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Inutile d’inschister: sus aux énergies fossiles, la transition énergétique c’est maintenant

Cette tribune est parue dans le dernier numéro spécial de Politis sur les gaz de schiste, intitulé: « Gaz de schiste: comment on prépare les esprits » paru la semaine dernière dans les kiosques.

Inutile d’inschister: sus aux énergies fossiles, la transition énergétique c’est maintenant

La participation au gouvernement donne aux écologistes l’impression d’agir au sein d’un vivarium : l’environnement est clos, les limites de notre champ d’action bien trop marquées et il faut donc garder son sang-froid pour pouvoir vivre avec les couleuvres qu’on essaie de nous faire avaler.

Par contre le gaz de schiste est sûrement le seul sujet où nous avons eu des garanties suffisantes pour y placer le curseur de notre démission. Cette ligne rouge que Hollande a promis de ne pas franchir reste cependant mouvante au gré des prises de position intempestives d’Arnaud Montebourg et d’un lobby mensonger décidé à faire accepter les gaz de schiste sous couvert de compétitivité…en faisant fi de la mobilisation citoyenne d’ampleur qui a saisi la France depuis l’octroi en catimini par Jean-Louis Borloo de permis d’exploration en France en 2010.

Aujourd’hui, nos politiciens – PS et UMP confondus – sont en mal d’idées novatrices et d’une vision stratégique de long terme pour notre économie. C’est pourquoi ils espèrent que les gaz de schiste les aideront à montrer qu’en France on n’a ni idée, ni pétrole mais qu’on peut tout de même sauver la compétitivité de notre économie grâce à eux.

Justement, on nous rabâche depuis des décennies que c’est grâce au nucléaire que nous avons l’électricité la moins chère d’Europe, pourtant la compétitivité de notre économie ne fait pâlir personne. D’ailleurs, nous n’exportons plus notre savoir-faire nucléaire, cette prétendue filière d’avenir qui n’en a au fait aucun, alors que l’on s’évertue à construire un EPR dont le coût de revient de l’électricité sera au moins égal à celui de l’éolien.

Mais l’enjeu de la compétitivité fait rage au sein de l’économie mondiale. C’est le saint Graal pour retrouver la croissance perdue, le sésame à la sortie de crise qui fait tourner la tête à tous les politiciens, dont les idées courtes nous mènent vite dans le mur.

Est-il utile de rappeler que c’est justement au prix de cette même compétition que l’on bafoue les droits sociaux acquis suite à de longues luttes, que la précarité du travail s’accroît et que notre environnement nous rend malade ? Tristement, oui : la mémoire de l’action politique dépasse rarement un simple mandat.

Comment aussi ne pas s’indigner qu’un Michel Rocard – ambassadeur des pôles – dise notre pays béni des Dieux grâce aux gaz de schiste, alors que les émissions fugitives de méthane au niveau des puits font des gaz de schiste une source d’énergie plus émettrice de gaz à effet de serre que le charbon ?

Faire accepter les gaz de schiste sous couvert de compétitivité c’est encore une fois reporter nos erreurs sur les générations futures, qui ont déjà bien assez à payer. C’est pourquoi EELV a présenté une proposition de loi à l’Assemblée nationale qui reprend la position prise par Ayrault en juillet 2011 : interdire l’exploration et l’exploitation des hydrocarbures non conventionnels et abroger les permis exclusifs de recherche qu’Hollande n’a étrangement pas osé abroger.

Devenir compétitif, pour les écologistes, c’est découpler la croissance économique de la consommation d’énergie pour baser notre innovation et notre production sur la maîtrise de la demande d’énergie. C’est un changement de paradigme qui nous fera sortir des énergies fossiles, réduira le déficit commercial de la France et rassurera le portefeuille de nos concitoyens sur le long terme.

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  • Communiqué de presse – Strasbourg, 13 novembre 2018

    Avec son objectif d’atteindre la neutralité nette des gaz à effet de serre (GES) dans la seconde moitié de ce siècle, l’Accord de Paris a été salué comme l’accord sur le climat le plus ambitieux à ce jour. Mais il ne peut être ambitieux et efficace seulement si les politiques suivent. Ce mardi 13 novembre 2018, le Parlement européen a approuvé l’accord sur la gouvernance de l’Union de l’énergie et de l’action climatique (+475/-100/Abst 33).  Il ancre le concept de ‘budget carbone’ à l’horizon 2050 dans la législation de l’UE en soulignant la nécessité de parvenir le plus tôt possible à une économie zéro nette émissions.

    Réaction de Michèle Rivasi, eurodéputée du groupe des Verts/ALE et co-rapporteur sur la gouvernance de l’Union de l’énergie réagit :

     

    « Ce règlement va nous permettre de s’orienter vers l’Accord de Paris. Tous les pays de l’UE devront désormais établir des plans d’action nationaux conformes à l’objectif de l’Accord de Paris, qui est de maintenir le réchauffement climatique bien en dessous de 2 °C, pour atteindre une température de 1,5 °C. Pour la première fois, nous avons ancré dans le droit de l’Union la nécessité de parvenir le plus tôt possible à zéro nette émissions de gaz à effet de serre.

    C’est une première, les objectifs 2030 pour le climat (les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique) devront être alignés sur un budget carbone de l’UE et une stratégie climatique et énergétique à long terme qui soit compatible avec les objectifs de Paris. Cela nécessite de transformer en profondeur les principaux secteurs émetteurs – plutôt que de procéder à des améliorations marginales pour atteindre des objectifs à court terme.

    Cet accord apporte beaucoup de nouveautés dans la législation européenne. Il demande une stratégie européenne et complète sur le méthane, dont l’impact climatique est d’autant plus élevé que la période de référence choisie est courte, étant donné sa coute vie dans l’atmosphère. La gouvernance pointe aussi la pauvreté énergétique qui est un enjeu à ne pas sous-estimer. Aujourd’hui, personne dans l’Union européenne ne devrait avoir à choisir entre se chauffer, se rafraîchir ou manger.

    Cette gouvernance de l’Union de l’énergie et de l’action climatique ouvre la voie à la transparence et à la participation des collectivités locales à construire l’avenir énergétique et climatique de leur pays. L’accès aux informations pertinentes via une plateforme européenne en ligne, ainsi qu’un dialogue permanent avec les parties prenantes dans l’élaboration ou la révision de plans vont permettre de tenir les gouvernements responsables de leurs objectifs.

    A la COP24 à Katowice, l’attention va se porter sur la mise en œuvre de l’Accord de Paris. Ces éléments de bonne gouvernance sont essentiels pour la crédibilité de l’Union européenne sur la scène internationale. Nous demandons maintenant à la Commission d’apporter une réponse sérieuse et concrète au changement climatique et de mettre en place une stratégie à long terme conforme à la dernière recommandation scientifique relative aux défis soulevés dans le rapport spécial du GIEC sur 1,5 °C. Il n’y a pas de temps à perdre ! »

    Intervention en plénière le 13 novembre 2018:

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