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« Le projet STEP est purement politique et ne repose sur aucune preuve scientifique »

Communiqué de Presse- 18 avril 2018

« Le projet de gazoduc STEP est purement politique et ne repose sur aucune preuve scientifique »

UNE ÉTUDE COMMANDÉE PAR LA COMMISSION EUROPÉENNE DÉMONTE
UN PROJET DE GAZODUC A 450 MILLIONS D’EUROS ENTRE L’ESPAGNE ET LA FRANCE

Une étude commandée par la Commission européenne remet en question la viabilité économique du projet de gazoduc STEP, South Transit East Pyrenees, un gazoduc enterré de 230km de long reliant l’Espagne et la France à travers les Pyrénées-Orientales. Cette interconnexion STEP, au coût approchant les 450 millions d’euros, ne correspond à aucun besoin réel et ne réduira pas celle des consommateurs espagnols ou français indique l’étude[1].

Le Projet STEP peut être considérée comme la première étape du méga projet gazier Midcat, d’environ 500 km de long au total et évalué à 3 milliards d’euros. Le projet STEP/Midcat est soutenu depuis longtemps par la Commission européenne qui l’a reconnu comme d’intérêt commun dans sa troisième liste prioritaire[2].

En 2016, la Commission a confié une analyse coûts-bénéfices du projet STEP à un bureau de consultant indépendant findlandais : Pöyry. Cette étude n’a pas été rendue publique. Michèle Rivasi, députée européenne écologiste, co-rapporteure sur la gouvernance de l’énergie au Parlement européen a demandé l’accès à cette étude à la Commission européenne qui a refusé, arguant de son intérêt économiquement sensible et demandant l’approbation des promoteurs du projet[3]. Cette étude, dévoilée aujourd’hui par Reuters[4] et la Marea[5], démontre très clairement que le projet n’est pas viable économiquement, qu’il n’a aucun intérêt pour la sécurité d’approvisionnement des deux pays.

 « Nous comprenons pourquoi les promoteurs du projet bloquent la publication de l’étude Pöyry. Ce document confirme dans une très large mesure l’inutilité du projet STEP : il ne répond à aucun besoin réel, il ne fournit pas plus de sécurité énergétique (principale objectif déclaré des « Projets d’Intérêts Communs » les PIC), il augmente la facture de gaz des consommateurs français et ne réduit pas celle des consommateurs espagnols. En outre, ce projet risque d’échouer à peine 10 ans après sa construction.

Les infrastructures gazières existantes dans les Pyrénées sont déjà sous-utilisées, même pendant les périodes de forte demande. S’il existait une demande réelle pour Midcat, le marché aurait déjà construit ces interconnecteurs. L’étude de Pöyry confirme que le projet STEP est purement politique et ne repose sur aucune preuve scientifique. Cette publication jette de sérieux doutes sur les motifs utilisés pour justifier de nombreux autres projets gaziers dans la liste prioritaire de la Commission européenne qui rendent les projets PIC éligibles pour d’importants fonds publics. 

En versant des milliards de fonds publics dans de nouvelles infrastructures de gaz fossiles, l’Europe nie ses engagements climatiques. Le gaz n’est ni une énergie bas-carbone, ni une énergie de transition. Investir dans de nouvelles infrastructures gazières nous enfermerait pour de nombreuses années dans notre dépendance aux énergies fossiles. L’argent des contribuables doit être bien dépensé et servir à assurer une transition vers la réduction de nos consommations d’énergie et les énergies renouvelables.

Je demande à la Commission européenne d’annuler ce projet et de lui retirer les financements publics donnés au nom de PIC. Le financement européen doit se concentrer sur les investissements dans les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique. L’élan pour mettre fin aux subventions aux combustibles fossiles est à portée de main ! »

Question écrite de Michèle Rivasi et Xavier Benito Ziluagua à la Commission européenne concernant les conclusions de l’étude Poyry:

[1] https://www.lamarea.com/wp-content/uploads/2018/04/Informe-gasoducto-La-Marea.pdf

[2] https://ec.europa.eu/energy/sites/ener/files/documents/annex_to_pci_list_final_2017_en.pdf

[3] http://www.michele-rivasi.eu/a-la-une/leurope-va-senliser-dans-des-projets-gaziers/

[4] https://mobile.reuters.com/article/amp/idUSKBN1HO34R?__twitter_impression=true

[5] https://www.lamarea.com/2018/04/18/informe-rentabilidad-gasoducto-espana-francia/

 

En savoir plus sur les projets STEP/Midcat

Le projet STEP est conçu en partie pour aider à réduire la dépendance de l’Europe vis-à-vis du gaz russe. L’opérateur français de gazoduc Terega, appartenant à l’italien Snam, et l’espagnol Enagas veulent investir dans ce projet qui, selon eux, permettrait à l’Europe d’avoir un meilleur accès aux nombreux terminaux de gaz naturel liquéfié (GNL) espagnols.

Le projet Midcat soulève de sérieuses réticences du côté de la société civile et du côté français. La Commission de Régulation de l’Énergie (CRE) a donné un avis négatif, estimant que “compte tenu de la capacité du système français à faire face à des crises d’approvisionnement, Midcat n’a pas d’utilité pour la sécurité d’approvisionnement de la France.” Midcat ferait monter les prix à la consommation sans améliorer la sécurité. GRTgaz, société française spécialisée dans les réseaux de gaz, a également remis en question la nécessité d’un nouveau gazoduc.

L’avis négatif de la Commission de Régulation de l’Energie :
http://www.cre.fr/documents/publications/rapports-thematiques/les-interconnexions-electriques-et-gazieres-en-france/consulter-le-rapport

Le précédent gouvernement français s’était un temps retiré du projet, avant que ce projet ne devienne un projet PIC. Le gouvernement actuel attend les résultats d’analyses techniques menés par la Commission européenne. En effet, plusieurs questions se posent : est-ce que ces bénéfices mesurés sont suffisants pour compenser le coût du projet ? Est-ce que ce projet est économiquement viable pour toutes les parties prenantes (France, Espagne et Portugal)?

Le 7 février, en tant que députée européenne, membre de la Commission ITRE, j’ai demandé à la Commission européenne l’accès à l’analyse cout-bénéfice pour le projet MidCat/STEP par l’agence de consultance finlandaise Poyry. Le projet Midcat a été identifié en 2015 comme Projet d’Intérêt Commun par l’Union européenne. Demande d’accès : Télécharger

Le 22 mars, la Commission européenne refuse l’accès à l’étude étant donné la sensibilité commerciale du document demandé. Ma demande de diffusion de l’étude (pourtant financée sur fonds public) doit recevoir au-préalable « l’accord des promoteurs du projet », compte tenu du caractère commercial.

Le 17 avril 2018, pour la venue du président de la République Macron au Parlement européen, avec mes collègues députés européens, nous l’avons interpellé sur les coûts et les impacts désastreux du projet STEP et sur le besoin d’accéder à des analyses indépendantes. Lettre envoyée au Président de la République : Télécharger

Le 18 avril 2018, la Commission organise une réunion sur la quatrième liste des projets d’intérêt commun (PCI). J’espère que les études de Poyry et de Trinomics commandée par ma collègue Kathleen Van Brempt constitueront la base de la discussion. L’analyse Trinomics montre en effet que les récents investissements dans l’infrastructure gazière assurent déjà une offre de gaz diversifiée pour les États membres.

L’étude Pory est enfin dévoilée le 18 avril par Reuters et la Marea : https://www.lamarea.com/wp-content/uploads/2018/04/Informe-gasoducto-La-Marea.pdf

Les conclusions de l’étude Trinomics :
http://trinomics.eu/project/ten-e-and-cef-in-line-with-cop21/

 

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  • Communiqué de presse – Strasbourg, 13 novembre 2018

    Avec son objectif d’atteindre la neutralité nette des gaz à effet de serre (GES) dans la seconde moitié de ce siècle, l’Accord de Paris a été salué comme l’accord sur le climat le plus ambitieux à ce jour. Mais il ne peut être ambitieux et efficace seulement si les politiques suivent. Ce mardi 13 novembre 2018, le Parlement européen a approuvé l’accord sur la gouvernance de l’Union de l’énergie et de l’action climatique (+475/-100/Abst 33).  Il ancre le concept de ‘budget carbone’ à l’horizon 2050 dans la législation de l’UE en soulignant la nécessité de parvenir le plus tôt possible à une économie zéro nette émissions.

    Réaction de Michèle Rivasi, eurodéputée du groupe des Verts/ALE et co-rapporteur sur la gouvernance de l’Union de l’énergie réagit :

     

    « Ce règlement va nous permettre de s’orienter vers l’Accord de Paris. Tous les pays de l’UE devront désormais établir des plans d’action nationaux conformes à l’objectif de l’Accord de Paris, qui est de maintenir le réchauffement climatique bien en dessous de 2 °C, pour atteindre une température de 1,5 °C. Pour la première fois, nous avons ancré dans le droit de l’Union la nécessité de parvenir le plus tôt possible à zéro nette émissions de gaz à effet de serre.

    C’est une première, les objectifs 2030 pour le climat (les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique) devront être alignés sur un budget carbone de l’UE et une stratégie climatique et énergétique à long terme qui soit compatible avec les objectifs de Paris. Cela nécessite de transformer en profondeur les principaux secteurs émetteurs – plutôt que de procéder à des améliorations marginales pour atteindre des objectifs à court terme.

    Cet accord apporte beaucoup de nouveautés dans la législation européenne. Il demande une stratégie européenne et complète sur le méthane, dont l’impact climatique est d’autant plus élevé que la période de référence choisie est courte, étant donné sa coute vie dans l’atmosphère. La gouvernance pointe aussi la pauvreté énergétique qui est un enjeu à ne pas sous-estimer. Aujourd’hui, personne dans l’Union européenne ne devrait avoir à choisir entre se chauffer, se rafraîchir ou manger.

    Cette gouvernance de l’Union de l’énergie et de l’action climatique ouvre la voie à la transparence et à la participation des collectivités locales à construire l’avenir énergétique et climatique de leur pays. L’accès aux informations pertinentes via une plateforme européenne en ligne, ainsi qu’un dialogue permanent avec les parties prenantes dans l’élaboration ou la révision de plans vont permettre de tenir les gouvernements responsables de leurs objectifs.

    A la COP24 à Katowice, l’attention va se porter sur la mise en œuvre de l’Accord de Paris. Ces éléments de bonne gouvernance sont essentiels pour la crédibilité de l’Union européenne sur la scène internationale. Nous demandons maintenant à la Commission d’apporter une réponse sérieuse et concrète au changement climatique et de mettre en place une stratégie à long terme conforme à la dernière recommandation scientifique relative aux défis soulevés dans le rapport spécial du GIEC sur 1,5 °C. Il n’y a pas de temps à perdre ! »

    Intervention en plénière le 13 novembre 2018:

    La gouvernance de l’Union de l’énergie est un bel exemple de réussite européenne:

    Vidéo Europarl TV:

    Réaction de Michèle Rivasi sur la Stratégie climat 2050 de la Commission européenne:

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