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ITER est un mensonge et déjà tellement obsolète!

Communiqué de presse – Bruxelles, le 20/11/2018

Aujourd’hui, la Commission énergie du Parlement européen a malheureusement voté en faveur d’un rapport soutenant la proposition de la Commission européenne proposant d’allouer 6,07 milliards d’euro à ITER pour 2021-2027. La seule bonne nouvelle est que ce rapport d’initiative appelle à plus de démocratie en demandant de considérer une réforme aboutissant à une codécision entre les gouvernements et le Parlement européen. D’ici là, le groupe des Verts continue d’alerter sur les mensonges et dérives du projet de recherche sur la fusion nucléaire ITER.

Michèle Rivasi, membre du groupe Verts/ALE au Parlement européen au sein de la Commission Industrie, Recherche et Energie, déclare:

Il faut absolument que les autres groupes politiques se désolidarisent de ce projet complétement obsolète et basé sur des mensonges.

ITER n’aidera pas à lutter contre les changements climatiques. Il arrivera beaucoup trop tard ! La recherche sur la fusion nucléaire peut sembler fascinante, mais elle n’est absolument pas pertinente pour notre avenir énergétique. Le Rapport spécial du GIEC sur les conséquences d’un réchauffement planétaire de 1,5 °C appelle à des transitions « rapides et de grande envergure » et à un « bilan nul» des émissions aux alentours de 2050. ITER est seulement un projet de recherche, il n’apportera pas d’électricité sur les réseaux. Un véritable prototype de réacteur industriel ne pourra sans doute pas être construit avant 2050 !

ITER est une gabegie financière. La construction de ce réacteur de fusion thermonucléaire expérimental a pris neuf ans de retard pour un coût qui est passé de 5 à 19 milliards €. Il s’agit seulement de la construction et non du fonctionnement de ce projet toujours en cours de construction. Comment garantir que ce coût ne va pas être encore augmenté ? En avril 2018, le département américain de l’énergie a estimé le coût d’ITER à 65 milliards de dollars, c’est le triple du budget annoncé par l’organisation d’ITER*.

La communauté de la fusion s’est appuyé sur une communication trompeuse sur les performances d’ITER*. En 2008, les promoteurs d’ITER communiquaient que ce réacteur pourra générer une puissance de 500 Mégawatts avec 50 Mw injectés, soit libérer dix fois plus d’énergie qu’il n’en consomme. Mais en parlant d’énergie, ils n’ont pas précisé que les 50 MW injectés ne correspondent pas à l’énergie électrique totale utilisée, mais seulement à la puissance de chaleur injectée dans le plasma. Cette communication trompeuse a permis d’obtenir les engagements politiques nécessaires et nous nous retrouvons avec le plus grand gaspillage d’argent européen.

L’Union européenne met de l’argent dans un projet qui est techniquement démesuré et obsolète. C’est de la science-fiction. On essaye de mettre le soleil dans une boite, mais on ne sait pas comment le faire cette boite et comment en sortir l’énergie fournie. À toutes les étapes, on a des problèmes techniques: niobium, tritium difficile à confiner, acier pour maintenir l’irradiation et le magnétisme, etc. Déjà pour la fission on ne sait pas combien l’énergie nucléaire coûte (si on tient compte du démantèlement et de la gestion des déchets), alors imaginez pour la fusion, pour lequel nous ne sommes seulement à la phase de recherche. Nous devrions utiliser cet argent pour le développement de l’efficacité énergétique et des énergies renouvelables et. Nous n’‘avons pas besoin d’un projet centralisé et techniquement démesuré, nous avons besoin d’un projet d’énergies adaptées à leur environnement, modulables et qui s’appuient sur des communautés d’énergies.

La fusion, elle est dans le soleil, c’est fascinant. Mais gardons la fusion dans le soleil et utilisons le soleil!

 

Mon intervention en commission Energie le 10 octobre en vue de la préparation de ce rapport par mes collègues rapporteurs.

 

 


* https://physicstoday.scitation.org/do/10.1063/PT.6.2.20180416a/full/
Le 11 avril, Paul Dabbar, sous-secrétaire scientifique du DOE, a communiqué l’estimation au sous-comité du Sénat sur les crédits pour le développement de l’énergie et de l’eau. Les 65 milliards de dollars ne couvrent que la construction, a-t-il déclaré; les coûts d’exploitation annuels une fois que les opérations expérimentales ont commencé en 2025 ne sont pas inclus. Pourtant, Dabbar semblait confondre les choses en disant aux sénateurs que les estimations de coûts d’ITER sont « raisonnables».

* *Pour la puissance de production potentielle d’ITTER, en 2008, l’ogarnisation ITER annoncait : l’énergie sortant d’ITER sera 10 fois plus grande que l’énergie entrant. Puissance d’entrée 50 mw – puissance de sortie 500 mw. Mais les prometteurs avaient induit en erreur les non-spécialistes en commutant les valeurs de gain de puissance du plasma (appelé techniquement Q-fusion) et le gain de puissance du réacteur (Q-engineering).

Depuis l’article de New Energy Times dénonçant les informations fallacieuses[1], e site d’ITER déclare que ITER est conçu pour produire une « puissance thermique » (et non le terme « énergie ») de sortie de 500 MW, contre 50 MW injectés, soit un facteur d’amplification de Q = 10″>[2]. Il faut préciser qu’il s’agit seu s’agit seulement du plasma. Les 50 MW injectés ne correspondent pas à l’énergie électrique totale utilisée, mais seulement à la puissance de chaleur injectée dans le plasma (pour le chauffage du plasma). Car il faut compter les autres besoins en énergie du site. Pour injecter 50 MW dans la chambre à vide du tokamak, la machine a besoin de 150 MW de puissance électrique de façon permanente pour son fonctionnement et jusqu’à 500 MW par intervalles, soit un minimum de 300 MW de puissance électrique. Ce qui signifie que dans le meilleur des cas ITER pourrait libérer non pas dix fois plus d’énergie qu’il n’en consomme, mais seulement 1,6 fois !

Michèle Rivasi avait d’ailleurs écrit une question en avril 2018 à la Commission sur cette communication erronée de l’organisation ITER [3], mais cela ne change rien par rapport à l’engagement de l’Union européenne pour le projet ITER[4]. La Commission affirme que les performances d’ITER seront évaluées sur la base du «Q fusion», c’est-à-dire en comparant la production de puissance thermique du plasma et la puissance thermique injectée dans le plasma, « ce qui constitue une approche scientifiquement valable également utilisée dans d’autres projets ». La Commission précise que le paramètre dénommé «Q engineering», n’est pas adaptée à une installation comme ITER, dont le but est de prouver la faisabilité scientifique et technologique de l’énergie de fusion à des fins pacifiques, et qui n’est donc pas conçue pour produire de l’électricité.
[1] http://news.newenergytimes.net/2017/12/11/evidence-of-the-iter-power-deception

[2] Sur le site d’ITER: https://www.iter.org/proj/inafewlines

[3] http://www.europarl.europa.eu/doceo/document/E-8-2018-000812_FR.html

[4] http://www.europarl.europa.eu/doceo/document/E-8-2018-000812-ASW_FR.html

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  • Communiqué de presse – Strasbourg, 13 novembre 2018

    Avec son objectif d’atteindre la neutralité nette des gaz à effet de serre (GES) dans la seconde moitié de ce siècle, l’Accord de Paris a été salué comme l’accord sur le climat le plus ambitieux à ce jour. Mais il ne peut être ambitieux et efficace seulement si les politiques suivent. Ce mardi 13 novembre 2018, le Parlement européen a approuvé l’accord sur la gouvernance de l’Union de l’énergie et de l’action climatique (+475/-100/Abst 33).  Il ancre le concept de ‘budget carbone’ à l’horizon 2050 dans la législation de l’UE en soulignant la nécessité de parvenir le plus tôt possible à une économie zéro nette émissions.

    Réaction de Michèle Rivasi, eurodéputée du groupe des Verts/ALE et co-rapporteur sur la gouvernance de l’Union de l’énergie réagit :

     

    « Ce règlement va nous permettre de s’orienter vers l’Accord de Paris. Tous les pays de l’UE devront désormais établir des plans d’action nationaux conformes à l’objectif de l’Accord de Paris, qui est de maintenir le réchauffement climatique bien en dessous de 2 °C, pour atteindre une température de 1,5 °C. Pour la première fois, nous avons ancré dans le droit de l’Union la nécessité de parvenir le plus tôt possible à zéro nette émissions de gaz à effet de serre.

    C’est une première, les objectifs 2030 pour le climat (les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique) devront être alignés sur un budget carbone de l’UE et une stratégie climatique et énergétique à long terme qui soit compatible avec les objectifs de Paris. Cela nécessite de transformer en profondeur les principaux secteurs émetteurs – plutôt que de procéder à des améliorations marginales pour atteindre des objectifs à court terme.

    Cet accord apporte beaucoup de nouveautés dans la législation européenne. Il demande une stratégie européenne et complète sur le méthane, dont l’impact climatique est d’autant plus élevé que la période de référence choisie est courte, étant donné sa coute vie dans l’atmosphère. La gouvernance pointe aussi la pauvreté énergétique qui est un enjeu à ne pas sous-estimer. Aujourd’hui, personne dans l’Union européenne ne devrait avoir à choisir entre se chauffer, se rafraîchir ou manger.

    Cette gouvernance de l’Union de l’énergie et de l’action climatique ouvre la voie à la transparence et à la participation des collectivités locales à construire l’avenir énergétique et climatique de leur pays. L’accès aux informations pertinentes via une plateforme européenne en ligne, ainsi qu’un dialogue permanent avec les parties prenantes dans l’élaboration ou la révision de plans vont permettre de tenir les gouvernements responsables de leurs objectifs.

    A la COP24 à Katowice, l’attention va se porter sur la mise en œuvre de l’Accord de Paris. Ces éléments de bonne gouvernance sont essentiels pour la crédibilité de l’Union européenne sur la scène internationale. Nous demandons maintenant à la Commission d’apporter une réponse sérieuse et concrète au changement climatique et de mettre en place une stratégie à long terme conforme à la dernière recommandation scientifique relative aux défis soulevés dans le rapport spécial du GIEC sur 1,5 °C. Il n’y a pas de temps à perdre ! »

    Intervention en plénière le 13 novembre 2018:

    La gouvernance de l’Union de l’énergie est un bel exemple de réussite européenne:

    Vidéo Europarl TV:

    Réaction de Michèle Rivasi sur la Stratégie climat 2050 de la Commission européenne:

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