Déchets nucléaires : la Cour des Comptes n’est pas dupe!

Promis depuis un an, la Cour des  comptes publie un rapport [1]en plein débat public sur le Plan national de gestion des matières et déchets radioactifs 2019-2021.  Il arrive aussi à mi-chemin de l’examen parlementaire du projet de loi énergie reportant de dix ans (2035) la baisse à 50 % de la part du nucléaire dans le mix électrique. Alors que le parc nucléaire français vieillit, la cour des comptes conclut le manque de transparence et  une absence de discussion sur les alternatives possibles.

Réaction de Michèle Rivasi, députée européenne et co-fondatrice de la CRIIRAD:

« Une plus grande transparence », c’est le fil conducteur du rapport de la Cour des comptes sur les déchets nucléaires. La juridiction financière pointe qu’« aucune discussion n’a eu lieu sur les alternatives possibles à ces investissements lors du débat public de 2018 sur la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) ». Elle estime l’opinion mal informée sur le « cycle aval » du nucléaire, faute de données « pour pouvoir comparer les différents scénarios », alors que la tension monte sur les capacités de traitement et les comptes des exploitants. De plus, les choix proposés  dans le projet de PPE publié en janvier 2019 « reposent sur des arbitrages qui n’ont pas été expliqués au grand public ».

La Cour des comptes s’inquiète également du coût du projet  à Bure censé entrer en service entre 2025 et 2030, pour lequel différentes estimations circulent depuis plusieurs années[2]. Les magistrats de la Cour des comptes appellent à une plus grande vigilance sur l’estimation de ce chantier « hors norme ». Ils demandent de « mettre à jour les coûts du scénario de référence de Cigéo en prenant en compte de manière plus réaliste les risques et opportunités du projet »

La Cour des comptes  n’est pas dupe et ne se fait pas avoir par les tours de passe-passe de la filière nucléaire. L’industrie nucléaire sous-estime les coûts des déchets, elle entretient le mythe d’un recyclage de combustible usé (ces opérations de retraitement ne permettent en réalité de recycler qu’1% du combustible usé) et nie la saturation des sites de stockage. La Cour des comptes  est claire: il manque de capacités de stockage et d’entreposage par rapport aux déchets nucléaires à venir. Merci à la cour des comptes pour cette opération de transparence! 

[1]https://www.ccomptes.fr/fr/publications/laval-du-cycle-du-combustible-nucleaire

[2]En 2016, la ministre de l’environnement, Ségolène Royal, avait fixé par arrêté le coût total à 25 milliards d’euros. Une façon de couper la poire en deux, l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra), chargée de ce projet, l’ayant chiffré à 34,5 milliards d’euros, tandis que les producteurs de déchets – EDF, Orano (ex-Areva) et le CEA – l’évaluaient à 19,2 milliards d’euros

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Par Michèle Rivasi

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