A A

Eva Joly, une détermination intacte et légitime

Pour notre première élection présidentielle depuis la création d’Europe Ecologie-Les Verts (EELV), notre mouvement peut sans conteste se réjouir de participer à ce scrutin qui a pourtant toujours été défavorable aux Verts. L’élection d’Eva Joly à la primaire d’EELV a été le point de départ d’une participation aussi déterminée que légitime.

Déterminée car les écologistes ne désespèrent pas de parvenir à faire bouger les lignes du Parti socialiste, pour l’établissement d’une gauche aussi solidaire qu’écologiste. Déterminée aussi car il faut beaucoup de courage pour porter des idées nouvelles dans une société sclérosée, incapable de remettre en cause le mode de vie qui nous a poussés vers l’impasse que nous connaissons. Déterminée d’autant plus que les médias jouent un jeu pervers que les candidats du pluralisme sont contraints de constater jour après jour. Alors que l’ensemble des partis souhaitent changer le pansement, nous n’avons cessé de penser le changement. C’est la raison même de notre détermination: personne d’autre ne représente mieux nos idées que notre candidate.

Légitime car notre mouvement est le seul à pouvoir assurer la présence d’un(e) candidat(e) écologiste, de par notre présence sur le terrain et les parrainages des nombreux élus faisant partie de notre mouvement. Légitime aussi car nos percées électorales ont été transformées en succès politiques: nous avons prouvé que nous restions cohérents face à l’exercice du pouvoir et que notre mouvement avait une véritable valeur ajoutée dans le spectre politique. Cette légitimité, nous avons d’ailleurs pu la conforter grâce à la bonne intelligence qui régit nos rapports avec le PS: notre collaboration n’a pas toujours été facile mais a créé une émulation riche de progrès sociaux, environnementaux et économiques. Légitime d’autant plus que notre mouvement puise ses idées dans le terreau fertile de la société civile et qu’aujourd’hui encore nous restons proches des seuls lobbies qui méritent l’écoute des élus: les collectifs et associations de citoyens.

Ce qu’EELV apporte au débat politique, c’est une intransigeance face aux lobbies qui contaminent tous les secteurs de notre vie quotidienne, portent préjudice aux alternatives et au tissu économique des TPE-PME. Les écologistes n’ont jamais voulu de ces grands groupes privés qui ne cherchent qu’à augmenter leurs marges et les dividendes de leurs actionnaires, au détriment de la nature, du travailleur et de l’humain. Ces mêmes groupes qui cherchent à privatiser le vivant et à garder le contrôle sur des ressources fondamentales telles que l’alimentation, l’eau et l’énergie. Ces groupes qui ne cherchent finalement qu’à développer et soutenir un modèle de société qui n’apporte plus rien aux 99% de la société qui subissent la crise.

Nous sommes indignés par nature, c’est pourquoi nous sommes résolus à détrôner les 1% qui nous ont menés dans le mur. Et c’est pourquoi la candidature d’Eva Joly gêne: elle bouscule le microcosme politico-médiatique dont les liens avec les lobbies de toute sorte ne sont plus à prouver. C’est cette consanguinité néfaste pour la démocratie française qui est la première des cibles de notre campagne. Personne d’autre ne porte ce message pourtant indispensable pour la vitalité de notre société, pour l’émergence d’une innovation véritablement durable.

N’en déplaise aux salons parisiens, où il fait bon genre de critiquer une personnalité qui décloisonne véritablement la politique de l’élitisme qui la rend de plus en plus illégitime aux yeux des citoyens.

Et que l’on cesse de dire que notre parti s’est discrédité avec l’accord de législature passé avec le PS. Nous n’aurions pas signé un accord si nous n’avions pas estimé qu’il représente une avancée dans nos relations avec le PS. Pour la première fois depuis le lancement du nucléaire civil en France, avec le concours de la société civile, nous avons su faire reculer l’hégémonie nucléaire au sein de la gauche, pourtant hantée par le mythe du génie français et de la sûreté nucléaire. En connaissance de cause, nos collègues Verts au Parlement européen nous ont félicités de cette avancée, c’est pour dire. Alors que Nicolas Sarkozy avait empêché de faire figurer le nucléaire au menu du Grenelle de l’environnement, nous pouvons nous targuer d’avoir fait avancer le débat en France, d’autant plus que François Hollande lancera un grand débat sur l’énergie dès son élection. Ce retournement n’est pas seulement le fait de ce qui s’est passé à Fukushima, mais aussi le résultat du rapport de force que nous entretenons avec le PS, soutenus par une population qui refuse de se laisser imposer un modèle énergétique incontrôlable.

Pourquoi donc un journaliste s’exprimant sur une des radios les plus écoutées de France mettrait-il en doute la candidature d’Eva Joly? Pourquoi prétend-on que nous échangerions notre retrait contre un groupe à l’Assemblée et trois sièges de ministres? C’est peu ou prou ce qui nous attendra au lendemain de l’élection si François Hollande remporte le second tour. La présence de François Hollande au deuxième tour est assurée: il n’y a aucun danger, aucun 21 avril bis dont il faudrait se prémunir.

Quoi qu’on pense de la candidature d’Eva Joly, nul ne peut souhaiter son retrait. Je crois même qu’un tel scénario affaiblirait la gauche au second tour et aurait un effet inverse.

Notre détermination confortera la gauche dans ses chances de victoire.


Tribune initialement publiée sur Mediapart

Articles similaires :

Tags: , , ,

Leave a Reply

Bienvenue !

Bienvenue sur le site de Michèle Rivasi.


Twitter FaceBook Flux RSS

Rechercher :

Dernière vidéo :
  • Communiqué de presse – Strasbourg, 13 novembre 2018

    Avec son objectif d’atteindre la neutralité nette des gaz à effet de serre (GES) dans la seconde moitié de ce siècle, l’Accord de Paris a été salué comme l’accord sur le climat le plus ambitieux à ce jour. Mais il ne peut être ambitieux et efficace seulement si les politiques suivent. Ce mardi 13 novembre 2018, le Parlement européen a approuvé l’accord sur la gouvernance de l’Union de l’énergie et de l’action climatique (+475/-100/Abst 33).  Il ancre le concept de ‘budget carbone’ à l’horizon 2050 dans la législation de l’UE en soulignant la nécessité de parvenir le plus tôt possible à une économie zéro nette émissions.

    Réaction de Michèle Rivasi, eurodéputée du groupe des Verts/ALE et co-rapporteur sur la gouvernance de l’Union de l’énergie réagit :

     

    « Ce règlement va nous permettre de s’orienter vers l’Accord de Paris. Tous les pays de l’UE devront désormais établir des plans d’action nationaux conformes à l’objectif de l’Accord de Paris, qui est de maintenir le réchauffement climatique bien en dessous de 2 °C, pour atteindre une température de 1,5 °C. Pour la première fois, nous avons ancré dans le droit de l’Union la nécessité de parvenir le plus tôt possible à zéro nette émissions de gaz à effet de serre.

    C’est une première, les objectifs 2030 pour le climat (les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique) devront être alignés sur un budget carbone de l’UE et une stratégie climatique et énergétique à long terme qui soit compatible avec les objectifs de Paris. Cela nécessite de transformer en profondeur les principaux secteurs émetteurs – plutôt que de procéder à des améliorations marginales pour atteindre des objectifs à court terme.

    Cet accord apporte beaucoup de nouveautés dans la législation européenne. Il demande une stratégie européenne et complète sur le méthane, dont l’impact climatique est d’autant plus élevé que la période de référence choisie est courte, étant donné sa coute vie dans l’atmosphère. La gouvernance pointe aussi la pauvreté énergétique qui est un enjeu à ne pas sous-estimer. Aujourd’hui, personne dans l’Union européenne ne devrait avoir à choisir entre se chauffer, se rafraîchir ou manger.

    Cette gouvernance de l’Union de l’énergie et de l’action climatique ouvre la voie à la transparence et à la participation des collectivités locales à construire l’avenir énergétique et climatique de leur pays. L’accès aux informations pertinentes via une plateforme européenne en ligne, ainsi qu’un dialogue permanent avec les parties prenantes dans l’élaboration ou la révision de plans vont permettre de tenir les gouvernements responsables de leurs objectifs.

    A la COP24 à Katowice, l’attention va se porter sur la mise en œuvre de l’Accord de Paris. Ces éléments de bonne gouvernance sont essentiels pour la crédibilité de l’Union européenne sur la scène internationale. Nous demandons maintenant à la Commission d’apporter une réponse sérieuse et concrète au changement climatique et de mettre en place une stratégie à long terme conforme à la dernière recommandation scientifique relative aux défis soulevés dans le rapport spécial du GIEC sur 1,5 °C. Il n’y a pas de temps à perdre ! »

    Intervention en plénière le 13 novembre 2018:

    Articles similaires :

Ad Ad

Suivez-moi sur Facebook!

Associations

Archives