTS

Lundi 12 novembre 2018

 

Michèle RIVASI (députée européenne EELV du Grand sud est)

Karima DELLI (députée européenne, Présidente de la commission transports au Parlement européen)

Inès DE BEISTEGUI (association Acen),

 Joëlle LONGHI (Agir pour la Crau),

Cyril GIRARD (assocation Nacicca)

 

Madame la Ministre des Transports, Monsieur le Ministre de la transition écologique et solidaire,

Nous tenons à vous alerter sur les graves défauts du projet de contournement autoroutier d’Arles qui a finalement été inscrit dans le projet de loi sur les mobilités nouvelles et dont la réalisation devrait débuter en 2023.

Il y a de nombreux opposants à ce funeste projet et les quelques lobbys locaux qui ont œuvré pour discréditer les conclusions du rapport Duron ne représentent pas l’intérêt général.

Nous pensons que cette loi qui se veut novatrice et adaptée aux enjeux environnementaux de notre siècle ne peut consacrer un projet qui a été conçu dans les années 1980 par des ingénieurs formés dans les années 1950…

Depuis plus de 20 ans, l’État, la Région, le Département et la ville d’Arles sont confrontés aux difficultés résultant de la regrettable option du « tout camion » qui rend les alentours des voies routières et autoroutières insupportables pour les riverains et toxiques pour la biodiversité.

On compte aujourd’hui 60 000 véhicules par jour sur le tronçon de la RN113 que le contournement autoroutier aurait vocation à accueillir (ce qui ne fait que déplacer le problème).

Ce trafic excessif résulte d’un développement incontrôlé des plates formes de logistique dans la région et du refus de cantonner les poids lourds notamment internationaux sur des chenaux autoroutiers déjà existants (le passage par Orange est  privilégié par des transporteurs responsables) .

Ces aberrations doivent elles en générer une nouvelles ? La création d’un autoroute dans une zone ultrasensible sur le plan écologique ?

Le médiateur Monsieur Astier, dans son rapport du 26/12/1996 avait répondu par la négative et avait condamné le V6 qui détruit et défigure les territoires de la tête de Camargue par lesquels il passe.

Tous les acteurs locaux (tous bords politiques confondus…) étaient alors favorables à un passage au Nord ou en sous-terrain.

On ne sait toujours pas comment en 2003, ce tracé après avoir été renommé VSV (variante sud Vigueirat), est devenu le meilleur alors que pendant huit ans douze autres avaient été étudiés ?

Il faut souligner qu’il n’a pas été fait appel à la CNDP (Commission National du Débat public) pour l’organisation d’un vrai débat public. Cela aurait pourtant dû être fait, car l’infrastructure dépasse les trois cents millions d’euros….

Il faut savoir que les Bouches du Rhône émettent 5% des gaz à effet de serre de l’ensemble du territoire national. C’est énorme. Aussi, ce projet de contournement autoroutier est-il fortement lié au développement de la logistique autour de la zone du Grand Port Maritime de Marseille (bassin ouest) et à Saint-Martin de Crau. Ces projets de développement logistique doivent également être rediscutés pour la préservation de la Camargue et de la Crau.

Des conséquences environnementales funestes pour la biodiversité camarguaise d’exception

Le pays d’Arles est d’une extrême sensibilité sur le plan environnemental, le fuseau de 300m retenu par la DREAL traverse dans le delta du Rhône et en haut de Camargue, de nombreux sites protégés, zone humides protégées au titre de la convention Ramsar, sites naturels protégés par les directives oiseaux et habitat s’inscrivant dans le cadre du réseau «Natura 2000» (7 sites «Natura 2000» sont ainsi traversés).

Cette zone abrite également un réseau hydraulique très fragile et la chambre d’agriculture des Bouches du Rhône a conclu, dans un rapport produit pour la DDE que « les dysfonctionnements provoqués sur les canaux traversés par le fuseau sont susceptibles de se répercuter sur l’ensemble du réseau».

Il paraitrait que pour régler ce problème de brillants ingénieurs auraient retenus la solution d’un viaduc surélevé (comme à Gênes…) sur plusieurs kilomètres… Outre le cout de construction et d’entretien d’un tel ouvrage, rien ne présage de sa solidité et tout indique qu’il défigurera définitivement une région qui jouxte le Parc Régional de Camargue et qui est visible depuis tout le massif des Alpilles.

Des conséquences agricoles dommageables en Crau

Ce tracé traverse des exploitations biologiques, IGP (indication géographique protégée) et même Globalcap, norme internationale de certification de haute qualité alimentaire. Ces exploitations alimentent nos marchés locaux. Certaines exportent vers l’Europe du Nord, l’une d’elles est agrée pour fournir le riz pour l’alimentation infantile. Les zones d’élevage de bovins, ovins et taureaux AOC sont menacées de manière irréversible. Cette infrastructure traverse les foins de Crau. La disparition de cette culture entrainerait l’assèchement de la nappe phréatique qui alimente 250 000 personnes. En effet cette nappe est alimentée pour 25% par l’eau de pluie et 75% par les arrosants des foins.

Des conséquences économiques non anticipées

Du point de vue économique aucune étude n’a été réalisée. Ce tracé passe au Sud alors que notre zone industrielle et notre Port sont au Nord de même que celles de Saint Rémy, Chateaurenard, Beaucaire Tarascon, Avignon. La sortie de l’autoroute est prévue au Sud. Il faudra donc construire une route (RD35) afin que les camions puissent se rendre au Nord. Celle-ci passera par le site touristique du Pont Van Gogh, près de l’hôpital et traversera leur périmètre de protection.

En outre La DREAL avoue qu’il restera 38 800 véhicules par jour sur la N 113 transformée en boulevard urbain (1×1 voie) Cela fait beaucoup de dépenses d’argent et d’énergies et de créations de pollutions pour un résultat médiocre.

Tout cela ne parait pas très performant sur le plan du « bilan économique » et du «bilan carbone » à un moment où le gouvernement  se mobilise contre le réchauffement climatique et souhaite utiliser les deniers publics de manière plus rationnelle que par le passé.

Des conséquences fâcheuses pour les populations locales

Du point de vue humain, cette infrastructure encerclera le quartier sensible de Barriol, qui n’a même pas un jardin d’enfants et où le chômage culmine à 28%. Beaucoup de personnes concernées et surtout des gens âgés sont désespérés car elles ne peuvent pas vendre leur bien ni l’entretenir.

Les exploitations agricoles et les habitants situés à proximité du projet vont à leur tour être intoxiqués par un trafic excessif qui ne fera que croitre si on le favorise.

Des risques négligés

Ce tracé est en outre situé zone totalement inondable qui d’ailleurs en ce moment même subi des inondations dont les journaux locaux se font l’écho et qui désespèrent des exploitants agricoles qui voient leurs terres se noyer au fur et à mesure que l’artificialisation des sols alentours progresse.

Or le projet V6 s’accompagnera d’aires de repos de plusieurs dizaines d’hectares et de voies de liaisons qui vont contribuer à la bétonisation excessive de ce territoire.

L’objectif du SNIT était une diminution du CO² et une optimisation du réseau existant. Selon le Journal de l’Environnement et le CESE le contournement routier d’Arles va générer 2,4 millions de tonnes d’émission de CO².

Ce projet de contournement autoroutier anachronique  coûterait au moins 800 ME ce qui fait cher le kilomètre pour faciliter le passage des poids lourds étrangers en transit…

La commission Mobilité 21 l’avait classé dans les projets à revoir après 2030, mais notre ancien président de région, avant les élections départementales 2015, est intervenu pour le faire classer comme prioritaire et alors qu’il ne figure pas dans le Contrat Plan Etat Région….

Outre le développement du ferroutage, du trafic fluvial, du transport multimodal, des solutions alternatives existent :

  • Réguler le trafic des camions dans la région et les contraindre à rester sur les autoroutes existantes sauf pour ceux qui ont des livraisons qui doivent passer par la RN 113,
  • Réaménager de manière ambitieuse la RN 113 avec les matériaux et les techniques les plus modernes pour limiter ses nuisances sur la population la biodiversité et l’environnement en général,
  • Construire un pont au nord pour détourner les plus gros poids-lourds sur la rocade vers la zone industrielle et le port afin d’alléger le trafic du pont sud totalement engorgé
  • Etudier sérieusement le passage en souterrain, qui avait été éliminé parce que trop couteux, mais qui risque de devenir accessible compte tenu des ouvrages d’art à construire en zone inondable (+ 150 millions €).Une participation pourrait être demandée à l’Europe pour un passage en sous terrain exemplaire sur le plan environnemental..
  • Remettre à l’étude l’option d’un contournement moins pharaonique et destructeur qui passerait par le port d’Arles, la rocade Nord et favoriserait le triangle économique Avignon-Arles-Nîmes, projet couplée avec la réalisation de la digue nord. Cette option est désirée par de nombreux élus locaux au Nord d’Arles.

Les arguments qui permettent de comprendre pourquoi le V6 ne soit surtout pas être mis en œuvre sont nombreux et la présente lettre ne suffit pas à les consigner.

C’est pourquoi Monsieur le Ministre de la transition écologique et solidaire, Madame la Ministre des Transports, nous vous demandons solennellement une audition à Paris (comme vous avez reçu au printemps les partisans du projets emmenés par la députée locale) pour vous exposer nos motifs de refus de ce projet et pour vous demander l’abandon définitif du tracé Sud Vigueirat (V6) du contournement autoroutier d’Arles, une accélération de la politique de transport multimodal, du ferroutage, du transport fluvial et la reprise des études de solutions alternatives à ce tracé avec le soutien de l’Europe que nous ne manquerons pas de porter.

Contact presse : Sébastien Barles 06 75 00 63 31

 

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  • Communiqué de presse – Strasbourg, 13 novembre 2018

    Avec son objectif d’atteindre la neutralité nette des gaz à effet de serre (GES) dans la seconde moitié de ce siècle, l’Accord de Paris a été salué comme l’accord sur le climat le plus ambitieux à ce jour. Mais il ne peut être ambitieux et efficace seulement si les politiques suivent. Ce mardi 13 novembre 2018, le Parlement européen a approuvé l’accord sur la gouvernance de l’Union de l’énergie et de l’action climatique (+475/-100/Abst 33).  Il ancre le concept de ‘budget carbone’ à l’horizon 2050 dans la législation de l’UE en soulignant la nécessité de parvenir le plus tôt possible à une économie zéro nette émissions.

    Réaction de Michèle Rivasi, eurodéputée du groupe des Verts/ALE et co-rapporteur sur la gouvernance de l’Union de l’énergie réagit :

     

    « Ce règlement va nous permettre de s’orienter vers l’Accord de Paris. Tous les pays de l’UE devront désormais établir des plans d’action nationaux conformes à l’objectif de l’Accord de Paris, qui est de maintenir le réchauffement climatique bien en dessous de 2 °C, pour atteindre une température de 1,5 °C. Pour la première fois, nous avons ancré dans le droit de l’Union la nécessité de parvenir le plus tôt possible à zéro nette émissions de gaz à effet de serre.

    C’est une première, les objectifs 2030 pour le climat (les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique) devront être alignés sur un budget carbone de l’UE et une stratégie climatique et énergétique à long terme qui soit compatible avec les objectifs de Paris. Cela nécessite de transformer en profondeur les principaux secteurs émetteurs – plutôt que de procéder à des améliorations marginales pour atteindre des objectifs à court terme.

    Cet accord apporte beaucoup de nouveautés dans la législation européenne. Il demande une stratégie européenne et complète sur le méthane, dont l’impact climatique est d’autant plus élevé que la période de référence choisie est courte, étant donné sa coute vie dans l’atmosphère. La gouvernance pointe aussi la pauvreté énergétique qui est un enjeu à ne pas sous-estimer. Aujourd’hui, personne dans l’Union européenne ne devrait avoir à choisir entre se chauffer, se rafraîchir ou manger.

    Cette gouvernance de l’Union de l’énergie et de l’action climatique ouvre la voie à la transparence et à la participation des collectivités locales à construire l’avenir énergétique et climatique de leur pays. L’accès aux informations pertinentes via une plateforme européenne en ligne, ainsi qu’un dialogue permanent avec les parties prenantes dans l’élaboration ou la révision de plans vont permettre de tenir les gouvernements responsables de leurs objectifs.

    A la COP24 à Katowice, l’attention va se porter sur la mise en œuvre de l’Accord de Paris. Ces éléments de bonne gouvernance sont essentiels pour la crédibilité de l’Union européenne sur la scène internationale. Nous demandons maintenant à la Commission d’apporter une réponse sérieuse et concrète au changement climatique et de mettre en place une stratégie à long terme conforme à la dernière recommandation scientifique relative aux défis soulevés dans le rapport spécial du GIEC sur 1,5 °C. Il n’y a pas de temps à perdre ! »

    Intervention en plénière le 13 novembre 2018:

    La gouvernance de l’Union de l’énergie est un bel exemple de réussite européenne:

    Vidéo Europarl TV:

    Réaction de Michèle Rivasi sur la Stratégie climat 2050 de la Commission européenne:

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